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La Bosnie-Herzégovine, un pays unifié par le football

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Les premiers flacons de neige tombèrent et finirent par couvrir toutes les maisons brûlées et détruites. Malgré la trêve, une étrange odeur de poudre résistait. La nation divisée attendait enfin l’aboutissement des négociations de Dayton visant à mettre fin à la guerre qui ravageait depuis 3 ans la république yougoslave.

Cependant, une guerre ne se termine pas comme ça. Cela prend des mois, voire des années avant qu’un semblant de vie normale soit restaurée. C’était étrange, après des années de d’obscurité et de famine, de pouvoir admirer de simples choses de la vie comme allumer une lumière, constater de l’eau qui sort du robinet ou manger du pain. Ou jouer au football. Sous la neige qui tombait en novembre 1995, la Bosnie Herzégovine se préparait à jouer son tout premier match international le dernier jour du mois, 9 jours après les accords de Dayton. Le pays était encore divisé, le football aussi. La Football Association (FA) a crée une ligue de football nationale qui ne pouvait pas inclure les parties du pays à majorité croate ou serbe.

Voilà comment était pratiqué le football en Bosnie pendant les années 90 (c)BiHFootball

Voilà comment était pratiqué le football en Bosnie pendant les années 90 (c)BiHFootball

Alors que trouver des adversaires était particulièrement compliqué, l’Albanie accepta de recevoir la Bosnie pour un match historique à Tirana, le 1er match international de la Bosnie reconnu officiellement par la FIFA. Fuad Muzurovic, premier coach de l’histoire de la sélection bosnienne, a rassemblé ses troupes à Zagreb -le trajet plus rapide partant de la Serbie-Monténégro n’était absolument pas envisageable- mais seulement 8 joueurs ont répondu à l’appel. Le match n’étant pas prévu par le calendrier de la FIFA, les clubs refusaient de libérer leurs joueurs.

« Je me souviens, » commence Muzurovic, « que j’ai rassemblé que mes assistants et nous avons décidé que si nous ne pouvions pas trouver d’autres joueurs, nous jouerions quand même. Nous voulions juste notre équipe nationale, peu importe la performance, le résultat. » Après avoir pris contact avec quelques anciens joueurs ayant pris leur retraite, l’entraîneur et ses assistants réussirent à partir à Tirana avec 11 joueurs et un jeu de maillot acheté dans un magasin de sport de Zagreb quelques heures avant le vol. La Bosnie-Herzégovine perdit le match 2.0.

« C’était une époque différente avec des ambitions incomparables à aujourd’hui », affirme Muzurovic. « Nous avions une mission qui était de créer une fédération et une équipe nationale pour être reconnu par la FIFA et l’UEFA. Notre but était uniquement de pouvoir jouer au football »

18 ans plus tard, la seule chose qui n’a pas change à Sarajevo est le temps. La ville qui accueillit les 14emes JO d’Hiver en 1984 est une nouvelle fois recouverte par la neige. Les ruines sont désormais remplacées par des centres commerciaux et les objets de nécessité ne sont plus l’électricité, l’eau ou la nourriture mais les smartphones ou autres gadgets brillants.

Perdu au milieu des prés, le podium officiel des JO qui a vu couronnés, il y a 30 ans, les champions olympiques de saut à ski (c)LeFigaro

Perdu au milieu des prés, le podium officiel des JO qui a vu couronnés, il y a 30 ans, les champions olympiques de saut à ski (c)LeFigaro

Cela ne signifie pas que le pays a fini de lutter avec la transition post-guerre. La division a été le problème le plus important du pays ces 15 dernières années, avec des représentants politiques particulièrement nationalistes des 3 ethnies. Le taux de chômage est encore plus important qu’en Espagne (44,5% -record en Europe-) et le salaire médian est de 416€.

Quand Vedad Ibisevic a marqué le but qualificatif pour la coupe du Monde contre la Lituanie, il est évident que tous les problèmes n’ont pas été réglés. Cependant, plus de 50.000 personnes ont accueilli les joueurs pour un défilé dans les rues de Sarajevo tard dans la nuit. Depuis le balcon de l’hôtel de ville, les héros ont salué leur peuple qui leur scandait "Vi ste ponos drzave" (Vous êtes la fierté du pays). Le pays le plus pauvre d’Europe, avec une population de moins de 4 millions d’habitants, un championnat extrêmement faible et des infrastructures totalement obsolètes s’était qualifié pour la Coupe du Monde.

Le manager Safet Susic, légende du PSG, qui a été élu meilleur joueur de l’histoire du pays, a su créer une équipe avec une colonne vertébrale de joueurs évoluant dans les meilleurs championnats d’Europe : Asmir Begovic (gardien, Stoke City), le rugueux capitaine Emir Spahic (défenseur, Leverkusen), le brillant Miralem Pjanic (milieu, AS Rome) et les 2 géniaux attaquants que sont Vedad Ibisevic (Stuttgart) et Edin Dzeko (Manchester City). La philosophie de Susic est simple « Marque plus que ton adversaire, peu importe la souffrance », et même si l’équipe paraît parfois naïve tactiquement, elle est agréable à voir jouer et on s’attache pour elle.

Quand la Bosnie-Herzégovine se préparera à jouer ses premiers matchs de Coupe du Monde, la nation et l’équipe, comme les 31 autres qualifiés, auront leurs espoirs, souhaits et objectifs. Ils calculeront, imagineront le scénario parfait, rêvant de gros matchs et de surprendre le monde entier. Mais une chose distinguera la Bosnie-Herzégovine des autres : après avoir surmonté tous les obstacles, le fait d’avoir mis ce pays sur la carte du football, quoiqu’il arrive au Brésil, fera toujours de cette équipe la fierté de la nation.

C’est probablement en espérant de tels moments que, 18 ans plus tôt, Mo Konjic et ses coéquipiers achetèrent leurs maillots dans un magasin de sport pour jouer le 1er match international de leur pays.

Merci à Saša Ibrulj (@sasaibrulj sur twitter) pour ses informations

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