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Critique du livre "La légende du football" de Georges Haldas

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Quand je découvre, par hasard au travers d'une vidéo-interview le livre vétuste, au titre racoleur qu'est "La Légende du Football", une lumière, un rayon de soleil, apparait dans mon esprit de modeste amoureux du football. Il me semble rapidement évidement que, derrière cette pochette se cache un trésor. Un trésor oublié au fond du jardin, dont seul les dieux du football se rappellent. Et si on le déterrait ?

S'ensuit l'emprunt, puis la lecture dudit bouquin. Confirmation : c'est une véritable mine d'or. La manière dont - le défunt et regretté - Georges Haldas parle du sport roi qui est, et c’est bien le but de cette chronique littéraire-sportive, mon, ton, votre sport favori ou du moins un divertissement qui, hebdomadairement, régulièrement, ou même sporadiquement accompagne votre quotidien, est bonnement phénoménale. Car oui nous avons affaire à un phénomène, tant dans son phrasé à la télevision que dans ses écrits (pas seulement ceux qui traitent du football!), il transporte le simple lecteur, auditeur dans un état de bonheur durant lequel il se rappelle une enfance qu'il pensait oubliée, enfouie au fond d'une âme désormais grandie, vieillie, usée qui n'osait plus se rappeler de son premier rêve, celui du football. Se remémorer son premier match, ses premiers crampons, son premier coup de foudre pour une vedette ou tout autre quidam érigé en modèle, sans parler de l'amour porté à son premier club, n'a pas de prix, c'est du bonheur pur, pur car enfantin, disons même innocent, sans vice.

Chapitres après chapitres nous redécouvrons les raisons qui nous lient consciemment/inconsciemment au ballon rond, passant de l'euphorie d'une montée au stade (et de ses nombreuses phases qui annoncent le match) au coup d'envoi qui lance une sorte de mise en parenthèse de la vie de chaque spectateur qui, se réincarne pour une durée limitée dans le joueur qu'il aurait tant voulu être, s’aliénant gestuellement et émotionnellement jusqu'à en perdre la lucidité. Entrecoupé d’arrêts de jeu et d'une mi-temps qui nous font littéralement redescendre sur terre, le récit emporte le spectateur dans une réelle psychothérapie cathartique, que l'auteur maîtrise à la perfection et qui, même plus de 30 années plus tard reste pertinente, actuelle. Le monde évolue, pas les hommes, pas l'universalité du football ...

Après ce bref retour au calme, les acteurs sont de retour sur le rectangle vert. Place à l'attente angoissante d'une fin de match qui, même victorieuse s'apparente à une petite mort, cette triste impression d'avoir touché la grâce et la légèreté qui, contraste méchamment avec cette descente, sortie du stade qui nous ramène inéluctablement à notre vie, autant heureuse soit-elle, paraît à cet instant précis, insipide face à ce que les amateurs de stupéfiants appelleraient sans doutes un envol au dessus d'un monde finalement banalement physique.

Raison qui nous poussera à revenir au stade, malgré nos éventuels désaccords avec le projet proposé par notre football actuel (argent et agents omniprésents, tricheries, incompétences, etc). Revivre ce retour brutalement-fabuleux en enfance n'a pas d'égal. Le football ou l'opium du peuple qui, bien que décrié par certains est analysé dans un chapitre "supporters" qui relève très justement au minimum 2 catégories de spectateurs, les supporters et les simples amateurs, connaisseurs. La première étant dans une approche émotionnelle et triviale qui amène régulièrement des dérives bien éloignées de la seconde qui vient uniquement apprécier un spectacle autant pour son esthétisme que pour ce qu'il lui rappelle. Vivant pleinement le match, de manière partisane, sans perdre la capacité de féliciter un adversaire auteur, par exemple d'un beau geste ou d'un arrêt inattendu. Il semble amoureux du sport autant que de sa propre équipe, de sa nation. Inutile de vous préciser dans quelle catégorie vous retrouverez Monsieur Haldas et moi même ...

Par ailleurs il nous rend attentif que, la télévision même si elle permet - ce qui est évidement une bonne chose - de voir (quasiment) n'importe quel match ayant lieu sur notre chère planète, n'arrivera que rarement à nous faire vivre la partie de manière autant intense depuis un canapé que d'une tribune. Ce qui n'est pas un reproche, bien au contraire, juste une piqure de rappel continuelle de la beauté que représente un direct. Cette impression de réellement faire partie de l'histoire brute, avec ses aléas que la TV embellit en remplissant les éventuels arrêts de jeu ou phases ennuyantes par des ralentis, de gros-plans sur le public ou de longues théories sur l'un ou l'autre des protagonistes.

Georges Haldas entame son livre en se moquant subtilement de son public cible, d'un côté il imagine que son récit trop "technique" et réfléchi déplaise au simple aficionado, tout en faisant parallèlement fuir ses habituels lecteurs trop "cultivés" qui, en voyant le mot "football" dans le titre ne daigneront s'intéresser à ce sport encore vu comme barbare à l'époque (et qui reste, aujourd'hui encore décrié comme une peste émotionnelle par quelques-uns). Il répond et conclut magnifiquement cette préface par une phrase anodine ("Je ne crains absolument pas d'être à moi même mon unique et fidèle lecteur".) qui résume, pour moi, l'ouvrage et la vision du football de celui qui aura réussi à faire une livre d’intellectuel sur un sujet de "pestiféré", sans jamais se détacher de son essence populaire et se montrer hautain.

Il n'est pas là pour expliquer ou convaincre son lecteur du bien fondé du football. Il écrit pour témoigner, témoigner de cette relation quasi charnelle qu'il entretient, et que nous entretenons au travers de ses pages, avec le sport fabuleux qu'est le football. Le poète résume son œuvre dans les dires d'un de ses amis, imaginaire "Au fond, parler football c'est parler de tout un aspect de l'humanité". Comme pour rappeler que le sport dont nous parlons, jours après jours, n'est pas seulement l'histoire de 22 hommes courant après un icosaèdre tronqué ...

Et si survire à son trépas par l'écriture - et par le football qu'il regarde surement de son œil d'expert depuis là-haut - n'était pas la plus grande réussite de notre homme ?


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