Sign in / Join

Ginola, le saint pestiféré

 

Le PSG champion, et un de ses hommes élu meilleur joueur de l’année, comme lors du dernier titre, en 1994. L’heureux élu s’appelait alors David Ginola, idolâtré par certains, détestés par d’autres.

 

L'ELEGANT ASSASSIN DU FOOTBALL FRANCAIS

L’histoire de Ginola est mouvementée dès son plus jeune âge. « Pas assez costaud » pour rester au centre de formation de l’OGC Nice, le natif de Gassin va frapper à la porte à côté, à Toulon, où il finit sa formation et dispute, dès 1985, son premier match dans l’élite, à seulement 18 ans. Plusieurs saisons à tenter de maintenir le club varois, où Rolland Courbis le positionne progressivement sur le côté gauche de son milieu, un pied de nez à son club d’origine « Quand je retournais à Nice, les gens n’en revenaient pas. Lorsque j’ai quitté le club, j’étais maigre et avec le Sporting, j’accusais 1m87 pour 80kgs ! ». Couronné meilleur joueur du Festival de Toulon, Gino fait alors figure de grand espoir du football français … A l’été 1988, il rejoint la capitale pour connaitre les dernières heures du Matra Racing d’Artur Jorge, puis à 23 ans, se refait la malle pour une saison à Brest. La confirmation au plus haut-niveau se fait un peu attendre, sa signature dans un grand club aussi.

C’est chose faite à l’hiver 1991, quand il rejoint le club des lumières : le Paris Saint-Germain, à qui il a causé des misères lors d’un match avec le club breton (une sorte de Sergey Semak des années 90 au fond). Dans le club glamour des premières années de Canal +, le beau David ne tarde pas à devenir un des chouchous du Parc. Individualiste certes, il se démarque par son élégance de jeu inégalée depuis. On ne dira pas que petit, il supportait l’OM … Dès 1993, il remporte le titre de joueur de l’année décerné par France Football, et l’année suivante, sa participation active (13 buts) au second titre de champion du club lui assure le tout premier trophée UNFP de meilleur joueur de la saison. La fin de sa période parisienne sera bien moins rayonnante, notamment sous les ordres de Luis Fernandez, quand le PSG perd son titre à Nantes, tout en atteignant les demis de la Ligue des Champions après avoir écœuré le grand FC Barcelone …

 

 

Mais surtout, en novembre 1993, Ginola était devenu le bouc émissaire d’un des plus grands fiascos de l’histoire du football français. "France-Bulgarie", "Kostadinov", "Coupe du Monde 1994"… Ces mots demeurent gravés comme l’un des principaux échecs des Bleus. Une faillite collective qui va devenir celle d’un seul homme : Ginola. Une rentrée en cours de match et un centre foiré qui amèneront le but décisif bulgare dans le temps additionnel, et voilà Gino accusé de la défaite par son sélectionneur Gérard Houiller, qui qualifiera même sa performance de « crime contre l’équipe ». L’intéressé s’en défendra pendant de longues années « Je suis un pestiféré. On a voulu faire croire que j’étais l’unique responsable de l’élimination afin de déculpabiliser tous les autres ».

Le lendemain, certains médias le surnommaient même « l’assassin du football français », point de départ d’une relation plus que houleuse avec la presse française. Quand il arrêtera sa carrière, certains titres iront jusqu’à le mettre dans leur liste des chômeurs pendant que L’Equipe Mag le voyait devenir « employé sur une plage de Saint-Tropez », un vrai manque de considération « nul à chier » selon Gino. Des années plus tard, il se défendra de ne jamais avoir  voulu rentrer dans un système de copinage avec les journalistes, « je n’ai jamais été dans ma carrière sur ces routes-là », tout en les accusant de le descendre systématiquement en conséquence. En Angleterre, cette relation restera des plus incomprises, la BBC écrivant même au début des années 2000, lorsqu'on évoquait un retour en France « Pour certains fans français de foot, cela serait le retour d’exil de Ginola, tandis que pour d’autre cela serait un retour sur la scène de crime »

 

 

DAVID COPPERFIELD AU BARCA ?

