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Roy Keane, the Red Warrior

Il y a vingt ans, il s’apprêtait à signer à Manchester United où s’écrira une bonne partie de sa légende. Entre récupération de balles, cartons rouges et déclarations ravageuses dans les tabloïds, retour sur un des mecs les plus charismatiques du foot anglais.

 

Le Fighting Spirit jusqu’au bout

Roy Maurice Keane voit le jour au beau milieu de l’été 1971, en pleine banlieue de Cork, dans une famille ouvrière, où le père alterne les petits boulots. Dans une Irlande en pleine crise économique, le jeune Roy mettra plusieurs années avant de se mettre sérieusement au football. Les sports de combattants l’attirent, le hurling (sport typique du coin), et surtout la boxe, mais c’est pourtant en tapant dans une balle ronde qu'il connaitra le succès. A 18 piges, après s’être fait recalé d’une bonne partie des clubs irlandais, mais aussi anglais, Roy va faire ses débuts toujours dans la banlieue de Cork, à Cobh, club semi-pro. Une petite dizaine de rencontres lui suffisent pour taper dans l’œil des recruteurs de Nottingham Forest

Loin de sa verte Irlande, Keane gravit super rapidement les échelons, les juniors, puis la réserve, et finalement l’équipe pro à l’été 1990. L’irlandais découvre le football professionnel sous les ordres de son mentor, Brian Clough, qui en fera l’un des tout premier box-to-box du foot moderne, et surtout l’une des plus grandes gueules du foot anglais - il n’hésitera pas à lui en coller une après une connerie ayant coûté un but à Forest contre Crystal Palace … Après une grosse centaine de match dans les Midlands, l’heure est venue pour lui de franchir un nouveau palier, du côté de … Blackburn. Sauf qu’un certain Sir Alex Ferguson vient faire capoter le transfert à la dernière minute  et Keane s’engage avec les RedDevils, où on le voit comme le digne successeur de Bryan Robson.

En 12 ans à Manchester, Keane devient l’un des Irlandais les plus titrés de l’histoire. 7 Premier League, 4 FA Cup, 1 Ligue des Champions, un brassard de capitaine après le départ d’Eric Cantona … Les stats de Keane se distinguent aussi niveau discipline, avec un rouge en moyenne par saison, et un record de 15 cartons jaunes reçu lors de la saison 2004/2005 (prends ça, Marco Verratti). Malgré cela, il est loin de n’être qu’un gros bourrin,  puisque sa technique n’était pas si dégueu (il plantera pas mal de passe décisives, et tout de même une cinquantaine de pions).  Malgré celà, l’une des images de Keane  restée dans la mémoire collective demeure ce match du printemps 2001 face à City. United est déjà champion, City relégué, et pourtant, il défonce volontairement le tibia du défenseur norvégien Alf-HingeHaaland, qui s’était foutu de sa gueule, cinq saisons auparavant … Oui, Roy est rancunier, et c’est aussi ce qui fait son charme.

 

Le Tony Soprano d’Old Trafford

Rob Smyth, chroniqueur au Guardian, et accessoirement fan du club de Sir Alex, n’hésite ainsi pas à faire la comparaison avec deux autres idoles de la culture pop-rock. Tyler Durden – aka Brad Pitt dans Fight Club – et Tony Soprano, de la série qui porte son nom de famille, « Comme joueur, il incarnait l’angoisse de la fin du 20e siècle de l’étranger qui ne comprenait pas le monde dans lequel il vivait ». Les trois sont en effet des enragés, et partagent les mêmes caractéristiques de l’anti-héro, y compris un charisme à part. Les trois sont des mecs complexes, incarnant la fusion entre une intelligence instinctive et des désirs compulsifs. Des contradictions à foison, mais les personnes les plus intéressantes ne sont elles pas celles qui présentent le plus de défauts ? Bref, selon Smyth, Keane, ce joueur torturé intérieurement, a été le joueur le plus intéressant du football anglais ces dernières décennies.

