TLMSF interviewe Pascal Bedrossian, ancien joueur de Cannes et des Chicago Fires

Plus connu pour ses passages à Cannes, Lorient ou encore Angers, Pascal Bedrossian a également évolué quelques mois aux Etats-Unis avec le Chicago Fire en 2006/2007. Sept ans plus tard, le natif de Marseille vit toujours outre-Atlantique et espère apporter son expérience dans un pays où le soccer essaye de faire son trou.

 

Par Mathieu Lefevre

Pourquoi avoir choisi la MLS pour terminer votre carrière ?

 

Quand j'étais en France, on peut dire que, moi en tant que personne, je n'ai jamais été trop apprécié. Pourquoi ? Parce que j'ai toujours tendance à dire ce que je pense et dans le monde du football, il faut être un bon mouton, il faut rentrer dans le rang, et moi qui avait toujours tendance à l'ouvrir, ça ne se passait pas trop bien avec mes entraîneurs. J'ai toujours été attiré par les Etats-Unis depuis tout petit, j'ai toujours rêver d'y aller. Je suis un grand fan de Michael Jordan. J'ai appelé Youri Djorkaeff qui a joué avec les Metrostars. Il m'a lancé sur un agent américain qui parlait très bien français car moi je ne parlais pas un mot d'anglais ou très peu. Je l'ai appelé et je lui ai dit : « Voilà j'ai 32 ans, je rêve de venir aux Etats-Unis, comment je peux faire ? ». Il m'a dit de lui envoyer des vidéos de mes matchs. Pendant six mois, je l'ai harcelé, je l'ai appelé tous les jours et un jour il m'appelle et me dit : « J'ai montré les vidéos de tes matchs à l'entraîneur des Chicago Fire et comme les vidéos datent un peu, il aimerait bien que tu viennes pour voir en quelle forme physique tu es et on voit par la suite ». Donc j'ai pris mon billet d'avion, je suis arrivé à Chicago et il m'a dit : « Pascal, je ne veux pas que tu partes ». C'est comme ça que j'ai joué avec les Chicago Fire.

 

Comment cela s'est-il passé ?

 

Malheureusement, cela n'a pas été top sportivement, parce qu'entre le moment où j'ai arrêté ma carrière en France et le moment où j'ai commencé avec les Chicago Fire, il y a eu une année complète où j'ai rien fait du tout mis à part m'entretenir tout seul. Mais il n'y a pas eu d'entraînement footballistique ou de matchs. Donc quand je suis arrivé ici, mes trois premiers mois ont été géniaux, j'ai cartonné car j'avais de l'énergie à revendre et au bout de trois mois, vu que j'étais super excité, mon corps s'est cassé, j'ai eu une déchirure à l'ischio-jambier droit, je suis revenu et j'ai eu la même déchirure quelques temps après. Sachant que je venais de France, que j'avais un bon contrat et que les Chicago Fire venaient de recruter le Mexicain Blanco, ils m'ont dit : « Pascal, on n'est pas là pour juger tes qualités de footballeur car on sait que tu es un bon joueur, mais on vient d'engager Blanco, on ne peut pas se permettre de vous garder tous les deux ». J'ai donc arrêté ma carrière professionnel aux Etats-Unis au bout de huit mois.

 

Avez-vous été surpris du niveau à votre arrivée en MLS ?

J'ai été surpris par l'intensité physique. Ce sont des monstres, ils courent sans arrêt. Tactiquement et techniquement, c'est limité même s'il y a quelques très bons joueurs. Mais la plupart compense le manque de technique par le physique, ils ne sont jamais abattus. On le voit d'ailleurs avec l'équipe nationale, ce n'est pas génial à voir mais c'est 90 minutes non-stop.

 

Entre 2006 et aujourd'hui, avez-vous vu une évolution ?

 

Franchement non, pas vraiment. Il y a un gros problème au niveau des universités... Ce n'est pas génial car tu restes quatre ans à l'université avant de te présenter à la draft pour aller en MLS. Le problème rencontré est le fait que trois-quart des universités sont entraînées par des mecs qui sont omnibulés par le physique, c'est à dire qu'il n'y a pas de développement technique donc ce n'est pas top.

