Feu les stades à l'anglaise

Quel est le point commun entre Old Trafford, Anfield ou Celtic Park ? Ils sont tous passé sous le crayon d’un homme, un petit architecte écossais, (trop) largement méconnu au 20e siècle, mais qui a marqué une large partie de l’histoire du football britannique.

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Crédit : http://homesoffootball.co.uk/

La révolution industrielle sur du gazon
A la fin du XIXe siècle, Glasgow est la seconde ville du tout puissant Empire britannique, derrière l’intouchable Londres. Avec son port ouvert sur l’Atlantique ou encore ses usines sidérurgiques, la cité écossaise attire une un nombre inouï de travailleurs venu de l’ensemble de la Grande Bretagne. Au beau milieu du printemps 1865, l’un d’entre eux, forgeron de métier, devient père pour la première fois, sans se douter que son tout jeune Archibald Leitch, aura un destin qui dépassera bien largement les limites de l’Ecosse.

“Archie” comme on le surnomme, je suivra pas la carrière paternelle. Doué à l’école, en sciences notamment, il parvient rapidement à devenir ingénieur au sein des chantiers navals. Pendant ces années, il voyage un peu partout à travers le monde : l’Inde, l’Afrique du Sud ... Pourtant, c’est en tant qu’architecte que Leitch va rapidement se faire un nom. Il construit avant tout des usines, et connait pas mal de réussite. Bref, son histoire est indissociable de celle de la révolution industrielle.

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Cette époque, c’est celle de l’acier qui renforce les bâtiments, de l’électricité qui commence à éclairer les villes, de la brique au prix abordable … Quel rapport avec le football ? Leitch, protestant convaincu, est fan depuis son enfance des Glasgow Rangers. Or, en 1899, son club de coeur le contacte pour dessiner son nouveau stade.

“Leitch privilégie le fonctionnel à l'esthétique"Officiellement, il ne demande aucune honoraire en échange, et un an plus tard, Ibrox Park est inauguré. C’est alors le plus grand stade jamais construit, avec près de 70 000 places ! Le football est alors encore bien largement un sport populaire, et il n’est pas question de faire des stades des oeuvres d’art. Comme pour ses usines, Leitch l’a bien compris en privilégiant avant tout le fonctionnel à l’esthétique.

Un style mythique
Si Archie demeurera inconnu pendant une longue partie du 20e siècle, son style lui, marquera des générations. Il n'est pourtant pas forcément révolutionnaire, comme dans d’autres pays à la même époque, comme l’Italie où le tout jeune béton armé fait son entrée dans les stades. Les stades de Leitch eux, avant tout, font preuve d’une grande standardisation. Ils doivent être grands, construits avec peu de budget et surtout rapidement, soit presque des stades en kits !

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Les tribunes debout s’imposent. Auparavant, les supporters assistaient aux matchs sur des plans inclinés plus ou moins naturels, en herbe ou avec ce que les architectes avaient eu sous la main. Même au 19e siècle, cela n’était pas rassurant, un simple mouvement de foule risquait d’avoir des conséquences dramatiques. C’est notamment pour cette raison qu’en 1904, le comté de Londres lui demande de moderniser un stade de la ville : Craven Cottage. Les enceintes disposent désormais de vraies fondations, d’allées clairement dessinées dans des tribunes debout où apparaissent également les mythiques barrières en acier afin d’éviter des bousculades trop importantes. Dans ce sport populaire, on privilégie encore largement la théorie selon laquelle une place assise équivaut à deux places debout.

“Les mythiques barrières en acier.”

Son autre caractéristique innovante pour l’époque fut également de créer des tribunes permanentes. Jusque là, les stades étaient un peu construits à l’arrache avec du bois, de l’acier … Avec la montée en puissance du football à la fin du 19e, ces structures ephémères ne suffisent plus. Leitch a alors l’idée de construire des tribunes plus ou moins standardisées, avec parfois même deux étages. Et surtout, ces dernières sont couvertes par un toit triangulaire, comme sur une maison, supporté par des pylônes en acier. Enfin, son signe fort reste ce fronton au beau milieu de la tribune principale. Souvent triangulaire - il est parfois arrondi, comme à Anfield - et aligné avec le rond central, il arbore le nom du club, ou son logo.

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Vie et morts
Parce que si le nom de Leitch est associé à un grand nombre de majestueuses réalisations, son nom est aussi tragiquement accroché à plusieurs catastrophes qui emmèneront sous les pelleteuses la majeure partie de ses stades.

Dès 1902, à Ibrox, sous ses yeux, une partie des fondations d’une tribune qu’il a conçu s’écroulent sous ses yeux. Ces 22 morts le hanteront probablement une grande partie de sa vie, mais s’il aurait pu quitter le monde du football à cette époque, il ne le fera pas. Bien au contraire, dans les premières années du 20e siècle, sa cote explose, notamment de l’autre coté du mur d’Hadrien. Une quantité impressionnante de stade passeront ainsi sous ses mains : Villa Park (dont la tribune principale est souvent considérée comme étant son chef d’oeuvre), Highbury, Goodison Park, Molineux, Stamford Bridge, Twickenham, White Hart Lane … Les idées de Leitch marqueront presque entièrement le football britannique jusqu’aux années 1990. Pendant près d’un siècle ces infrastructures auront résisté aux millions de spectateurs en furie passés dessus. Enfin, presque ...

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Parmi ses réalisations, à Sheffield, Hillsborough reste la plus tragiquement célèbre. Même s’il n’en a conçu qu’une partie et des décennies plus tôt, la tragédie du 15 avril 1989 portera le coup fatal à plusieurs de ses stades. Quelques mois plus tard, le Taylor Report interdira les places debout pour les enceintes de l’élite et les travaux de modernisation engendrés ne laisseront debout qu’une douzaine de ses oeuvres. Une partie des tribunes de Craven Cottage, furent par exemple conservées, car inscrites sur la liste des monuments historiques depuis 1987, tout comme la tribune sud d’Ibrox, toute en brique. Et curieusement, il aura fallu attendre que ses tribunes soient détruites pour qu’elles entrent dans la postérité ... Nostalgie.

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