Le pêché mignon de Roy ? L’alcool, comme tous les Irlandais apparemment … « Quand on vit en Irlande, il y a toujours de l’alcool dans le coin. A chaque fois que j’y retourne, il y a deux ou trois jours de tourbillon. C’est ancré en nous. Quand on sort, il y a un truc là et là et là. Boire, c’est dans l’air. » Lui qui critiquait constamment l’embourgeoisement de ses coéquipiers avait des plaisirs bien plus simples, mais encore plus dévastateurs. Il confiait ainsi qu’à son arrivée à United, « Je me saoulais de façon assez spectaculaire », des soirées jusqu’à quatre heures du mat’, qui l’ont par moment isolé au sein de l’équipe … Et au final, les meilleures anecdotes sur Keane ont ainsi souvent pour cadre les pubs anglais.

Intimider l’adversaire, la grande force de Keane. Lee Sharpe, qui l’a côtoyé à United jusqu’en 1996, en a livré une preuve des plus efficaces. Le cadre : une finale de FA Cup 1996 que United remportera 1-0 devant Liverpool avec une des réalisations les plus célèbres de Cantona, Keane avait lancé les hostilités bien plus tôt …  Quelques jours avant la rencontre, l’Irlandais s’était rendu dans un bar où se trouvaient les joueurs de Liverpool, et leur lança un par un, un cinglant « What the hell have you done in the game ? ». Sur la pelouse de Wembley, ce 11 mai 1996, il réalisera avec Nicky Butt, l’une des plus grandes performances de sa carrière, sans laisser la moindre chance à ses homologues de Liverpool.

 

Le sandwich à la crevette, ce fléau

Mais le mythe Keane s’est aussi construit à coup de déclarations tapageuses. Il reconnait lui-même « Je me suis embrouillé avec tellement de monde qu’avant un match, je ne sais plus à quel joueur serrer la main ».Et les premiers à morfler, ce sont ses coéquipiers … Dans son autobiographie, Wayne Rooney ne manquait pourtant pas d’éloges envers son ancien coéquipier « Roy est un leader, je peux le voir en m’entrainant avec lui. Il est vraiment exigeant, toujours à nous dire de bosser plus dur ». Pourtant, l’Irlandais lui en fait baver, comme à une bonne partie des jeunes joueurs de United. Rio Ferdinand en a ainsi fait les frais : « Juste parce que tu es payé 120 000 livres par semaine et que tu as joué 20 minutes contre Tottenham, tu penses que tu es une superstar », ou encore « On a un ou deux jeunes qui n’ont pas fait grand-chose pendant le match. Ils doivent pas se relâcher, mais se rappeler à quel point ils ont de la chance de jouer pour Manchester United, et de le montrer sur le terrain ». Le 18 novembre 2005, United et Keane se mettent d’accord pour rompre son contrat. Il se serait violemment emporté contres certains coéquipiers suite à une défaite de United contre Middlesbrough …

En sélection irlandaise aussi, sa grande gueule lui aura coûté une (encore plus ?) grande carrière. 11 ans après ses débuts en verts, Roy a encore la fougue d’un jeune loup pour s’en mettre plein la gueule avec son sélectionneur de l'époque Mick McCarthy, en plein milieu de la Coupe du Monde 2002 … Les déclarations témoignent de la violence du clash « L’homme peut pourrir en enfer, j’en ai rien à foutre », ou encore « Même dans les vestiaires, je n’avais aucun remord. Mon attitude : le baiser. On récolte ce que l’on sème, il a eu ce qu’il méritait. Il m’a niqué et mon état d’esprit c’est œil pour œil, dent pour dent ». Curieusement, Roy refusera de revenir en sélection tant que McCarthy sera encore en poste, et les Irlandais frôleront l’exploit en huitième de finale (sortie en huitième au tir au but contre l’Espagne) … Keane a peut être manqué, ici, le plus grand rendez-vous de sa carrière.

Mais les supporters, à Manchester et en Irlande, se sont fait aussi tailler. « A l’extérieur, nos fans sont fantastiques, ce sont inconditionnels. Mais à la maison, ils s’achètent des boissons et probablement des sandwichs à la crevette, et ils ne comprennent pas ce qu’il se passe sur le terrain » balançait t’il en 2001 après un match contre le Dynamo Kiev … Et toujours  à contre courant, il a balancé pendant le dernier Euro un cinglant « Il est absurde de dire que nos supporters sont géniaux ». Il était alors consultant pour un média britannique, lui qui avait pourtant déclaré sur eux « Je ne leur ferais pas confiance même pour promener mon chien. Ce sont des anciens joueurs ou arbitres à qui on donne du temps de parole alors que je ne les écouterais même pas dans un pub. » La boucle est bouclée.

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