Mais qui es-tu vraiment Guangzhou Evergrande ?

Ces derniers jours vous avez sans doute entendu parler de nouveau d'un club dont le nom revient quelques fois par an dans la presse sportive hexagonale à l'occasion d'un transfert d'envergure. Et s'il vous tape dans l’œil autant qu'il vous interroge grandement, c'est parce que ce n'est pas le PSG, le Real ou Man City. Non, ce club évolue en Chine, c'est Guangzhou Evergrande. Paulinho vient d'y signer, et des rumeurs insistantes y envoient Robinho dans les prochains jours. Pour nous c'est l'occasion de faire le tour du proprio, ou plutôt des proprios, et de revenir sur cette success story. Bienvenue en Chine !

7568314_orig

A l'instar de ses voisins japonais et coréens, le football professionnel en Chine s'est véritablement structuré dans les années 90. C'est en 1994 que la première ligue de football professionnelle voit le jour dans l'Empire du Milieu sous le nom de Jia-A League. Elle deviendra en 2004 la Chinese Super League (=CSL) telle qu'on la connait de nos jours. Fondé en 1954, le club de Guangzhou aussi a connu pas mal de changements de dénominations, sept en tout. De Guangzhou Football Team en 54 à Guangzhou Evergrande Taobao FC aujourd'hui, notamment en fonction des actionnaires qui sont passés au club.

Relégués pour corruption, un mal pour un bien

Le club de Canton connait une existence assez banale au sein du paysage footballistique local. La troisième ville du pays n'a guère l'opportunité de s'enflammer pour le ballon rond. En 1999 le club est même relégué en seconde division en finissant bon dernier du championnat. S'en suivra neuf longues saisons en D2 avant de retrouver l'élite en 2007 sous l'impulsion du groupe Guangzhou Pharmaceuticals qui a repris le club en 2006. C'est lors de la seconde saison en CSL que les événements vont s'accélérer avec les conclusions d'une enquête policière sur un match de D2 en 2006. Elles montrent que le manager général du club avait offert une grosse somme d'argent au club de Shanxi Luhu pour laisser filer le match (gagné 5-1...). De lourdes sanctions tombent pour faire un exemple et nettoyer le football chinois de la corruption. Les dirigeants d'alors sont condamnés à des peines de prison, le club est relégué administrativement en D2 et est de facto à vendre.

Evergrande Real Estate, numéro deux de l’immobilier en Chine, flaire la bonne affaire en reprenant alors le club en 2009. Cette décision déclencha une nouvelle ère au sein du football chinois. Les moyens et les ambitions des nouveaux boss du club sont énormes. Ce qui est alors un club parmi d'autres aux résultats ni bons ni mauvais va devenir le club le plus puissant de toute l'Asie orientale. Comment ? En sortant massivement la monnaie pour se construire aussi bien sur le terrain qu'en dehors. Et de manière tout à fait légale cette fois.

A la conquête de l'Asie

Première étape : établir sa domination sur la scène chinoise. Il n'y a alors au palmarès qu'un unique titre de D2 arraché en 2007. Pour se faire le club recrute d'abord les meilleurs joueurs chinois. Sun Xiang (premier chinois à avoir joué en C1, avec le PSV Eindhoven), Gao Lin et Zheng Zhi arrivent en 2010 pour une opération remontée expresse. Une fois celle-ci validée, GZE peut alors passer à l'étape numéro deux : le recrutement de joueurs étrangers confirmés pour aller chercher le titre. Ça part très fort avec les arrivées des attaquants brésiliens Muriqui, Cléo et Renato Caja pour environ 5M€. Guangzhou Evergrande remportera son premier titre de champion avec 15 points d'avance et se qualifie donc pour l'Asian Champion's League. C'est le début de la troisième étape et là encore GZE frappe très fort. Et pas que sur le terrain.

