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Eduardo Galeano, "je ne suis qu'un mendiant de bon football"

Titre : Le football, ombre et lumière
Auteur : Eduardo Galeano
Prix : 19€
Edition : Climats

Introduction

 

Il respirait le football. Jusqu’au plus profond de ses bronches et de ses alvéoles. Mais le football ne lui aura finalement pas permis de sauver ses poumons, victimes du cancer. Eduardo Galeano, né à Montevideo en 1940 vient de lâcher son dernier soupir, à 74 ans. Et on a la gueule de bois.

Unknown

Eduardo Galeano s’en est allé ..

 

« Dans sa vie, un homme peut changer de femme, de parti politique ou de religion, mais il ne peut pas changer son football » assurait Eduardo Galeano. L’auteur de « Sa majesté le football » (1968) et « Football, ombre et lumière » (1995) était sans aucun doute celui qui su le mieux décrire aux belles âmes réticentes et bien-pensants snobinards la beauté du ballon-pied.

«  Je ne suis qu’un mendiant de bon football »

Bien que supporter du Nacional Montevideo, il ne détestait pas le club de Peñarol. Car lorsque Juan Alberto Schiaffino et Julio César Abbadie étaient présents sur le terrain, il n’avait pas d’autre choix que de les admirer se déhancher sur la pelouse. Il confessait même avoir l’envie de les applaudir. C’était ça, Galeano. Pour lui, le football était « la musique du corps, une fête pour les yeux ».

« J’aime le football, la guerre et la fête du football, et j’aime partager l’euphorie et la tristesse dans la tribune avec des milliards de personnes que je ne connais pas et avec lesquelles je m’identifie de manière fugace dans la passion d’un dimanche après-midi » écrivait-il dans son premier ouvrage sur le ballon rond. Galeano n’était autre « qu’un mendiant de bon football » avouait-il.

Ce charrua fut surtout l’un des grands penseurs de la gauche latino-américaine. Journaliste dans sa jeunesse à Marcha puis à Epoca, deux organes ancrés profondément dans la mouvance intellectuelle de gauche, il est contraint à l’exile en 1973 en Argentin puis en Espagne après la prise au pouvoir de la junte militaire. Il revient finalement au pays au milieu des années 80 pour continuer à dénoncer les méfaits de l’impérialisme américain avec son crayon comme seule arme. Il disait vouloir « sauver la mémoire séquestrée de l’Amérique Latine ».

Eduardo Galeano (Reuters)

Eduardo Galeano (Reuters)

Le football, « un triste voyage du plaisir au devoir »

Son oeuvre la plus célébrée est sans aucun doute « Les veines ouverte de l’Amérique latine », écrite en 1971. Mais c‘est bien avec « Football, ombre et lumière » à la fin du siècle dernier qu’il fera basculer le ballon-pied dans une dimension nouvelle, entre roman, essai et même poésie. Rares sont ceux qui auront réussi à placer le football aussi haut dans les airs, loin de la boue, où d’autres essayistes et intellectuels, tel Jean-Marie Brohm, auront tenté de le trainer.

Il connaissait si bien le football qu’il en était capable d’en critiquer les méfaits. Galeano dénonçait la surpuissance du capitalisme dans notre sport. « L’ histoire du football est un voyage du plaisir au devoir. A mesure que le sport est devenu industrie, il a expulsé la beauté qui nait de la joie de jouer pour jouer. Dans ce monde de fin de siècle, le football condamne ce qui est inutile, et est inutile ce qui n’est pas rentable. Aucun homme assez fou ne gagne à devenir un enfant le temps d’un instant ».

Un poète du football

Alors il se rendait aux matches pour continuer à vibrer en observant la tribune, ou en s’amusant de ces dribbleurs fou qu’il considérait comme des anarchiste du football: «  Heureusement, apparaît toujours sur les terrain, bien que ce soit de moins en moins le cas, un effronté au visage sale  qui sort de son rôle et commet l’absurdité de dribbler toute l’équipe adverse, et le juge, et le public dans la tribune, pour le simple plaisir du corps qui se lance dans l’aventure interdite de la liberté ».

« On soupçonne le soleil d’être une balle enflammée, qui travaille le jour et rebondit la nuit ans le ciel, pendant que la lune travaille, bien que la science ait des doutes à ce sujet. En revanche, il est prouvé, et prouvé avec certitude, que le monde tourne autour de la balle qui tourne ». Galeano nous aura surtout permis de croire en quelque chose: littérature et football sont compatibles. Puisse-t-on respirer le football jusqu’au plus profond de nos bronches et de nos alvéoles aussi longtemps qu’Eduardo. Puisse-t-on le faire aussi bien que lui.

Eduardo Galeano lisant "Football, ombre et lumière" (Marca)

Eduardo Galeano lisant « Football, ombre et lumière » (Marca)

 

 


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Avis de la rédaction

Avis de la rédaction8/10

Commander le livre

– Football, ombres et lumières (1995)


Lecture pour mourir moins con:

- Les veines ouvertes de l'Amérique latine (1971)

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