Feu la Coupe des villes de foire

Elle a un nom qui flaire bon le football d’antan, un football champêtre. Rivale puis petite soeur de la prestigieuse C1, la Coupe des villes de foire de football fut pourtant l’une des grandes premières compétitions européennes.

FOOTBALL LIBÉRAL

Le printemps 1955 fut fécond en matière de nouveaux tournois. Deux semaines après la création de la Coupe des clubs champions par l’UEFA, au beau milieu du mois d’avril, trois personnalités du monde du football décidèrent de mettre sur pied une compétition parallèle : la Coupe des villes de foire était née, avec des intérêts bien plus économiques que sportifs.

THOMMEN

En effet, quelques mois plus tôt, à l’initiative de Ernst Thommen, imminent vice-président de la fédération suisse, douze représentants des grandes villes européennes connues pour leurs foires internationales se rencontraient à Bâle. Leur idée était alors de bénéficier de l’attrait de plus en plus important du football et de ses répercussions médiatiques pour améliorer l’image de leurs villes respectives, tout en faisant la promotion de leurs grandes réunions. La seule condition pour participer à leur nouvelle compétition  donc ? Accueillir une foire, pas besoin d’avoir des résultats nationaux convaincants.

Thommen était ainsi bien plus intéressé par la possibilité d’associer l’expansion du football avec le commerce que par le jeu lui même. Il bénéficie par ailleurs de soutien de poids, comme celui de Stanley Rous, parmi les plus grands théoriciens du football au XXe siècle, ou encore d’Ottorino Barassi, le président de la fédération italienne. Tous plus proches de la FIFA (Rous en sera d’ailleurs l’un des grands présidents) que de l’instance européenne, ils partagent alors largement le programme expansionniste de l’organisation lancé depuis 1945. La paix retrouvée permet la multiplications des interactions entre les pays, des déplacements, et tout cela bénéficie largement à un football européen qui connaissait déjà depuis quelques temps, un petit âge d’or. Si des compétitions continentales avaient existé avant la guerre, Thommen comptait sur l’association des intérêts sportifs et économiques pour enfin lancer un format durable. Bien avant que le sponsoring et la publicité n'entrent totalement dans le monde du football, pour beaucoup il était un visionnaire.

UN SPECTACLE SANS FRANÇAIS (OU PRESQUE)

Le match d'inauguration de la compétition - qui est premier match européen officiel puisque la C1 ne commencera que deux mois plus tard - est ainsi disputé le 4 juin 1955, où une sélection de Bâle se faisait tordre 5-0 par leurs homologues de Londres. Compte tenu du principe de promotion des foires et non pas des clubs, il était en effet admis qu’une ville ne serait représentée que par une équipe. Ainsi, parmi l’équipe londonienne, on retrouvait des joueurs aussi bien de West Ham, de Chelsea ou d’Arsenal que de Fulham ou de Charlton. N’en demeure pas moins que pour certaines villes moins importantes comme Lausanne ou Copenhague, l’occasion était offerte d’affronter des villes réputées pour leur football, à l’image de Milan ou Barcelone et par la même occasion, de recevoir une exposition médiatique inespérée.

ARSENAL

Comme pour la C1, la Coupe des villes de foire bénéficiera largement des avancées techniques, comme le développement de l’aviation ou de l’éclairage moderne des stades, le tout permettant de disputer des matchs en semaine et le soir, afin d’attirer un maximum de public. Son gros défaut toutefois ? Les représentants des différentes villes concernées avaient obtenu la possibilité de faire coïncider les dates des rencontres avec celles de leurs foires. Si bien que la première édition durera pas moins de … 3 ans !

Ainsi, parmi les joueurs londoniens qui disputèrent le premier match, seuls 2 étaient encore présents lors de la grande finale, perdue contre une sélection de Barcelone majoritairement blaugrana … le 1er mai 1958 ! Par comparaison, pendant ce temps, le Real Madrid était déjà sur la route de son troisième sacre consécutif en C1. Mais cette première édition de la Coupe des villes de foire marquera une étape importante dans le développement du club catalan, un an après la construction du Camp Nou … Un futur géant venait de naître.

VERS L’UEFA

La compétition changera toutefois progressivement de format. Dès 1960, face à la concurrence de la toute nouvelle Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe, elle devient annuelle et abandonne le principe des sélections, tout en conservant momentanément l’obligation d’accueillir une foire ...

FERENCVAROS

En 14 éditions, jusqu’en 1971, elle consacre comme la C1, le football espagnol. Barcelone soulève le trophée à trois reprises, une de plus que Valence. Seuls les clubs anglais peuvent rivaliser, à l’image de Newcastle, Arsenal, et surtout Leeds, double vainqueur entre les années 60 et 70. Et si des clubs plus inattendus sont aussi au palmarès, comme les hongrois de Ferencvàros, les clubs français y seront bien souvent inexistants. Lyon, Nice, Marseille ou encore le Stade Français et Angoulême n’atteindrons jamais le dernier carré. Seule petit moment de gloire ? En 1970, l’OM s’incline contre les Tchécoslovaques du Sparta Trnava dès le premier tour, mais a l’honneur de disputer (et de perdre) la première séance de tirs aux buts de l’histoire d’une coupe d’Europe.

Les intérêts commerciaux du football européen ayant explosé, allant rapidement bien plus loin que le concept de foire commerciale, “l’antique” Coupe des villes de foire deviendra caduque dans son principe même. Elle disparaît en 1971, remplacée par la coupe de l’UEFA, même si ses vainqueurs antérieurs n’apparaissent pas au palmarès de cette nouvelle C3. On retiendra de cette compétition plus connue pour son nom désuet que pour son histoire, que c’est elle qui a introduit les finales en deux matchs, conservée par l’UEFA jusqu’à la fin des années 2000, ou encore du but à l’extérieur et des tirs aux buts en cas d’égalité parfaite.

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