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Le mauvais pari d'Arles-Avignon

24 octobre 2010. Parc des Sports d'Avignon.
Le promu Arles-Avignon est en train d'accrocher l'Olympique Lyonnais 1-1. C'est un véritable exploit que sont en train de réaliser les hommes de Faruk Hadzibegic. 57ème minute, un jeune joueur du centre de formation lyonnais entre en jeu, remplaçant Aly Cissokho. Son nom ? Alexandre Lacazette, arborant un vilain numéro 38 qui sera remplacé, quelques années plus tard, par un 10 beaucoup plus gratifiant. Six minutes plus tard, le dernier de Ligue 1 procède également à un changement : l'international algérien Hameur Bouazza est remplacé par un certain Angelos Charisteas. Si Lacazette fait des merveilles avec le ballon, butant sur un solide Cyrille Merville, Charisteas se sent bien seul. Le journaliste de L'Equipe Thomas Rudeau écrit que le grec "erre sur le terrain sans but et sans grande conviction". Si les trois coups de sifflet de Pascal Viléo sont synonymes de libération pour l'ACA, c'est en revanche anonciateur, pour le Grec, de son dernier match en France.

Durant le mois d'août 2010, Arles-Avignon cherche à renforcer son équipe avec des joueurs d'expérience. L'agent d'Angelos Charisteas, Paul Kousioliakos, propose les services de son poulain à Michel Salerno, président du club. Le joueur sort d'une période difficile de trois saisons en Allemagne et désire se relancer. Le grec rachète son contrat et se retrouve libre. Charisteas convainc Angelos Basinas de le rejoindre dans ce challenge. Si le premier a discuté avec le staff technique et divers figures du club, Basinas arrive comme un cheveux sur la soupe, sans avoir discuter avec l'encadrement. Celui-ci sort d'une année mitigé à Portsmouth.

Charisteas basinas aca

Angelos Basinas (à gauche), Michel Salerno (au milieu) et Angelos Charisteas (à droite) lors de leur présentation officielle à la presse Crédits : La Provence

Lorsque le club annonce la venue des deux internationaux grecs, c'est un véritable bombe. Deux grands acteurs de la victoire de la Grèce lors de l'Euro 2004 débarquent en Provence, chez le petit poucet de Ligue 1. Une belle histoire qui semble commencer à s'écrire. Toutefois, ce recrutement est déjà source de critique. Cyril Chapuis, ancien joueur de l'Olympique de Marseille et du FC Metz, passe un essai à l'ACA après une année de chômage. Après avoir marqué lors d'un match amical face à Saint-Etienne, il reçoit un avis favorable de la part de Michel Estevan, l'entraîneur du club, et de la part du directeur sportif. Cependant Michel Salerno fait l'impasse sur Chapuis et préfère recruter Charisteas comme attaquant. Chapuis, énervé par cette situation, décide de se retirer et ne joue plus au football pendant trois ans avant de revenir à Bourg-Peronnas, en National.

Charisteas et Basinas s'engagent, le 16 août, pour une saison dont une année supplémentaire en cas de maintien en Ligue 1. Estevan confirme que Charisteas "a la taille et le vécu" mais il ajoute qu' "on va voir s'il a le véritable profil du buteur que l'on souhaitait". Les deux joueurs font leurs débuts en Ligue 1 face au Toulouse FC, le 21 août. Les premiers pas de Charisteas sous le maillot acéiste sont accueillis de manière mitigée, notament parce qu'il ne fait aucun tir lors de cette rencontre. Dès le match suivant, contre Rennes, Estevan met les deux joueurs sur le banc, Charisteas est remplacé à la pointe de l'attaque par Yann Kermorgant. Si Basinas ne joue pas, Charisteas entre à la place de Franck Dja Djédjé et ne parvient pas à reprendre un centre de Benjamin Psaume, devant la cage de Nicolas Douchez, manquant d'arracher le point du match nul. Les journalistes de La Provence, Laurent Rugiero et Benoît Gilles, voit un joueur en méforme et se demande si on reverra Kermorgant prendre la place du Grec. Lors d'un match amical contre Istres, alors en L2, il est signalé, à huit reprises, en position de hors-jeu et ne gagne aucun duel. Il sort sous les sifflets du Stade Fournier à Arles. Estevan note "de la bonne volonté" de la part de son numéro 9 mais cela ne suffit pas. Son compatriote Basinas n'apporte pas grand chose à l'équipe et se contente de très courtes passes.

