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Mo Johnston, alias Judas

Passer des Rangers au Celtic, c’est un crime de lèse majesté. Mo Johnston n’en avait cure. Il franchit le pas en 1989. Retour sur un transfert controversé au pays du Old Firm.

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Le derby de Glasgow n’avait pas besoin d’être enflammé encore plus. Né à Glasgow au sein d’une famille catholique, le jeune Mo débute dans un autre club catholique de la ville, Patrick Thistle. À 18 ans, il effectue des débuts tonitruants en Écosse. Avec 41 buts en deux saisons, il étape le royaume alors qu'il n'a pas encore 20 ans. Parti faire ses armes à Watford de l’autre côté de la frontière, il revient dans sa ville natale chez le grand Celtic. Le club de ses rêves, qu’il supporte depuis toujours. Un club catholique, aussi. Pour sa première saison, les Bhoys remportent la Cup. Johnson marque 14 buts en 27 matchs. La saison suivante, il inscrit 15 réalisations en 32 rencontres et le Celtic en profite pour ravir le titre de champion à l’ennemi juré. Un an après la Coupe du monde 1986, Mo Johnston veut changer d’air, alors que de nombreux prétendants sont sur les rangs. Il choisit Nantes et la France. L’arrivée de l’Écossais réjouit Suaudeau. «Johnston en bon attaquant britannique, n’est certes pas brillant dans le style, mais ne possède pas un jeu simpliste pour autant, analyse l’entraîneur nantais. En fait, avec ce genre de joueur, c’est tellement simple que ça devient efficace. De plus, il est animé d’une grande disponibilité qui fait qu’il pèse beaucoup sur la défense adverse.» Après deux saisons à la Jonelière, Mo Johnston veut rentrer au pays. Le Celtic de Glasgow lui fait miroiter un beau contrat et là, alors que tout semble être conclu, Mo Johnston change d'avis. C'est le début d'une des plus belles trahisons de l’histoire du football.

Maurice le traître

Le transfert de Figo du FC Barcelone au Real Madrid est anecdotique à côté de l’impact du passage de Johnston, le catholique, chez l’ennemi juré les Rangers, club des protestants. Il est seulement le second joueur catholique à signer chez les Blues de Glasgow depuis la Seconde Guerre Mondiale. Le football écossais n’en revient pas. Alors que les Rangers lancent leur campagne d’abonnement, de nombreux fans spontanément se réunissent devant les boutiques, le siège du club et brûlent leurs écharpes aux couleurs de leur club. De l’autre côté de la ville, les fans du Celtic ne pardonnent pas à leur ancienne idole, qu’ils surnomment désormais «la petite merde». Mo Johnston avait juré qu’il ne reviendrait pas en Écosse après son passage en France. Les supporters n’ont pas la mémoire courte et lui rappelent son mensonge. Aux Rangers, le nouveau manager Graeme Souness, qui a joué avec lui en sélection apprend l’intérêt tout particulier de son ancien coéquipier. « Du moment qu’un joueur est assez bon pour revêtir le maillot du club, peut importe quel a été son parcours auparavant », se contente t-il de déclarer. Les Rangers proposent un contrat juteux à Johnston. Le passage chez l’ennemi juré fait mal aux fans des Hoops qui jugent cet acte impardonnable. Graeme Souness, quelques années plus tard, admettra que cela avait été une erreur, malgré le bon bilan sportif de Johnston aux Rangers. « C’est vrai, on a blessé les supporters du Celtic en signant Johnston, c’était une erreur de notre part, avoue t-il. Personnellement, j’étais marié à une catholique et mes enfants étaient catholiques, jamais je me suis dit que les différences de religion pouvaient avoir autant d’importance pour les gens. » Mo Johnston ne restera que deux saisons du côté d’Ibrox Park. Avec un bilan de 46 buts en 100 rencontres et deux titres gagnés en autant de saisons, le bilan est parfait. Il va même réussir à se mettre le public des Rangers dans la poche dès son premier Old Firm sous sa nouvelle tunique. Le match est serré, le score nul et vierge. À la 89ème minute, Johnston décide de se rappeler au bon souvenir de de ses anciens fans. Il quitte les Gers en 1991. Bien plus qu’un joueur des deux clubs, il symbolise bien toute la complexité de cette rivalité mêlant suprématie locale, religion et sectarisme.

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