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Quand les demis marquaient des goals

A l’occasion du match Reims-Séville FC, le président du club champenois a utilisé le terme de demi-défensif. Un mot jugé un tantinet désuet par notre confrère @TristanTrasca et qui n’a pas manqué de faire réagir le sémillant @JMPfouff.

Photo Twitter

 

Cet échange intertwittos est donc l’occasion parfaite pour se plonger dans le vocabulaire francophone du foot ainsi que son évolution.

 

Un champ lexical anglophone plus ou moins traduit

Le football ayant été codifié en perfide Albion, le vocabulaire du football est donc 100% anglais à la base.

Et comme ce sont les Anglais qui importent ce sport en France, nos ancêtres vont utiliser les mêmes mots. Et le large mouvement anglophile de la bourgeoisie (on parle d’anglomanie) participe activement à la propagation de ce sport et de son vocable. La France est d’ailleurs l’un des rares pays européens à ne pas avoir traduit le mot football (voetball, fussball, futebol, calcio chez nos voisins).

Précisons que le mot « association » était également employé. Le véritable nom du football étant football-association. Le mot soccer en est d’ailleurs issu.

 

Photo 1912

1912, un match d’association

En réaction à cette anglomanie, on voit tout même apparaître une volonté de franciser notre football. Le nom des clubs en atteste comme Stade Français, Club Français et le Racing Club de France (même si le mot Racing était prononcé à l’anglaise).

Et très rapidement les postes de « keeper », « full back », « half back », « winger », « inside forward » et « centre forward » deviennent « gardien », « arrière », « demi », « ailier », « inter » (pour intérieur) et « avant-centre ». A noter que les Belges utilisent toujours le mot « back » et que cela devrait perdurer avec la forte colonie belge de la Premier League.

D’autres mots vont disparaitre également : le kick off devient le coup d’envoi, un goal devient un but, le shot devient un tir, et le classement des goal-getters deviennent celui des meilleurs buteurs. Les Français conservent cependant les mots corner, penalty, fair-play.

 

Photo 1949

En 1949, on « shoote » encore

 

Le demi devient milieu

Si les Suisses et les Belges utilisent encore le terme de demi, celui-ci a été remplacé en France par « milieu ». La disparition progressive du WM n’y est sans doute pas étrangère tout comme l’arrière deviendra avec le temps un défenseur (avec une transition libero-stoppeur).

Quant au terme d’avant-centre, il semble laisser place à partir des années 2000 au mot attaquant. Ainsi, Jean-Pierre Papin était l’avant-centre de l’équipe de France mais Karim Benzema en est l’attaquant.

 

L’influence latine

Des mots venant de nos voisins latins se sont également imposer en France. On doit à Gianni Brera, célèbre journaliste sportif italien les mots libero et goleador. Et avec la domination de la Serie A dans les années 90 et sa diffusion à la télé, les Français vont s’habituer aux mots calcio, scudetto, tifosi, curva, silenzio stampa et mercato. Ce dernier étant d’ailleurs entré pleinement dans nos mœurs.

 

Photo Bianchi-Goleador

Carlos Bianchi, le goleador

 

De l’Espagne, les Français vont détourner le mot Clasico pour en faire le Classico avec la pseudo-rivalité entre le PSG et l’OM. Et un malheur n’arrivant jamais seul, Grégoire Margotton aura l’idée de l’ « Olympico » à l’occasion d’un OL-OM, 600e match de l’ère Canal… Les fans de foot français parodient d’ailleurs allègrement en « ico » de nombreux matches de Ligue 1. Exemple : ce 0-0 entre Lille et Toulouse est un vrai « merdico ».

 

Squadra Azzurra, une invention française

Enfin, terminons avec un terme inventé par la France : Squadra Azzurra. Ce surnom de l’équipe italienne, on le doit aux journalistes français lors de la Coupe du monde 1938 : une épreuve organisée sur notre sol avec au final, une victoire des Transalpins. L’expression Squadra Azzurra n’est d’ailleurs pas utilisée en Italie : on y parle des Azzurri et de la Nazionale.

 

 

Photo Bravissima la squadra !

La une de L’Equipe après le sacre italien au Mondial 1982

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