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Alberto Spencer, la tête magique de l'Equateur

Les années 50 à 70... Son football, ses premières coupes continentales de clubs et les premières grandes stars internationales. Tels sont les souvenirs ou bien les lectures qui ont façonné dans notre imaginaire une époque mythique du football avec ces Di Stefano, Puskas, Eusébio, Kopa, Best et autres Pelé et Jairzinho. Le Real Madrid quintuple vainqueur des cinq premières coupes des clubs champions. Le Benfica qui arrivait, alors, à gagner en finale d’une coupe d’Europe. Le Santos du Roi Pelé et tant d’autres.

Pourtant il est des légendes du ballon rond qui pour des raisons géographiques et sociologiques nous restent à jamais inconnues. Au moment du règne sans partage du Real Madrid sur l’Europe, un club sud-américain connaissait la même réussite sur son continent, les Carboneros du « CA Peñarol ». Certes le club n’est pas inconnu de par nos contrées, pourtant il est un joueur qui à cette période en était une star. L’un des footballeurs d’Amérique du Sud élu parmi les meilleurs joueurs du 20ème siècle du continent, son nom Alberto Pedro « Cabeza Magica » Spencer Herrera

Pourquoi, nous européens, en savons-nous si peu sur Alberto ? La réponse est simple, il n’était pas Argentin ou Brésilien, les deux seules nations qui, de loin, arrivent à avoir de légers échos sur le vieux continent. A l’époque partir d’Amérique du sud pour jouer avec les géants d’Europe est rare. Alfredo Di Stefano étant la grande exception. Pour briller à l’international un seul moyen, la coupe du monde, et à l’époque l’Equateur n’est pas une grande nation. Mais malgré cette absence de reconnaissance mondiale, Spencer était bel et bien un dieu du football en Équateur comme dans son pays d’adoption l’Uruguay.

Alberto Pedro Spencer Herrera est né en 1937 dans la petite ville d’Ancon en Equateur, d’une mère équatorienne et d’un père Jamaïcain d’origine britannique. Ancon à l’époque est un centre minier et de forage pétrolier. Le père d’Alberto y travaillait pour l’ancêtre de BP (British Petroleum ignare), comme quoi un grand mal peut accoucher d’un grand bien.

Spencer joue ses premières gammes sur le terrain local du club de Los Andes, sa grande taille, son agilité de la tête et le fait qu’il puisse jouer des deux pieds le fait vite remarquer. Il rejoint son grand frère Marcos au club de première division Everest en 1953, club où il commencera à jouer en équipe 1 en 1955 contre Emelec. Entre 55 et 59 le jeune Alberto marque 101 buts en 90 matchs avec Everest.

En 1959 dans une compétition amicale qui oppose Everest, Barcelone SC Guayaquil, Peñarol et Huracan, Spencer tape dans l’œil d’Hugo Bagnulo alors entraîneur du club de Montevide. Celui ci en parle à ses dirigeants, qui signent le jeune joueur dans la foulée.

Auteur de cinq buts lors de ces deux premiers matchs amicaux Alberto ne perd pas de temps à s’acclimater à son nouveau club qui entre alors dans sa période de faste. Ils gagneront les trois premiers championnats à son arrivée (60, 61, 62) ainsi que les deux premières Copa Libertadores (60 et 61) compétition nouvellement créée sur le modèle de la Coupe des Clubs Champions européenne.

En 1960 la finale de Libertadores les oppose au club Olimpia (Paraguay). Spencer marque le but de la victoire du match aller à domicile 1 à 0 le 12 juin 1960, le match retour se clôturera sur un nul 1 à 1, but de Recalde pour Olimpia et de Cubilla pour le Peñarol. La même année, la coupe intercontinentale est créée et opposera le champion d’Europe le Real Madrid face au Peñarol malgré un match aller serré finissant sur un nul 0 à 0 en Uruguay. Le match retour verra la puissance du Real mettre en déroute le Peñarol 5 à 1 (buts de Puskas, 3e et 9e, Di Stefano, 4e, Herrera, 44e, et Gento, 51e). Spencer sauvera l’honneur Uruguayen en marquant à la 80eme.

 

En 1961, la finale les verra jouer contre le club brésilien de Palmeiras et la finale sera calquée sur la première édition de la Copa. Match aller 1 à 0 au stade Centenario de Montevideo: but de Spencer. Le match retour se termine sur le score de 1 à 1. Le but de Sasia pour les Uruguayens à la 5e minute trouve écho dans l'égalisation de Nardo pour les Brésiliens à la 70e. La coupe intercontinentale de 1961 opposa les Carboneros au club tombeur du mythique Real Madrid : le Benfica, emmené par sa star Eusébio. 1 à 0 au match aller à Lisbonne: but de Coluna. Déroute Benfiquiste au retour au stade Centenario 5 à 0. Avec notamment un but de Sasia, et des doublés de Spencer et Joya. Le troisième match, toujours en Uruguay, verra la victoire du Peñarol 2 à 1. Doublé de Sasia face à la réduction du score de la panthère noire Eusébio.

La finale de Libertadores 1962 voit la confrontation entre Spencer et son Peñarol face au Santos de Pelé, le match aller à Montevideo voit les Carboneros s’incliner 2 a 1. Le doublé de Coutinno répond au but de « Cabeza Magica » Spencer. Le match retour à São Paulo voit la réaction d’orgueil du double champion sortant. Santos doit s’incliner malgré les buts de Dorval et Mengalvio. En effet, ils ne peuvent rien face au but de Sasia et au doublé victorieux de Spencer. La Copa Libertadores marchant alors à la victoire sans prise en compte des buts à l'extérieur il y aura un troisième match. Ce match d'appui se joua chez les oros y negros. A domicile, les uruguayens s’inclineront lourdement 3 à 0 sur un but de Caetanno et un doublé d’un jeune Brésilien nommé Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé.

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Apres une année 1963 en demi-teinte, où ils atteindront quand même la demi finale de Libertadores perdue face à Boca Juniors, le Peña renoue avec le succès sur les championnats 64 et 65. Et il atteindra la finale de la Libertadores en 1965 face à Independiente, vainqueur sortant de la Copa 64 face à l’ennemi de toujours : le Nacional Montevideo. La finale sera perdue sur trois matchs, défaite 1 à 0 au permier match, victoire 3 à 1 sur la deuxième rencontre, et défaite 4 à 1 sur la dernière partie.

L’année suivante marque le retour de Peñarol et Alberto Spencer sur la première marche du podium sud-américain après la victoire en finale de Libertadores sur River Plate, le club ami d’Argentine. La finale débute bien grâce a une victoire à domicile 2 à 0 but de Abbadie et du péruvien Joya, le match retour commencera sous les meilleurs auspices avec un but de Rocha à la 32eme mais River égalise dans la foulée par Onega. Spencer croit faire le plus dur en redonnant l’avantage aux Carboneros a la 50eme mais les argentins ont la grinta avec eux et reviennent au score par Sarnari. Ils marqueront même le but de la victoire grâce au doublé d’Onega. Le troisième match sera serré, River Plate prendra une sérieuse option sur la victoire en 1ere mi-temps 0-2 (buts de Onega et Solari), mais Peñarol arrachera la prolongation en seconde période grâce à Spencer et Abbadie. Cette remuntada sera définitive avec deux buts inscrits en prolongations par Spencer et Rocha. Le club de Montevideo redevient alors le seul leader en nombre de victoires en Libertadores avec une d’avance sur Santos et Independiente.

L’année 1966 marque aussi la confrontation en finale de coupe intercontinentale entre le Real Madrid et Peñarol ! La revanche de la première finale perdue des Carboneros. Cette finale c'est tout un peuple qui la veut et il n’y aura pas l’ombre d’une contestation. 2 à 0 au match aller avec un doublé de Spencer et 2 à 0 au match retour avec un troisième but de Spencer lors de cette finale. Ce triomphe parachève le sacre de 1966, surement une des plus belles années du CA Peñarol !

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A partir de 1967 Spencer n’ira plus en finale de coupe intercontinentale, mais il en sera le deuxième meilleur buteur avec 6 buts sur trois finales différentes (60, 61, 66) derrière Pelé et ses 7 buts sur deux finales (62,63). Le palmarès de la « Cabeza Magica » s’étoffera de deux championnats uruguayens en 67 et 68 et d’une éphémère Supercoupe des champions intercontinentaux (coupe regroupant les champions intercontinentaux) en 1969. Apres une troisième défaite en finale de Libertadores face à Estudiantes, Alberto Spencer quittera le Penarol et l’Uruguay pour signer au Barcelona Sporting Club de Guayaquil en Equateur. Equipe avec laquelle il gagnera le titre de champion en 1971.

Alberto Spencer mettra fin à sa carrière à la fin de la saison 1972 en laissant derrière lui un des plus gros palmarès sud-américain de l’histoire avec sept championnats d’Uruguay, un d’équateur, trois Copa Libertadores et deux coupes intercontinentales. Il aura fini quatre fois meilleur buteur du championnat uruguayen ainsi que deux fois meilleur buteur de Libertadores et une fois en coupe intercontinentale. Au total « Cabeza Magica » aura marqué 446 buts en 370 matchs, éclairé un continent de son football offensif et refusé l’appat du gain en signant en Europe (l'Inter de Milan le courtisait en 64). Spencer est décédé en 2006 d’une crise cardiaque à Cleveland. Cette année-là la fédération Équatorienne renomma le stade de Guayaquil à son nom, lui le plus grand footballeur de l’histoire de l’Equateur.

https://www.youtube.com/watch?v=WLws-wh_gEQ

 

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Crédits photos : www.lacelesteblog.com, imortaisdofutbol.com

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