Sign in / Join

La "Fondation": un nouveau scandale dans le foot italien?

 FIGC

Une fois n'est plus coutume, le Calcio, fait parler de lui autrement que sur le terrain, un scandale qui pourrait encore souligner le fonctionnement obscure de l'industrie du football transalpin... Un article du quotidien « Repubblica » nous plonge dans un scénario rocambolesque digne des plus grands films de corruption hollywoodiens…

Lotito

Claudio Lotito, l'homme influent de la Fédération

Dans un enregistrement rendu public, Carlo Iodice - président du Club d'Ischia Isolaverde (Lega Pro B, équivalent de la CFA)  met en lumière une discussion téléphonique qu’il a eue avec Claudio Lotito – président de la SS Lazio et vice-président de la FIGC (la fédération italienne) – et où ce dernier lui demande à demi-mot de détourner un peu d'argent : « Faisons une avance sur frais sur les projets de la Fondation…». Pour rentrer un peu plus dans le détail, le président d'Ischia n'en peut plus de Mario Macalli, le président de la Lega Pro (National) et veut le pousser vers la sortie. Alors il appelle Lotito pour le lui dire. Claudio Lotito lui répond de ne rien faire parce que sinon il ne pourra pas ramener un sponsor supplémentaire grâce à Infront, ni récupérer l'argent du streaming sur les matchs. Donc, si le président d'Ischia fait sauter Macalli, il faudra réélire un président qui ne sera peut-être pas un partenaire privilégié de Lotito (un pantin quoi) et qui pourrait empêcher Lotito de ramener de l'argent. Ischia, comme d'autres clubs, pourrait donc se retrouver sans l'apport de la Ligue qui supporte le poids des 25M€ de coupes budgétaires faites par le Comité Olympique italien (équivalent du CNOSF) au football. Du coup Lotito invite son interlocuteur à patienter et en attendant de faire une avance sur les frais de la Fondation pour ramener de l'argent aux équipes du championnat amateur. Ce que Lotito ne sait pas c'est qu’ Iodice a enregistré la conversation …

Le bandit manchot, petite mise et gros pactole du foot italien

La « Fondation » ? Étrange mot pour définir une machine à sous. Le grand distributeur de billets du football italien pour être plus précis. Celui dont se servent certains pour acheter le consensus des présidents des petites équipes. Il manque une poignée de votes en Lega Pro pour sauver son président au bord du gouffre ? Pas de problème, "faisons appel à la Fondation" !

La loi Melandri de 2008 établit que « la Serie A reverse un quota des ressources économiques et financières provenant des droits télé à l’attention du développement des secteurs de formation des petits clubs des ligues inférieures, au soutien des investissements pour la sécurité, même du point de vue des infrastructures des complexes sportifs, et au financement d’au moins deux projets sportifs par an non liés au football». Dans le texte, rien d'alarmant, bien au contraire, cette méthode pourrait même être jugée logique et équitable : redistribuer les richesses pour porter tout le monde vers le haut, une entreprise louable ... Sauf que la pratique l'est beaucoup moins!

Cet argent, plusieurs dizaines de millions d’euros par an, est récolté par la « Fondation pour la mutualité générale des professionnels des sports d’équipe » qui gère tout le pactole, sans aucun contrôle externe. En théorie, la Fondation devrait recevoir les projets à financer d’une entité de "filtrage" qui étudie et choisit les projets à financer via la Fondation. Dans la pratique, ce ne sont pas les projets qui font l’objet d’une étude mais, de manière totalement politique, les différents présidents des ligues auxquels il faut faire une faveur. Ces derniers répartissent ensuite l’argent qui leur est assigné aux clubs qui dépendent d’eux selon leur convenance. Le tout indépendamment des projets, qui ne font jamais l’objet d’aucun contrôle. Et c’est ce qui arrive dans le meilleur des cas de figure. Parce qu’il arrive souvent que le conseil, très proche de Lotito et du « gang Infront » (petit surnom donné à la société de marketing sportif dont on vous fait le descriptif dans la section « Petite explication du système ») fasse des avances de frais ou bien des primes aux projets des années précédentes.

Comment un système de ce type a pu voir le jour ? Un élément clef de cette situation est en effet la composition du conseil de filtrage, celui qui a le pouvoir de décision sur l’argent de la Fondation. Sur 12 membres, 5 (dont le président) sont nommés par la Serie A, 1 par la Serie B, 3 par la FIGC (équivalent italien de la FFF), deux par la lega Basket et le dernier par le Comité Olympique (CONI).

Ce merveilleux « bandit manchot » tourne à plein régime depuis deux saisons. Le premier virement officiel a été émis en Juin 2013. Les sociétés et les ligues (à l’exception remarquable de la Serie B) n’étaient pas encore prêtes et n’avaient présenté aucun projet, mais l’argent arriva quand même. En 2014, les ligues montèrent une sorte de module « Projet », c’est-à-dire un simple document Word avec un copié-collé d’un projet quelconque. Là aussi, l’argent fut distribué sans coup férir. Entre-temps, la plupart de ces projets n’a pas démarré. Mais étant donné qu’il ne s’agissait que d’une excuse pour récupérer l’argent, ils ont été présentés à l’identique cette année. On reprend les mêmes et on encaisse !

L’exemple du ballon made in Tavecchio

Les apparences importent peu, ce qui compte c’est la caisse. Et plus c’est gros, plus ça passe ! La Lega Pro de Mario Macalli par exemple, a présenté 60 projets, un pour chaque société représentée. Soixante projets différents qui ont cependant en commun, le devis. Un devis qui est toujours d’un montant identique de 33 333,33€ ! Au-delà de l’embarras pour celui qui devra compiler le bon pour accord avec la décimale périodique, il apparait évident que le montant n’a pas été indiqué en raison du coût des travaux prévus mais qu’il est le résultat d’une simple division.