Michel Estevan est viré de son poste, après une défaite 4-0 au Parc des Princes face au Paris SG, et est remplacé par Jean-Louis Saez et Kader Ferhaoui qui assurent l'intérim. Les débats se révèlent houleux en coulisse entre Michel Salerno ainsi que Michel Estevan et Robert Duverne, le préparateur physique, qui préfère démissionner. Le 25 septembre, contre Montpellier, Charisteas délivre de bonnes passes pour des occasions qui ne se concrétisent pas. Le ciel s'obscurcie pour lui, peu avant la mi-temps, où il se blesse en faisant une talonade. Légère élongation de la cuisse. Il cède sa place à Kermorgant qui marque pour Arles-Avignon en seconde mi-temps. L'ACA s'incline toutefois 3-1. La presse régionale salue le bon match de la paire grecque qui a montré un tout autre visage que lors de leurs débuts contre Toulouse. Mais cela n'est pas non plus convaincant.

Faruk Hadzibegic reprend les rênes de l'équipe et ne convoque pas Basinas pour le déplacement à Brest. Le milieu défensif grec, qui jouait encore, en mai 2010, en Premier League, se retrouve, quatre mois plus, dans un match amical de sixième division française entre la réserve d'Arles-Avignon et Le Pontet. Quelques jours plus tard, le 21 octobre, il résilie son contrat et cite des raisons familiales comme motif de départ. Hadzibegic confirme, en conférence de presse, que la famille du joueur avait du mal à trouver ses marques en France et que Basinas a préféré sauver son couple que de sauver le club. Si l'ancien numéro 6 de la sélection héllène est parvenu à préserver son couple, Michel Salerno vient de prendre une énorme claque.

Angelos Charisteas (en blanc) lors du match contre Montpellier.

Quant à Charisteas, ça ne va pas fort non plus. Le joueur déclare même que "ce n'est pas évident de m'imaginer rester si on en est au même point en décembre". De retour contre Brest, le 16 octobre, il ne parvient pas à élever son niveau de jeu. Le technicien bosniaque lui laisse 83 minutes mais le Grec n'arrive pas à glisser une balle dans les filets brestois ou à se mettre en valeur. Ces trente minutes contre Lyon, dans un match où Arles parvient à arracher un match nul inespéré, ne sont qu'anecdotiques. Charisteas est écarté des plans d'Hadzibegic qui préfère lancer Benjamin Psaume, Dja Djédjé ou encore certains jeunes. Le Grec est aperçu pour la dernière fois, le 13 novembre, sur le banc de l'ACA, au Stade Louis-II. Une fin de parcours à Monaco, certains en rêvent. Pour Charisteas, c'est la fin du calvaire.

Trois jours plus tard, les envies de départ de l'attaquant sont annoncés dans L'Equipe. Le joueur désire quitter le club pour retrouver du temps de jeu, ayant toujours l'espoir de toujours évoluer pour l'équipe nationale. Agé de trente ans, c'est un objectif difficile à remplir pour l'attaquant en perte de vitesse depuis plusieurs années. Son départ est acté dans la soirée du 26 novembre. Cette affaire dresse le constat d'un échec retentissant du côté du Stade Fournier même si cela permet au groupe professionnel d'être réduit à vingt-six joueurs. Cependant, même si le joueur n'a pas été étincelant sur les terrains, ses anciens coéquipiers dressent le portrait d'un homme avec une bonne mentalité. Pas suffisant malheureusement.

Après ce rocambolesque épisode, Charisteas fait un passage éclair à Schalke 04 où il trouve une fois le chemin des filets en cinq matchs. Il retourne en Grèce pour une saison dans le modeste club du Panaïtolikos avant de succomber aux sirènes saoudiennes, s'engageant avec le Al-Nassr. Cette expérience s'achève au bout de seulement neuf matchs et un but. Aux dernières nouvelles, le joueur évolue en Asutralie, au sein du Sydney Olympic. Angelos Basinas s'est retiré du milieu professionnel après son échec à Arles-Avignon. Triste fin de carrière pour ces deux joueurs, qui étaient sur le toit de l'Europe, il y a plus de dix ans. Mais comme l'a dit Edward Murphy : "Tout ce qui monte finit par descendre".

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