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Wembley, la grandeur de l'Empire

Quand Pelé évoquait “La cathédrale du footbal, la capitale du football, le coeur du football”, il ne parlait pas du Maracana, mais d’un stade dans lequel il n’a jamais disputé la moindre rencontre. Feu Wembley était probablement le stade le plus célèbre du pays qui a inventé le football moderne, pour ne pas dire du Vieux Continent. Un temple qui n’aurait pourtant jamais du être dédié au football.

 

Et si l’histoire de Wembley avait commencé … en France ? En 1889, l’ouverture de la Tour Eiffel vient ridiculiser les 44m de la Colonne Nelson, et marque sans le savoir le début d’une course à la grandeur. Edward Watkin, magnat des chemins de fer et député de sa majesté, outré, ne put s’empêcher de réagir “Tout ce que peut faire Paris, Londres peut le faire en plus grand”. Son programme ? Une sorte de plagiat de la Dame de Fer (la notre), dans un hameau de 200 âmes de la campagne du Middlesex. Après s’être fait envoyer chier par Eiffel himself et manquant cruellement de fonds, la tour s’arrêtera dès son premier étage. D’ailleurs, l’âge aura rapidement raison de Watkin, et la dynamite de sa tour démesurée.

 

L’ histoire pourrait s’arrêter là, mais Watkin a eu l’idée de faire jouer ses relations pour faire arriver le tout jeune métro londonien jusqu’à son ersatz. Si bien que Wembley devient rapidement un lieu prisé des londoniens pour décompresser le week end, on y joue au cricket, on fait de l’aviron, et déjà, on tape dans un ballon rond. Mais surtout, cette volonté de faire du patelin un symbole de la grandeur britannique a survécu à Watkin. Le 10 janvier 1922, le duc de York (le futur roi George VI), y pose la première pierre d’un stade qui accueillera deux ans plus tard, la British Empire Exhibition, l’exposition coloniale de sa majesté - sans les ancêtres de Karembeu dans des cages. Deux ans plus tard, c’est depuis ses tribunes que “Bertie” le bègue inaugurera l’évènement, et fera sans le savoir la première scène du Discours d’un roi de Tom Hooper.


Bref, cet écrin tout neuf doit plus servir à exalter la noble nation qu’à accueillir des milliers de supporters hurlants et indisciplinés. Pour preuve, il est doté de deux tours, d’un blanc immaculé, bien plus proches de l’architecture indienne que de quelconque stade de l’époque. Sa construction n’aura presque rien coûté, et duré seulement 10 mois, ce qui permettra à ses concepteurs de vanter la grandeur de ce qu’ils considèrent comme leur Colisée “Pour une vitesse de construction, une taille, une beauté, qui n’a jamais été égalée. Et c’est le travail de cerveaux et de mains britanniques”. Sauf que malheureusement pour eux, ce qui devait être un symbole national fut rapidement considéré comme un gouffre financier, et sa destruction mis à l’ordre du jour.

 

Son sauvetage sera des plus rocambolesques. Pas de multimilliardaire pour le sauver, mais un certain Arthur Elvin, originaire de Norwich, vétéran de la Grande Guerre, qui s’était constitué un petit pactole en vendant des clopes pendant l’exposition. Habile négociateur, il gagnera suffisamment pour racheter un bon nombre pavillons, les revendant encore plus chers aux ferrailleurs par la suite … Suffisamment pour s’offrir le stade et construire un vrai complexe sportif tout autour. Et pour rentabiliser l’investissement, Elvin décida avec succès, de remplir les tribunes le plus régulièrement possible, avec du foot, mais aussi des courses de lévrier, de l’athlé … Wembley est lancé. En 1948, il accueille même la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, les premiers télévisés, ceux du symbole du redressement de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale, ceux de Zatopek.

 


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En plus de la Locomotive Tchèque, une autre légende, Mohamed Ali, aura l’occasion d’y combattre en 1963. Car en réalité, rarement un stade n’aura ainsi été le théâtre d’autant d’exploits sportifs. En 1923, le premier match qu’accueillit Wembley, la finale de FA Cup entre Bolton et West Ham, resetera dans la légende en tant que la White Horse Final, avant laquelle la pelouse fut envahie, faute de places dans les tribunes (300 000 personnes selon la police, comptaient y assister, alors que les tribunes ne peuvent théoriquement en accueillir que la moitié). Ce gazon sacré sera même le témoin du sacre de l’Angleterre à la Coupe du Monde 1966. Son objectif ultime était atteint, Wembley était à jamais devenu un symbole de la puissance de la nation britannique.

 

Wembley a connu son apogée. La suite ne sera qu’une longue descente aux enfers dans un quartier lourdement touché par la crise des années 80. Son agonie durera une vingtaine d’années, jusqu’au 7 octobre 2000, et le coup de sifflet final de Stefano Braschi qui mettra fin à une défaite de l’Angleterre devant l’Allemagne dans les qualifs pour la Coupe du Monde. Les dernières 90 minutes viennent de se finir, 77 ans d’histoire se terminent. Trois ans plus tard, les mythiques tours seront abattues afin de laisser le place au nouveau Wembley, une enceinte ultramoderne de 90 000 places. En rabaissant le terrain en prévision de ce nouveau stade, les ouvriers tomberont pourtant sur quelque chose des plus inattendus : les fondations de la tour qu’avait voulu, plus d’un siècle auparavant, Edward Watkin.

 

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