C’est en Angleterre que Ginola se reconstruira après le fiasco bulgare. Et pourtant, c’est en Espagne qu’il était le plus apprécié à l’origine, et que l’on voyait s’épanouir celui qu’on surnommait « El Manifico ». Sa performance lors du célèbre quart contre le Barca y est restée dans les mémoires « Un journaliste espagnol, fan du Barça, m'a reparlé de tout ça. Il m'a dit : “Ce que tu as fait à Ferrer [l'arrière droit de Barcelone en 1995], il s'en souviendra toute sa vie et nous aussi. On a été très déçus que tu ne viennes pas. Tu as été une référence pour toute une génération de Barcelonais.” ». Le Barca est donc le premier à le courtiser, notamment Johan Cruyff, à jamais sous son charme « Il m'avait demandé de venir jouer un tournoi de golf à Tarragone pour sa fondation. À la fin, on était allés chez lui en catimini. On avait eu une longue discussion. C'était magique : je m'imaginais déjà au Barça sous les ordres de mon idole de jeunesse, le joueur à qui j'ai toujours voulu ressembler. Mais ça, je ne le lui ai pas dit. Lui m'a dit : “Tu fais partie des meilleurs joueurs du monde et tu as encore des belles perspectives de progression. Pour moi, tu es la priorité du Barça pour la saison prochaine ». Mais malheureusement, cette affaire n’aboutira jamais « C'était qu'on était avant l'arrêt Bosman et le quota de trois joueurs étrangers était déjà dépassé. Il fallait attendre de faire partir Stoichkov et Hagi et le PSG s'impatientait de ma réponse. Michel Denisot m'appelait et me demandait ce que je faisais, c'était embêtant. Tout était réglé ou presque mais Cruyff n'a jamais réussi à transférer ces deux joueurs. Mon transfert ne s'est pas fait et ça a été difficile à digérer ».

Trois saisons et demie au PSG l’ont ainsi fait passer d’espoir de D1 à meilleur joueur français du moment. Et à la surprise générale, Gino décide de s’exiler au fin fond de l’Angleterre, à Newcastle, un des outsiders du championnat, à l’été 1995. Sous les ordres de Kevin Keegan, il devient rapidement la vedette frenchie de Premier League, jusqu’à bousculer le « King » Cantona. Après un début de saison tonitruant au bout de laquelle la Toon Army le surnomme déjà « David Copperfield », le magicien français touche du bout des doigts le titre de champion, finalement remporté par Manchester United à l’issu d’une des plus grandes éditions de la Premier League. Comme à Paris, Ginola devient une des idoles de Saint Jame’s Park. Mais l’arrivée au pouvoir de Kenny Dalglish va tout changer, le mettant sur le départ pendant que vient d’arriver sur les bords du Tyne un certain Alan Shearer …

 

 

En juillet 1997, Newcastle récupère ainsi son blé en vendant Gino à Tottenham, plus habitué au ventre mou qu’aux places européennes. Ils s’en mordront les doigts puisque le français y connaîtra l’apogée de sa carrière en 1999, en remportant la même année, le titre de joueur de l’année décerné par les joueurs, mais aussi celui des journalistes ! Exploit encore plus immense que les Spurs n’avaient pas terminé dans les 4 premières places, et qu’en même temps, United réalisait son légendaire triplé ! « Le plus beau moment de ma vie » confiera plus tard l’intéressé. Mais comme à Newcastle, l’idylle entre le joueur et le club ne va pas durer, et le voilà qui quitte White Hart Lane à contre cœur – « ça a ruiné mon été » déclare-t-il dans la presse -  pour Aston Villa, ce qui représente avec 4,5M d’indemnité, le plus gros transfert de sa carrière … Une fin  tranquille, un temps annoncé à l’OM pour remplacer Robert Pirès, il finit avec le Everton de David Moyes, une pige de trois mois en 2002, sans grand intérêt, et à l’issu de laquelle il annonce sa retraite.

Ginola aura marqué la Premier League, même si pendant ses années anglaises, il n’aura remporté qu’un seul trophée, une Coupe de la Ligue en 1999 avec Tottenham. Cette même année, pour son grand admirateur Johan Cruyff, il était le meilleur footballeur du monde. Et pourtant, il ne terminera que 26e – dernier à égalité – du Ballon d’Or, avec un seul petit point … Gâchis.

 

STRASS, PAILLETTES ET MINES ANTI PERSONNELLES

David est né à 8 bornes de Saint-Tropez, autant dire que sa reconversion en tant que people une fois sa carrière terminée semblait des plus évidentes. Déjà, dans la fin de sa carrière, l’ancien parisien avait su utiliser sa gueule d’ange pour décrocher ses premiers contrats publicitaires, avec L’Oréal notamment dès 1998. Les femmes britanniques elles, sont fans et dès 2001, un sondage auprès d’elles révèle que l’homme idéal aurait les cheveux de « Mr. G », avec les jambes de David Beckham. De l’autre côté de la Manche, son charme semble avoir pendant des années eu du mal à faire effet. Seul Thierry Ardisson, ambassadeur de la classe à la française, en 2004, lui avouait « ça me dérangerait pas de vous rouler une pelle ». Alors pourquoi ne pas faire du cinéma ? Encore une fois, Gino marche dans les pas de Canto. L’idée lui serait venu à l’esprit bien avant sa retraite sportive, et il étudie même pendant quelques temps à la Royal Academy of Dramatic Art de Londres, comme l’ont fait des acteurs aussi réputés que Kenneth Brannagh, Sean Bean ou Anthony Hopkins, afin de jouer des rôles « dans lesquels on ne l’attend pas », montrer que sa personnalité n’est pas si lisse qu’on le dit. En 2003, c’est chose faite puisqu’il fait la voix d’une crevette dans Le Monde de Nemo … Et depuis, sa carrière artistique n’est guère plus réjouissante puisque deux ans plus tard, l’un de ses premiers vrais films, « The Drop », film sur la Seconde Guerre mondiale, est un véritable flop. L’ancienne star de Newcastle y joue en effet un soldat allemand, aux côtés de Michael Madsen et Billy Zane (le méchant dans Titanic). Niveau rôle déconcertant en revanche, il a réussi son pari. Dernière apparition marquante, celle en tant que photographe de monde dans Les Feux de l’amour, aux côtés de Lorie … On est loin du Festival de Cannes.

 

Bref, le cinéma, ce n’est pas encore ça. Alors pourquoi pas un truc qui lui ressemble, du style la politique ? Il y a quelques années, on évoquait son entrée dans le milieu dans les rangs de l’UMP, au niveau des municipales. Rien ne s’est fait, même s’il reste un fervent supporter de Nicolas Sarkozy. En Angleterre, une reconversion lui tend pour tant les bras, et les possibilités ne manquent pas. Preuve de sa popularité de l’autre côté de la Manche, il a été désigné comme le successeur de la Princesse Diana dans la campagne anti-mines anti personnelles de la Croix Rouge … Et même dans les médias, il reste l’un des premiers interrogé sur les problèmes de ses anciens clubs, des français de Newcastle à la suite de la carrière de Gareth Bale à Tottenham.

Et pourtant, le football français, lui, ne semble pas vouloir de son intervention. Ce n’estt pas faute d’essayer,  « J'ai fait une proposition à Francis Graille en 2004 puis à Alain Cayzac. Je voulais aider le PSG à retrouver une âme et une image positive. Ici, même si c'est un bastion marseillais, j'ai les boules quand j'entends dire que Paris est un club de merde » et précise même « J'avais trouvé des investisseurs (du Moyen-Orient) prêts à racheter 100 % des parts. J'avais proposé à Cayzac d'être le manager général et précisé que je ne venais pas pour l'argent. J'avais aussi suggéré Johan Cruyff comme entraîneur. Ils ont refusé. Je suis dévasté de ne pas pouvoir aider un club que j'aime ». Et la semaine dernière, il renouvelait sa proposition d’intégrer le staff au micro de Téléfoot « Si on m’appelle, j’en ferai ma priorité. Paris m’a donné mes lettres de noblesse. J’aimerais plutôt être dans le management général. Mais pour le moment, il n’y a pas de place disponible » … Et pourtant, son influence en Angleterre pourrait servir, comme celle de Leonardo en Italie. Mais pour le moment, ces mots semblent être tombés dans l’oreille d’un sourd, comme souvent en France avec Ginola.

 

LE BONUS DU LUNDI : une musique très kitsch en son honneur : http://rusta.co.uk/music/music_001.html

 

 

Laisser un commentaire