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Gallagher Football Club

Chaque club anglais se vante d’avoir une cohorte de rock stars dans ses tribunes. Et pourtant, une de ces histoires d’amour l’emporte sur toutes les autres. Elle se déroule les quartiers populaires du Nord Ouest du royaume, entre deux gamins férus de musique, et leur club de Manchester City. Les frangins Gallagher seront pendant des années plus connus que leur club de cœur, et pourtant, Noel, l’ainé, déclarait aimer “le football encore plus que la musique” ... Une love story presque aussi vieille que ses protagonistes, dans un cadre singulièrement “prolo”. En deux épisodes.

LE HOOLIGAN QUI DRAGUE LA SŒUR DE VINCENT KOMPANY

Manchester City. Pour beaucoup, le club à détester, ce nouveau riche qui n’existait pas avant l’arrivée d’un mec en robe venu de la péninsule arabique. Et pourtant, les Skyblues, avant tout, représentent toute une population loin d’être des plus aisées. Même avant l’arrivée de Thatcher au pouvoir, Manchester coule. Son port mythique accumule les plans de licenciement, son industrie lourde ne tient pas le choc ... Les années 70-80 sont un désastre pour la troisième ville du pays. Déclin économique certes, mais un certain âge d’or culturel, puisque dans cet environnement rock’n roll voient le jour une partie des plus grands groupes britanniques, des Buzzcocks à Joy Division en passant par The Smiths. Entre cette civilisation du undregroud et une habitude de plus en plus poussée à la lose de l’époque, nombreux sont ceux à s’identifier à cette classe ouvrière grandissante, comme Noel “Je suis né dans la working class, je me sens toujours de la working class et je crèverai en étant encore de la working class”.


Les frangins Gallagher vont voir le jour dans cette ville sur le déclin - Noel en 1967, Liam en 1972 - et passer une bonne partie de leur jeunesse dans leur banlieue de Burnage, où ils s’emmerdent profondément. A la maison, la vie n’est guère plus réjouissante, un père alcoolique, un divorce difficile, des démêlés avec la police ... Noel se cherche un échappatoire “A l’école, mes journées se résumaient à regarder par la fenêtre en attendant que sonne la cloche. Deux choses occupaient mon esprit : le foot et la musique“. Et comme la plupart de leurs proches, ils se mettent rapidement à arborer les couleurs du vilain petit canard de Manchester, City, qui squatte le ventre mou de la première division pendant que le discipliné voisin de United amasse les titres. Pour sa première à Maine Road, une raclée infligée à Newcastle, Noel n’a que sept ans ... Livré à lui même, il devient rapidement un ultra et se rapproche des différents groupes de hooligans du club, notamment les ultras violents Young Guvnors, avec qui il fait les déplacements les plus périlleux du pays. Certains membres d’Oasis diront quelques années plus tard que le nom du groupe vient d’une boutique du coin, réputée pour vendre des chaussures à ces mêmes hooligans ...


Les tribunes de Maine Road deviennent une deuxième maison, surtout pour Noel, notamment la célèbre Kippax, la plus populaire de l’ancien stade des Citizens. C’est même sur ses sièges que l’ainé se souvient avoir écrit ses premiers textes. Désormais, les deux frangins sont bien plus habitués aux tribunes d’honneur qu’aux virages, même si cela ne colle pas toujours à leurs tempéraments ... En septembre dernier, Liam est expulsé manu militari de la tribune présidentielle de Santiago Bernabeu, il aurait embrassé une hôtesse de joie après l’ouverture du score d’Edin Dzeko. Quelques mois auparavant, il s’était déjà fait remarqué par une confidence après un match vécu dans la loge de Vincent Kompany “Il a marqué un super but, sa famille est vraiment cool. Et sa sœur aussi”.

CHELSEA, UNITED ET LE SIDA

Les prolos de Manchester ont bien entendu des ennemis préférés. Socialement, Noel déteste les petits bourgeois londoniens de Chelsea, illustrés par Damon Albarn (Blur, Gorillaz ...), dont il souhaitait ”qu’il choppe le SIDA et en crève”, alors que pour Liam, cette hostilité dépend surtout du degré l’alcoolémie des deux protagonistes (photo). Mais le club à battre, logiquement, reste Manchester United, la victime préféré des coups de pute de Noel : en 2000, il avouait “J’ai quelques amis qui sont fans de Manchester United, j’ai inscrits leurs gosses au Junior Blue [Fan club de City]”. Parmi ces amis, un des fondateurs d’Oasis, Paul “Bonehead” Arthurs, qui vivra un véritable calvaire devant la télé en mai 1995.


Au fin fond du Pays de Galles, les deux frangins viennent alors de boucler l'enregistrement de Champagne Supernova. Liam veut sortir fêter la défaite de United contre Blackburn privant Manchester du titre de champion (et pendant que City se sauve de justesse) "Owen Morris [producteur, qui craignait pour la voix de son poulain] : Mais t'es même pas un supporter de Blackburn ! - Liam : Ouais mais je peux tellement pas sacquer Manchester United !". Pour Liam, tout prétexte est bon à prendre quand il s’agit de sortir, et il filera d’ailleurs ce soir là au bar du coin, plus pour boire que pour fêter la défaite des Red Devils ... Quelques mois plus tard (What’s The Story) Morning Glory sera le plus grand succès des frangins de Manchester. Et après une tournée mondiale, en 1996, le concert final aura lieu à Maine Road, comme en communion avec un club qui vient pourtant de connaître une nouvelle relégation en Championship quelques semaines auparavant.

 

 

 La suite la semaine prochaine ...

 

 

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