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Maracana : grandeur et décadence

Jamais un stade n’aura à ce point concentré entre ses murs la passion d’un pays, comme en témoignait son ingénieur « Ce stade est à l'image du football brésilien : absurde, en faillite, mais incomparable ». Le Maracana est sûrement l’enceinte la plus célèbre du monde, celle qui fait rêver tout amateur de football. 64 ans après sa construction, il revient cette année plus que jamais, sur le devant de la scène. Retour sur un mythe, et sur une histoire teintée de drames, de religion, et d’urine.

Presque personne ne connaît l’Estadio Jornalista Mario Filho.  Bâti à Maracana, un coin sans histoire du nord de Rio, il portait le nom de son quartier jusqu’à la fin des années 1960. Écrivain, journaliste, fan de futebol … Mario Filho est l’un des grands noms du football brésilien qu’il a largement contribué à populariser au début du XXe siècle.

A la fin des années 1940, il avait ardemment pris part à l’organisation de la Coupe du Monde 1950, la première sur son sol. En 1947, l’Europe sort dévastée de longues années de guerre et les candidats pour accueillir une compétition qui ne s’est plus déroulée depuis plus de dix ans, ne se pressent pas aux portillons. Unique prétendant, c’est donc au Brésil que s’affronteront les meilleures équipes de la planète.

Le Maracana en 1950. Inachevé.

Le gouvernement lui, entre deux coups d’Etat, compte se servir du tournoi comme un étendard de la modernité du pays, à travers notamment la construction d’un nouvel écrin... Le Maracana. Le 2 août 1948, moins de deux ans avant le match d’ouverture, la première pierre est posée. Un ovale de 300m de longueur, 86 000 m² … Aucune prouesse architecturale mais une taille inouïe, si bien qu’officiellement, sa construction ne s'achèvera qu’en 1965.

Maintenant, nous avons vraiment un cadre fantastique où le monde entier peut admirer notre grandeur et nos prouesses sportives” pouvait-on alors lire dans la presse  brésilienne. Le Maracana est tellement grand, que personne ne connaît exactement sa capacité. 200 000 ? 180 000 ? 155 000 ? Chacun y va alors de sa propre hypothèse. En tout cas, il explose le record de l’époque, et les 43 000 places d’Hampden Park, à Glasgow. L’affluence officielle maximum sera atteinte en 1954, avec plus de 183 000 personnes pour un match contre le Paraguay. Mais en comptant les incrustes, ce sont régulièrement plus de 200 000 personnes qui s'agglutinaient debout dans les gradins.

Le premier match à s’y dérouler est un Rio-Sao Paulo junior. Mais tout le monde a les yeux tournés vers le match contre le Mexique, en ouverture de la Coupe du Monde, huit jours plus tard. Pour SON tournoi, le Brésil connait un parcours tranquille jusqu’à cette fameuse finale contre l’Uruguay. Favori comme jamais, Zizinho et compagnie s’inclinent devant les modestes uruguayens 2-1 … Ce jour là, ce sont près de 220 000 personnes tassées dans les tribunes (en comptant les fraudeurs, soit 10% de la population de Rio) qui se font assassiner par le but d’Alcides Chiggia à 10 minutes de la fin. De cette défaite maudite naîtra le terme de “Maracanazo”, encore utilisé de nos jours quand un petit vient taper l’équipe résidente.

Théâtre d’un des pires drames de l’histoire du foot brésilien, l’histoire du Maracana n’est pas terminée. Les artistes du ballon rond vont même s’y illustrer. Et notamment un certain Edson Arantes do Nascimento, plus connu sous le pseudo de Pelé. En 1957, il y plante son premier but avec la Séléçao lors d’une défaite contre l’Argentine. En 1961, il met l’un des (le ?) plus beaux buts de l’histoire du Maracana en dribblant la moitié de l’équipe adverse avant de pousser le ballon au fond des filets. En novembre 1969, cela ne pouvait donc être qu’ici qu’il inscrivait le 1000e but de sa carrière, contre Vasco.

Seulement trois personnes dans l’histoire ont réussi à faire taire le Maracana : le pape, Frank Sinatra et moi”, balancera un jour le fameux Alcides Chigia. Le Maracana est devenu un temple du football, si bien qu’en 1983, les obsèques de Garrincha remplissent ses tribunes, pour un dernier adieu à un enfant de ce stade, qui a fait si souvent lever les spectateurs par ses dribbles de folie ...  En 1997, le pape Jean Paul II viendra même y bénir le peuple brésilien.

Un temple bouillant.

En 2000, le Maracana fête ses 50 ans. Il a vieilli, terriblement. On y ressent de curieuses secousses, il tremble (peut être un signe, suite à la visite de Jean Paul II et de son Parkinson), et est le théâtre d’un drame suite à l’effondrement d’un grillage qui fera 3 morts et des dizaines de blessés. Avant même la désignation en 2007, du Brésil pour accueillir la Coupe du Monde 2014, sa remise aux normes s’impose.

Au début des années 2000 ainsi, les responsables de sa rénovation se déclarent impressionnés par un étrange mal qui ronge le stade : l’urine. Les quelques toilettes étant abandonnés, les spectateurs avaient l’habitude de se soulager sur les murs du stade, jusqu’à entraîner la corrosion de ses structures d’acier. Une brigade spéciale est même constituée pendant les matchs, afin de ramener les fans dans le droit chemin.

Avec ses reconstructions successives, le Maracana a perdu ses places debout et par la même occasion son statut de plus grand stade au monde, et même d’Amérique du Sud. Cette rénovation ne peut qu'attirer les critiques. Heitor Dalincourt, l'une des mémoires du club de Fluminense, explique ainsi dans le documentaire Looking for Rio "C'est une trahison dans l'histoire du football brésilien. A Rome, on ne permettrait jamais qu'on détruise la basilique du Vatican. Au Brésil, on l'autorise". L’antique Maracana a été remis à neuf, le prix de ses places ont explosé, mais il est prêt à être plus que jamais sous le feu des projecteurs pour les deux plus grands événements sportifs du monde : le Mondial 2014, et les JO 2016.

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