Un petit cours de Samba? – E19 : Bosnie - Pjanic, le héros réfugié

Miralem Pjanic est sous les projecteurs du football européen. Sa technique et son toucher de balle sont rares dans un football prédominé par la puissance et la vitesse. L'homme fait l'objet des convoitises des plus grands clubs d'Europe et les médias le mentionnent à tour de bras. Mais pour Pjanic, le couronnement de sa carrière est arrivé voici quelques mois : une qualification pour la Coupe du Monde avec son pays : la Bosnie.

Miralem Pjanic est surnommé le "Petit Prince" par les supporters de la Roma, surnom qu'ont repris les médias du monde entier. Pourtant, il n'y a rien de petit chez le garçon ayant grandi au Luxembourg. Comme beaucoup de familles bosniennes, ses parents ont quitté le pays dès le début des années 1990 pour échapper à une guerre sanglante qui a coûté la vie de milliers de personnes.

Bosnie, Pjanic

En débutant une nouvelle vie au lointain Luxembourg, les parents Pjanic n'auraient pas imaginé dans leurs plus beaux rêves que leur fiston accomplirait autant pour leur pays d'origine. Le père avait quand même remarqué le talent pour le football de son fils, ce qui l'a poussé à l'inscrire dans un club luxembourgeois. Les recruteurs de clubs ont fait le reste du travail. Malgré de nombreuses offres, Miralem décida d'accepter celle du FC Metz pour ne pas partir loin du cocon familial. Il y resta jusqu'en 2008 pour faire ses gammes avant d'ambitionner plus haut avec Lyon. La succession de Juninho n'a pourtant pas été facile avec les blessures et le manque de temps de jeu. Ce qui n'a pas empêché Miralem de réaliser de belles choses, comme ce but qui élimina le Real Madrid en Ligue des Champions. En 2011, Pjanic franchit la frontière transalpine pour s'engager avec la Roma. Dans un championnat moins physique et correspondant plus à ses qualités, le Bosnien brille jusqu'à être qualifié comme l'un des meilleurs milieux de terrain d'Europe.

Au delà des succès avec son club, Pjanic désirait un accomplissement inégalable dans sa carrière pro : jouer avec son pays. Se posant des questions au début de sa carrière sur son pays, il joua en sélection de jeunes avec le Luxembourg, surclassant tous ses camarades. Au delà du Luxembourg, la France commençait à lui faire les yeux doux, lui promettant des réussites qu'il ne pourrait pas avoir avec le minuscule pays frontalier ou la Bosnie, son pays d'origine. Mais Miralem se souvenait de son enfance et de l'espoir secret de son papa. A partir de ce moment, il ne pensa plus qu'à défendre les couleurs de la Bosnie-Herzégovine.

Pour cela, il a fallu de la patience. Après une attente longue d'un an pour avoir la citoyenneté sportive et être admissible en équipe de Bosnie, le pays entier savourait que Pjanic n'ait jamais vacillé malgré un processus bureaucratique particulièrement lent. Le choix de Pjanic de jouer pour le petit pays pauvre d'Europe du Sud était loué par tous, alors qu'à cette époque la Bosnie ne représentait absolument rien dans le monde du football.

Les choses ont précisément commencé à changer quand Miralem Pjanic a intégré la sélection nationale en 2008. Même si pour ses débuts, la Bosnie a perdu 2 à 1 contre la Bulgarie, l'arrivée de l'enfant retrouvé annonçait une nouvelle ère pour la Bosnie. Cela s'est confirmé avec l'élimination en barrages de qualification pour la Coupe du Monde 2010 contre le Portugal. Si la Bosnie a aussi était défait par le même Portugal pour les barrages d’accession à l'Euro 2012, la sélection progressait très rapidement pour passer de rien du tout à une équipe digne d'une grande compétition mondiale.  La construction s'est achevée aux cours des qualification pour la Coupe du Monde au Brésil où la Bosnie a pu se hisser au sommet du groupe, devant les baroudeurs expérimentés grecs.

Pour la première fois de leur histoire, les Bosniens accédaient au bal royal et l'enfant de Zvornik a pris une grande part à cet exploit. Après la victoire qualificative contre la Lituanie, les larmes coulaient sur le visage du grand enfant qui avait attendu ce moment depuis des années. Le jeune garçon réfugié au Luxembourg avait tenu parole et réalisé le rêve ultime de sa patrie.

Il y a quelques jours, Miralem a aussi fait preuve de son grand cœur en achetant une pharmacie complète pour venir en aide à ses compatriotes plongés dans des inondations dramatiques. Pour arracher un sourire à ces gens frappés depuis plus de 20 ans par de multiples catastrophes, Miralem Pjanic et ses coéquipiers seront prêts à tous les sacrifices. La joie est à ce prix en Bosnie.

pjanic

(c) www.foxsportsasia.com/

Pour ceux intéressé par la belle histoire de cette sélection dont pourtant tout le monde se foot, j'avais déjà parlé des débuts douloureux de cette sélection en 1991 pour TLM s'en foot.

bosnie

Cette image et bien d’autres sont à retrouver sur la BD « Footmaniacs – T12 » spéciale Coupe du Monde - Les Footmaniacs © Bamboo Édition - J, S, C & Saive

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