lippigze

La légende italienne du banc de touche Marcello Lippi débarque à Canton en 2012 en remplacement du coréen Lee Jang-Soo. Celui-ci n'aura pas démérité mais l'ambition des dirigeants est l'excellence et l'arrivée de Lippi s'inscrit dans ce sens. Avec 10M€ de salaire annuel, l'italien est l'un des coachs les mieux payés au monde ! Avec en plus des Lucas Barrios, des Elkeson et des Dario Conca recrutés à base de ponts d'or, le club fera le triplé Championnat - Coupes mais échouera en ACL d'un petit but face à Al-Ittihad Jeddah. Ce sera rectifié en 2013. En battant dans la douleur le FC Séoul en finale, Guangzhou Evergrande devient champion d'Asie et valide sa place en Coupe du Monde des Clubs. C'est le premier club chinois à remporter le trophée. Le trio Conca - Muriqui - Elkeson marche alors sur toute concurrence à l'échelle du continent et le Tianhe Stadium et les 58 000 supporters qui l'occupent sont aux anges. Et dans l'ombre de sa locomotive géante c'est toute la CSL qui se développe.

De la difficulté de conserver un leadership

GuangzhouEvergrandeGirls

Personnellement je resterais.

Faire venir des joueurs est une chose, réussir à les conserver longtemps en est une autre. Le problème de Guangzhou Evergrande c'est qu'il est en Chine et que les tops joueurs finissent par se lasser du niveau global du championnat ou ont tout simplement la nostalgie de leur vertes contrées. Conca rentre au pays en fin de contrat et Barrios rejoint le Spartak. Le réseau italien de Lippi se met en marche et c'est Alberto Gilardino et Alessandro Diamanti qui débarquent de Série A. Ce seront les premiers flops de recrutement du club. Les deux italiens sont loin de leur niveau et si le titre de champion de Chine reste à la maison (4eme d'affilée) la passe de deux en ACL est ratée. En fin de saison Marcello Lippi annonce sa retraite et laisse le poste à un autre italien, un novice celui là, Fabio Cannavaro. Mais il ne restera que six mois en place. La parenthèse italienne s'achève avec son départ et ceux de Gilardino et Diamanti.

C'est Luiz Felipe Scolari qui le remplace. Place nette est faite aux brésiliens, et c'est là où nous en sommes ! L'hiver dernier le club a fait sauter le record (une fois de plus) du transfert le plus onéreux d'Asie, l'international brésilien Ricardo Goulart arriva pour 15 M€. Il a répondu aux attentes jusqu'ici inscrivant de nombreux buts en ACL. Amusant de voir d'ailleurs que Diego Tardelli qui cartonne nettement moins à Shandong Luneng est allé à la Copa America et non Goulart. Mais les voies du Dunga sont impénétrables... Paulinho est arrivé il y a quelques jours de Tottenham pour le même montant. Robinho pourrait suivre rapidement puisqu'en fin de contrat au Milan après avoir terminé son prêt à Santos, et on a hâte d'avoir des infos sur les chiffres du contrat qu'il pourrait signer.

La gestion de l'effectif s'annonce complexe en tout cas. L'AFC (la confédération asiatique) applique la règle du 3+1 concernant les joueurs étrangers. Quatre étrangers maximum sur le terrain dont un ressortissant d'un pays asiatique minimum. Sans compter Robinho, GZE compte cinq brésiliens dans l'effectif... Il va falloir faire des choix quand Elkeson et Alan Carvalho en auront fini avec leurs blessures longue durée. Quoi qu'il en soit l'objectif de Felipão est clair : la domination à l'échelle continentale. Tout en gardant la main sur la CSL.

scolarigze

Les deux challenges s'annoncent plus compliqués que ces dernières années. Le club n'est que troisième d'un championnat enfin serré grâce aux bonnes performances de Beijing Guoan et de Shanghai SIPG. Et en ACL il devra écarter l'épouvantail Kashiwa Reysol en 1/4 de finale à la fin du mois d’Août. Mais pour un club de ce calibre on en attends pas moins. C'est le prix de l'ambition sans limite de Guangzhou Evergrande. Et pour ce qui est de la pérennité économique et financière du club vous n'avez pas de craintes à vous faire. L'été dernier Evergrande Real Estate, alors unique actionnaire, a vendu la moitié de ses parts à Alibaba, le numéro un du e-commerce en Chine, pour la coquette somme de 192 M$. Scolari ne risque donc pas de manquer de moyens pour ses futurs mercatos !

6 comments

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :