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La nuit où l'Europe a découvert Alex Ferguson

Le 11 mai 1983, Aberdeen remporte la Coupe d'Europe des vainqueurs de coupes, en battant le Real Madrid en finale (2-1) à Göteborg. Avec à sa tête un homme qui commence à se faire un nom : Alex Ferguson, pas encore Sir.

 Alex Ferguson (Aberdeen, 1983)

Depuis la nuit des temps, deux clubs se disputent la suprématie en Écosse. Le Celtic catholique d'un côté, les Rangers protestants de l'autre. Le reste n'intéresse pas grand monde, si ce n'est quelques paysans écossais perdus dans les Highlands. Pourtant, à la fin des années 70, un homme tente de révolutionner le paysage du football écossais. Son nom est Alex Ferguson, attaquant à la retraite, passé par Queen's Park, St Johnstone, Dumferline, Rangers, Falkirk et Ayr United. Une carrière de joueur respectable (et de manifestant communiste sur les quais de Glasgow), mais incomparable avec celle de manager qui l'attend. Il vient tout juste de fêter ses 36 ans quand les Dons l'appellent en 1978. Un petit club perdu dans le nord-est du pays, rien de mieux pour se construire une bonne réputation d'entraîneur. D'autant que les Gers et les Hoops trustent les titres et ne semblent pas rassasiés. Mais Ferguson n'en a cure. Il veut former une équipe de jeunes soudés, talentueux et professionnels jusqu'au bout des pieds. Tout à son image. Il est autoritaire et méticuleux comme entraîneur. Alors que le kick and rush est parole d'évangile en Grande-Bretagne à cette époque, Fergie souhaite instaurer un jeu basé sur la technique, la qualité de passe et l'attaque. « Si vous faites des passes, il arrivera un moment où vos adversaires voudront récupérer le ballon. C’est à ce moment-là que vous exploiterez à l'ouverture », analyse t-il. Aberdeen remporte son premier titre de champion de l'ère Ferguson en 1980, coiffant le Celtic sur le poteau. Un succès national qui en appellera d’autres (1984 et 1985). Pourtant, c’est en Europe que ce petit devenu grand connaîtra son succès le plus retentissant.

Hewitt, ce héros

La première expérience sur le continent fait figure de dur apprentissage. Champions en titre, les Dons sortent par la petite porte de la Coupe d’Europe des clubs champions 1981, battus 1-0 et 4-0 par Liverpool en huitièmes de finale. Une élimination qui ne convient pas à Ferguson, et c’est un euphémisme. « Il est stupide d'avoir peur du diable avant d'avoir vu ses yeux », déclare t-il furieux. La saison 1982-1983 est celle de la rédemption. La Coupe d’Écosse remportée en 1982 (4-1 contre les Rangers) donne le droit à Aberdeen de disputer la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupes. Le FC Sion (7-0 et 4-1), le Dinamo de Tirana (1-0 et 0-0) et le Lech Poznan (2-0 et 1-0) chutent sans lutter face aux hommes de Ferguson. En quart de finale, le grand Bayern Munich se présente à Pittodrie. Après un bon 0-0 à Munich, Aberdeen est mené 2-1 sur sa pelouse au retour, avant quinze dernières minutes pleines de fighting spirit. Les Écossais l’emportent 3-2 au bout du suspense. La demi-finale est plus aisée, les Belges de Watershei perdent 5-1 au match aller mais s’impose 1-0 au retour, ce qui ne suffit pas à priver Ferguson de sa première finale européenne. Le Real Madrid se présente alors en finale. Le jeune attaquant de 19 ans, Eric Black, ouvre le score, avant qu’un penalty de Juanito ne remette les deux équipes à égalité. Malgré cela, le match est un récital d’Aberdeen, qui domine le milieu de terrain et empêche les Madrilènes de pratiquer leur jeu habituel. Emmenés par un Peter Weir des grands soirs, les Dons s’imposent finalement en prolongations, grâce à un but de John Hewitt. Rentré à la place de Black, le super sub voit Weir dribler deux adversaires et servir McGhee, dont le centre trouve Hewitt, qui n’a plus qu’à pousser le ballon au fond des filets. « Il a toujours cru en ses joueurs et nous avons toujours cru en lui. C’est le Dieu d’Aberdeen », raconte dithyrambique le buteur décisif. Un succès mérité à Göteborg, qui aura vu naître celui qui sera considéré trente ans après comme le plus grand manager de tous les temps.

 

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