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Y'a du monde aux Balkans : Le retour aux affaires de « l’entraîneur des entraîneurs »

 

www.nacional.hr

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Il y a une semaine, on apprenait le retour aux affaires de l’entraîneur demi-finaliste de la coupe du monde avec la Croatie en 1998. A 78ans, Blazevic a accepté d’entraîner le mythique club de Sloboda Tuzla, relégué en 2012 en 2e division bosnienne après 42ans passés en première division yougoslave et bosnienne. Retour sur une vie mouvementée.

L’histoire a débutée tôt. Quand Miroslav « Ciro » Blazevic atteignit l’âge de 16ans, sa mère lui suggéra de devenir prêtre. Cependant, après être tombé amoureux d’une religieuse du monastère, il s’aperçut que son avenir était ailleurs. Il s’avéra que le football était sa véritable vocation mais ce n’est pas pour autant qu’il abandonna les conseils de sa mère qui furent essentiels à sa carrière et notamment à son management.

Ses compétences de gestion furent particulièrement utiles pour faire tirer dans le même sens les égos de la formidable équipe croate de la fin des années 90. L’homme né en Bosnie mais se définissant comme croate déclara d’ailleurs récemment à ce sujet « J’ai entraîné la Croatie pendant plus de 6 ans et il n’y a pas eu un conflit entre les joueurs alors que le groupe aurait pu exploser »

Par exemple, après avoir été informé que Alen Boksic était en colère en raison de la trop grande présence de Davor Suker dans la presse, il mit en œuvre les conseils de sa mère : il fit en sorte de laisser Boksic entendre « par hasard » que Suker était contrarié de ne pas pouvoir marquer sans l’aide de l’attaquant. Bien sur, Suker n’a jamais rien dit de la sorte mais peu importe, cela évita que le duo magique soit miné par des histoires de jalousie.

A cette époque la Croatie avait une des meilleures équipes du monde avec Prosinecki, Boban et Asanovic comme patrons du milieu, Robert Jarni sur le côté gauche, Slaven Bilic en roc de la défense et Suker, Boksic et Vlaovic pour marquer de nombreux buts. Après la désillusion de l’Euro 96, éliminé par l’Allemagne de Matthias Sammer en quarts de finale malgré un jeu brillant, les croates prirent leur revanche deux ans plus tard en éliminant sèchement ces mêmes allemands 3.0 en quarts de finale de la coupe du monde 98. Avant de se heurter à Lilian Thuram en demi-finales et de finalement terminer 3eme du tournoi.

© www.erepublik.com

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Mais peu de gens savent comment l’histoire a réellement commencé. En 1960, après avoir émigré en Suisse pour travailler en tant que concierge, Blazevic commença sa carrière d’entraîneur à Sion dès qu’il eut assez de notions en français. Ses succès lui ont même ouvert les portes de l’équipe nationale suisse. Il faut dire que Blazevic avait énormément de charisme et il utilisait ses compétences de management pour pousser ses équipes à déplacer des montagnes. Les résultats ont été, à certains moments, extraordinaires. Lorsque Ciro est arrivé au Dinamo Zagreb, en 1980, le club avait fini la saison précédente à la 12e place du championnat yougoslave et n’avait pas gagné de titres depuis 22 ans. 2 ans plus tard, le club était champion de Yougoslavie avec une confortable avance.

En 1983, l’entraîneur prit les reines des Grasshoppers dans des circonstances tragiques suite à la mort inattendue de leur légendaire entraîneur Hennes Weisweler. Blazevic remobilisa tout le monde au club et conserva le titre de champion.

A sa venue à Pristina en 1986, le club de la capitale du Kosovo connut l’apogée de son histoire footballistique avec une euphorie emportant 30.000 fans qui remplissaient les gradins à chaque match à domicile.

Plus récemment, en 2008, la fédération de Bosnie-Herzégovine se tourna vers lui pour réunifier une équipe et une fédération au bord de l’implosion, entre stars prêts à entrer en grève et divisions ethniques au sein même de la gouvernance. L’homme providentiel réussit à réunifier toutes les parties autour du projet et, même en perdant en barrages contre le Portugal, il avait jeté les bases de l’équipe qui s’est qualifié pour la Coupe du Monde 2014, 1er tournoi majeur de la nation.

Grand amoureux de football, Blazevic est apparemment incapable de mettre un terme à sa carrière et même 2 opérations importantes – pour le cancer du pancréas et du mélanome – n’ont pas réussi à l’empêcher de continuer, enthousiaste comme au premier jour. Sa passion (pas que du football cette fois-ci) le porta en Chine et en Iran avant de mettre un point final supposé au NK Zagreb la saison dernière.

Quand Ciro fut appelé pour sauver le club de la relégation, il accepta, certain de succès. Audacieux et confiant, comme toujours, il déclara « Je n’ai aucun doute sur ma mission qui sera couronné de succès car je suis le meilleur ». Pour une fois il a eu tort, finissant bon dernier du championnat.

« C’est probablement la fin pour moi, une fin tragique » conclut-il en mai 2013.

Trop passionné pour s’arrêter, Blazevic replonge la veille de ses 79 ans en s’engageant pour Sloboda Tuzla, ancien grand club bosnien végétant en seconde division. « L’objectif est de remonter en 1ere division et je ne partirais pas tant que cet objectif ne sera pas atteint. Je me sens jeune ! » Le vétéran entraîneur a aussi déclaré aux supporters du club « Votre magnifique accueil me rappelle notre réception en Croatie après la Coupe du Monde 98 ».

Dans l’accord, un fait surprenant est à souligner : Sloboda a programmé un match amical contre l’Etoile Rouge de Belgrade le 5 février dans la ville slovène de Koper. Ce match sera vécu comme un évènement, les 2 clubs ne s’étant pas rencontrés depuis l’éclatement de la Yougoslavie, il y a 22ans. Cela ravivera des souvenirs éclatants comme la victoire sensationnelle 3.1 de Tuzla au Marakana en 1977 et la grande vengeance de l’Etoile Rouge qui éclata le club bosnien 9.1 en 1980. « J’attends avec une grande impatience ce match. Ce sera très nostalgique »

Bien que le match amical ne devrait pas bénéficier d’une grosse couverture médiatique, il sera intéressant de voir le match et la nouvelle aventure d’un des plus vieux coachs du milieu du football. Qui sait, Sloboda Tuzla pourrait être la dernière étape dans la carrière de Blazevic, l’homme qui a trouvé sa destinée grâce à une belle nonne.

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