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Helmut Klopfleisch, la politique et le football ne faisaient qu’un.

 Dans son livre paru en 1994 « Football against the Enemy », Simon Kuper nous raconte l’histoire de Helmut Klopfleisch, un supporter que la politique a séparé de son club, le Hertha Berlin.  K., comme il était appelé par la Stasi, le service secret de l’Allemagne de l’Est, était un habitué des travées du stade du Hertha depuis ses 3 ans. Alors qu’il en avait 13, un obstacle de taille se mit en travers de sa passion : le Mur de Berlin.

enelareachica.com

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Klopfleisch explique au journaliste qu’il a dû attendre 28 ans avant de pouvoir se rasseoir devant son club de toujours. 28 ans à cause «  de ce truc tellement Allemand ». A l’époque, en plein guerre froide, un club dominait Berlin Est : Le Dynamo Berlin. Le principal problème du Dynamo, c’était sa base de fans. Les week-ends, seulement 1000 personne assistaient aux matchs, la plupart d’entre eux étant des personnes de haut rang du parti communiste local. Le club était détesté par les locaux, surnommé « le onze cochon », et pourtant, il dominait le championnat, glanant 10 titres de suite. Mais Klopfleisch n’avait d’yeux que pour le Hertha. Les premiers mois qui suivirent la construction du Mur, les supporters restés du mauvais côté  se retrouvaient les jours de match juste derrière la frontière, ou’ ils pouvaient écouter les clameurs venues du stade voisin. Mais malheureusement, le Hertha changea de stade pour le Stade Olympique, à l’extrême ouest de la ville.

"A chaque réunion, nous nous demandions si le coach avait réussi à passer la frontière. C’était excitant, c’était une aventure"

Le club de supporter « Hertha Society » fut alors crée, mais il était illégal et les réunions rares. Les coaches du Hertha rendaient parfois visite, et racontait les dernières semaines du club  aux membres, avides d’informations. Klopfleisch raconte : « A chaque réunion, nous nous demandions si le coach avait réussi à passer la frontière. C’était excitant, c’était une aventure. »

En 1974, l’Est rencontre l’Ouest à la Coupe du Monde, et la famille Klopfleisch, déjà surveillé par la Stasi, portait les couleurs de l’Ouest. Mais à la surprise générale la RDA s’imposa, 1-0. But de Sparwasser, qui peu de temps après s’enfuit à l’Ouest.  Helmut était en deuil. K. allait souvent voir les équipes du bloc de l’Ouest jouer des matchs en Tchéquie, en Pologne. Son dossier chez la Stasi raconte tous ses mouvements en détails : « K, par son comportement au match Bulgarie- RFA, a significativement endommagé la réputation internationale de la RDA. ». En 81, le Bayern joue en Tchéquie. Et la Stasi veut tout faire pour empêcher des fans de l’Est de s’y rendre. Mais évidemment, K. y sera. Cette même année Klopfleisch sera interrogé directement pour la première fois, par un certain Lieutenant Hoyer. Lors de cet entretien avec le Lieutenant, K se plaignait de n’avoir pas pu acheter de ticket pour Dynamo Berlin vs. Stuttgart. Un homme sans peur, le Klopfleisch.  Il avoue pourtant au journaliste qu’il se sentait comme une proie chassée jour et nuit.

Per mesure de prévention, à chaque fois que l’Ouest venait jouer à l’Est, il était enfermé dans une cellule « pas plus grande qu’un sofa ». En 1985, il est arrêté de nouveau après sa rencontre avec le Kaiser, Franz Beckenbauer. Sur la photo prise à l’occasion, sur le fond, une femme avec chapeau et lunette noire : « une espionne ».  En 1986, lui et sa famille demande à immigrer officiellement. Trois ans plus tard, il peut s’en aller. Mais, comme par hasard, sa mère est mourante et il demande de rester quelques jours de plus. Non, pas possible. Il s’en va, et sa mère s’est éteinte cinq jours plus tard.

« Mon meilleur souvenir de ces 41 années en RDA ? A chaque fois qu’une équipe de l’Ouest venait jouer à l’Est…elle gagnait. C’était si important pour nous. »

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