Petit arrangement entre ami, Molten - Tavecchio

Petit arrangement avec les entreprises amies

En analysant la liste des projets, on trouve d’autres chiffres intrigants associés à des noms bien trop connus. Comme par exemple le cas des 140 000 ballons que la ligue amateur doit acquérir pour 2.2 millions d’euros auprès de la société Molten. Société étrangement proche du président de la FIGC, Carlo Tavecchio, puisqu’en 2008 l’une de ses déclarations avait créé la polémique. En effet, Tavecchio - alors président de la ligue amateur - avait communiqué aux différents clubs qu’un contrat avait été signé avec Molten qui s’engageait à fournir des ballons à 20€ pièce, un prix exorbitant comparé à l’actuel (moins de 16€ pièce)…  Dans la foulée il annonce que chaque club recevra deux ballons Molten et que 40€ seront prélevés dans les caisses de chaque club. Un peu étrange comme méthode, surtout que :

  • Les clubs n'ont rien demandé et ont été obligé de prendre les 2 ballons ;
  • Ces deux ballons, comme toute fourniture livrée par un sponsor, ne devraient pas être payants étant donné qu'un sponsor investit de l'argent et reçoit en échange un bénéfice d'image.

Ces deux points on fait penser à plusieurs observateurs que Tavecchio s'était simplement mis d'accord avec Molten pour taxer 2.2 M€ à sa propre ligue à condition d'en récupérer une petite contrepartie.

Petite explication du système 

Au-delà de cette énième affaire dans le football italien, c’est l’engrenage caché qui complète le mécanisme du système de pouvoir unique, contrôlé par Marco Bogarelli (président de la filiale italienne d’Infront - entreprise internationale de marketing sportif), qui, depuis 2008, a dévoré le monde du ballon rond et en a contrôlé toutes les filières. La Fondation est désormais la deuxième jambe sur laquelle repose ce système de corruption.

Infront, la main mise sur le foot italien

Infront, la mainmise sur le foot italien

Infront, société extrêmement proche de Galliani (vice au roi du Milan AC) et Lotito et qui durant les cinq dernières années a été capable de prendre le contrôle de tous les leviers du pouvoir et dont voici un petit aperçu. En 5 points Infront est :

1) Le conseiller principal de la Serie A pour la vente des droits tv,

2) Le conseiller commercial de la FIGC pour l’équipe nationale,

3) Le titulaire des droits d’archive du championnat italien (nota : la Juve, la Roma et Sassuolo viennent tout juste de rompre les accords pour filer chez SKY, le 09/03/2015),

4) Le fournisseur de la moitié de la Serie A pour qui elle gère (à pertes) la pub dans les stades et les rapports commerciaux.

5) Le producteur TV des matchs.

Depuis quelques jours elle est aussi officiellement partenaire de la Gazzetta dello Sport dans l’aventure Gazzetta Tv. Un pouvoir énorme, comme on peut le voir, qu’il faut cependant savoir maintenir. Comment ? Avec la politique, c’est-à-dire avec le consentement des électeurs qui sont ici les présidents des clubs. Pour les grosses écuries il y a les contrats commerciaux d’Infront. Pour les autres , il y a … la Fondation !

3 comments

  1. osheridan 11 mars, 2015 at 10:04 Répondre

    Merci pour cet article.

    Le foot italien n’est que le reflet de la nature des italiens. Qu’ils soient en politique, en éntreprise ou dans la fonction publique, ils cherchent tout le temps à détourner l’idée de base pour s’en mettre plein les poches.

    Toutes les grandes familles italiennes se sont nourries sur la vente de grands actifs public qu’ils ont obtenus en corrompant les fonctionnaires et les politiques chargés de la privatisation des industries publiques.
    Toutes les subventions qu’accordent l’Europe ou des organismes internationaux non gouvernemantaux sont détournés par les personnes qui sont censés distribué et rentabiliser ses fonds.

    Je ne suis donc pas surpris de cette nouvelle création italienne pour frauder, l’usine à fraude en Italie ne s’arretera jamais.
    Verser des millions d’euros pour faire profiter des clubs de ligue inférieures pour les developper et ainsi renforcer la base pour permettre à moyen terme d’amliorer le sommet, la Serie A, grace à une meilleure formation des catégories de jeunes dû à l’octroi d’argent pour de meilleurs équipements et des cadres mieux payés, ca ne pouvait évidemment pas marcher en Italie.
    Toute bonne initiative si elle est géré par des italiens est vouée à etre bafouée et dénaturée.
    Les italiens sont des grands égoistes qui pensent toujours individuellement, à eux-meme et à leur famille et les autres s’ils n’ont rien tant pis pour eux. Si on peut se servir on le fera, tant pis pour les autres et je ne leur dirai rien de ma magouille tant que ca me profitera car je ne veux en faire bénéficier à personne d’autres qu’à ma famille et moi. Voilà la pensée typique d’un italien.
    Pas pour rien que l’Italie est le pays d’Europe le plus corrompu.

    • Baby 16 mars, 2015 at 15:20 Répondre

      Waouw !! Mis à part votre belle écriture … rien à me mettre sous la dent !! je dirais 10 % de vrai ds ce texte !! pour le reste, le résultat d’une terrible frustration anti-Italienne !! et je crois savoir d’ou elle peut venir !! lol

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :