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Qatar : 8 more years of slavery

Dans 8 ans, en 2022, le Qatar accueillera la FIFA World Cup. L'événement majeur du football mondial. Depuis la désignation le 2 décembre 2010, les polémiques se sont multipliées sur le sujet. Les votes ont-ils été achetés ? Faut-il, malgré les températures locales très élevées, organiser la compétition en été ? L'alcool sera-t-il autorisé dans un pays où l'Islam est la religion officielle et la Charia la principale source d'inspiration juridique ? Malheureusement, une nouvelle polémique se dessine. Enfin, pardonnez-moi s'il vous plait, mon laxisme lexical. Ce n'est ni nouveau, ni une simple polémique. C'est un massacre vieux de plus de 1000 ans qui s'opère en ce moment même au Qatar. Selon le rapport du comité de coordination népalais Pravasi, 400 ouvriers népalais seraient morts depuis 2010 sur les chantiers des différentes infrastructures prévues pour le plus grand événement sportif du monde. 185 sur la seule année 2013. Pire, les chiffres dévoilés par la Confédération Syndicale Internationale (ITUC) montrent qu'avant même le coup d'envoi de la compétition, 4000 ouvriers seront morts. «Nous utilisons très rarement le mot "esclave" mais cela s'applique au cas du Qatar.» Nathalys Martin, juriste chez Amnesty International.

source : www.dreuz.info

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Nous utilisons très rarement le mot "esclave" mais cela s'applique au cas du Qatar

Le 18 novembre dernier, Amnesty International publiait un rapport de 170 pages intitulé « Qatar : The Dark Side of Migration ». Le rapport est édifiant. Pour mener à bien ses recherches, l'ONG a effectué deux voyages au Qatar – en Octobre 2012 et Mars 2013 – pour un total de 5 semaines et demi de terrain et 210 interviews de travailleurs. Avant d'entrer dans le vif du sujet, il est important de préciser la situation du Qatar aujourd'hui. 62 milliards de dollars au total sont investis dans l'ensemble des infrastructures. 1,2 millions de travailleurs immigrants sont actuellement au Qatar et 1 million supplémentaires sont attendus d'ici 2022 pour la suite des chantiers. Il est à noter que le pays compte « seulement » 2 millions d'habitants. Les immigrés proviennent principalement d'Asie et des différents pays du sud. Loin de toute autarcie, de grands groupes industriels internationaux sont impliqués dans les travaux dont le français Vinci, spécialiste du BTP.

Les témoignages d'ouvriers sont nombreux. Tous dépeignent des conditions de travail inhumaines et tout simplement inacceptables. Les immigrés népalais se « sentent traités comme du bétail » par leurs employeurs. Les employeurs, eux, qualifient les immigrés « d'animaux ». Ils travaillent 12 heures (contre 10 heures prévues par la loi) par jour, 7 jours sur 7 dans un pays où les 50°C sont souvent atteints. « Notre employeur avait refusé de nous accorder la pause qui est prévue par la loi entre 11 h 30 et 15 heures, durant les deux mois les plus chauds de l'année » déclare un ouvrier indien. Amnesty décrit des conditions précaires, les casques, par exemple, ne sont pas distribués. Conséquence directe, le principal hôpital de Doha accueillit 1000 ouvriers blessés suite à une chute en 2012. 10% sont aujourd'hui paralysés, le reste succomba aux traumatismes. Signe hypocrite de mieux, une nouvelle charte concernant les travailleurs fut créée mais ne concerne que la construction des stades et non celles du reste des infrastructures (métro, hôtels, logements, etc.). L'ONG juge les avancées insuffisantes concernant les droits des travailleurs, il s'agit en effet de normes et non de lois. De nombreuses visites syndicales ont été refusées par le Qatar avant une invitation envoyé le 11 février dernier.

source : http://www.constructionweekonline.com/pictures/workers.jpg

source : http://www.constructionweekonline.com/pictures/workers.jpg

Malheureusement, l'horreur de la situation n'est pas présente sur les seuls chantiers. Elle est au quotidien, que ce soit dans les logements – jusqu'à 7 personnes empilés dans 15m² sans accès à l'eau courante – ou dans les contrats de travail plus que révoltants. « C’est un système qui fait du travailleur, la propriété du patron. Il ne peut plus quitter le pays sans que le patron signe un visa de sortie, il ne peut pas changer de travail non plus », explique Tim Noonan, le directeur de campagne et de communication de la Confédération syndicale internationale (ITUC), à TV5. Afin de sortir du système, les ouvriers sont obligés de trouver refuge dans les différentes ambassades. L'ambassadeur indien au Qatar dit avoir reçu 1460 plaintes liées au travail. ITUC est clair : « Nous nous référons à la convention n°29 de l'Organisation International du Travail (OIT). Elle donne une définition du travail forcé dans laquelle on trouve la situation d'esclavage. L'utilisation de la menace de sanction comme le fait le Qatar est un élément de la définition». Plus qu'alarmante, la situation fait bouger les différentes associations « Nous essayons de lancer un dialogue avec les autorités là-bas depuis trois ans mais sans résultat. Ils ne veulent pas rentrer dans des discussions sérieuses avec nous » continue Tim Noonan. Du côté d'Amnesty International, même son de cloche : « Nous avons organisé près de 14 rencontres avec le gouvernement qatari avant de leur transmettre nos conclusions. Même s'il n'a pas nié ces constatations, sa réponse n'a pas été claire. Il existe bien une législation protégeant les travailleurs, mais elle n'est pas respectée » Sepp Blatter, président de la FIFA et grand défenseur des valeurs humaines dès qu'une occasion de brasser du vent se présente s'est simplement déclaré rassuré par les progrès du Qatar. Tim Noonan dans son interview pour TV5 a une autre vision du problème : « Certains hauts responsables de la Fifa ont évoqué un possible revote en 2015. Nous sommes convaincus que si la Fifa demande au Qatar d’abolir la Kafala (procédure d'adoption spécifique au droit musulman, ndlr) pour garder le mondial 2022, ils le feront ».

source : http://www.dw.de

source : http://www.dw.de

Il s'agit donc maintenant d'espérer que d'une part la FIFA cesse de détourner le regard en organisant ce nouveau vote et d'autre part que les citoyens en occident et partout dans le monde prennent conscience de l'horreur qui se déroule en ce moment même au Qatar. Le football peut mettre en lumière des problèmes sociaux, qu'ils le veuillent ou non, la visibilité de la situation esclavagiste qatari va exploser quand les échéances vont approcher. En attendant, des gens privés de tout n'ont pas droit à la couverture médiatique qu'ils méritent. Je ne suis qu'un pauvre étudiant féru de football. Je ne suis pas reporter, je ne peux pas mener d'enquête de terrain. Je ne peux pas pointer du doigt à la télévision le problème et me confronter aux esclavagistes. Mais il me semble qu'en France, des gens ont ce pouvoir. Alors, j'attendrai. Que L'Equipe, par exemple, parlent de ça. Et tant qu'on y est, qu'ils en profitent pour remuer ciel et terre à propos de la très mauvaise gestion d'argent qui pousse de nombreux clubs vers la faillite. Et s'il vous plait, ne me parlez pas d'un cancer. Cette situation n'est pas une maladie, ce n'est pas une anomalie, ce n'est pas un virus provenant d'un milieu extérieur à la race humaine. Ce sont des choix humains qui sont responsables. Alors oui, vos papiers ne vendront pas autant, mais vous ferez honneur à votre métier.

Le football est loin de se limiter aux enjeux sportifs. Le journalisme sportif aussi.

Merci de m'avoir lu, bye.

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