 

Et au niveau des médias, la MLS est-elle de plus en plus présente ?

Oui un petit peu même si cela reste bien en dessous du football américain, du basket et du baseball mais ça commence à être pas mal.

 

Laurent Courtois nous a dit que la MLS serait un championnat majeur d'ici 10 ans. Vous êtes d'accord ?

 

Honnêtement, j'aimerais être aussi confiant que lui mais ce qu'il faudrait, c'est que des clubs européens se penchent sur la MLS, achètent des clubs (ndlr : le propriétaire de Manchester City serait sur le point de créer un nouveau club à New York), appellent de bons entraîneurs, forment des jeunes dès le départ. Mais c'est compliqué car la problématique, c'est l'université. Qu'ils y aillent, c'est bien mais ce que je veux dire c'est que les meilleurs jeunes devraient avoir la possibilité d'aller dans les clubs pros à la sortie du lycée. Le club pro s'engagerait à former pendant deux, trois ans... S'il devient pro, tant mieux. Sinon, il aurait la possibilité de retourner à l'université après. Pour le moment, c'est le système inverse.

Votre fin de carrière aux Etats-Unis a entraîné votre retour en France ?

Par la force des choses, mon visa étant terminé, je suis rentré en France mais entre temps j'avais rencontré ma femme qui est américaine. Elle m'a rejoint un an après, en 2009 et puis je voyais qu'il n'y avait rien qui se présentait pour moi. Même en passant mes diplômes d'entraîneur en France, je n'aurais jamais trouver quoique ce soit. J'ai donc décidé de retourner aux Etats-Unis.

 

Quel a été votre parcours à votre retour ?

 

J'ai d'abord entraîné un club de jeune à Chicago ensuite je suis parti entraîner quatre mois à Fort Lauderdale en NASL, ce qui équivaut à la deuxième division. Mais après quatre mois et après avoir sauvé l'équipe, mon contrat était terminé mais le club comptait sur moi en tant qu'adjoint et sur l'entraîneur principal. Je leur ai dit : « Miami c'est super, je reste mais faîtes moi voir le contrat... ». Et le contrat n'était pas génial. Je gagnais plus d'argent en étant dans un club de jeunes à Chicago. Ma femme étant de Chicago, n'est pas une grande fan de la Floride donc le choix était vite fait. Je suis revenu dans mon club de jeunes de départ puis récemment j'ai été embauché par les Chicago Magic, un club affilié depuis quelques temps au PSG. On est habillés aux couleurs du PSG...

 

En tant que Marseillais, cela a dû vous faire drôle ?

 

Quand j'étais habillé avec le survêtement du PSG et que j'ai envoyé une photo à mes frères, ils m'ont dit qu'ils n'allaient plus me parler (rires). Mais au fond, ça ne me dérange pas. C'est un club que l'on appelle ici « académie ».

 

Vous avez également lancé le projet 80/20 autour du soccer. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

J'ai créé une compagnie avec un ami dont le but principal est de créer des camps d'été pour les jeunes pour essayer de développer ce manque de technique aux Etats-Unis. Donc le 80/20, à la base, c'est 80% physique, 20% mental. Nous, on l'a changé en 80% technique/agilité et 20% physique. On veut montrer que dans le foot, il n'y a pas besoin de mesurer 1,90 et de peser 90 kilos pour réussir. Dans un premier temps, il s'agira de camps d'été et si on a du succès, on verra pour faire des camps en hiver, pourquoi pas donner des cours privés car cela se fait beaucoup aux Etats-Unis et par la suite, j'aimerais ouvrir mon club de jeunes ici. Cela prendra des années, cela ne se réalisera peut-être jamais mais il faut bien commencer quelque part.

 

Vous avez déjà de bons retours ?

 

On a créé la compagnie il y a un mois et demi, on va faire un camp lors de chaque semaine de juillet et il y a 30 petits qui sont déjà inscrits.

 

Interview réalisée par notre partenaire TheRookies.fr

 

Laisser un commentaire