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Débats Allemagne #3 : Favre, départ justifié ou fuite?

Après une belle pause involontaire les chroniqueurs du débat Bundesliga sont de retour pour le troisième épisode de la saison. Le programme étant très chargé la parution sera divisée en deux parties. Aujourd'hui, première salve de questions avec en vrac : le départ de Lucien Favre, la sensation des promus mais aussi les historiques en perditions.

- Favre, départ justifié ou fuite ?

©Maxppp

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Côme : Le départ était étonnant, si on prend en compte tout le parcours qu'a réussi à Favre avec ce Borussia. Un peu comme Klopp, avec un club encore plus mal en point, il a réussi à les stabiliser dans le haut du tableau et parvenir enfin à la Ligue des Champions. C'est dommage de le voir partir aussi tôt. Mais en regardant ce qu'il se passe depuis qu'il n'est plus là, le départ semble justifié. Probablement que son discours ne passait plus, et qu'en interne sa position était difficile - même si le club a refusé sa démission dans un premier temps.S'il est parti aussi vite, c'est qu'il pouvait le justifier. Malheureusement.

Vincent : Pour avoir vu plusieurs matchs de Mönchengladbach, cette équipe amputée de deux de ses leaders, Kramer et Kruse, m’a semblée complètement désorientée en début de saison. Elle illustrait à merveille que sans le mental en football on n’est rien. Les joueurs se regardaient les uns les autres attendant que le déclic vienne du coéquipier. Dans ce contexte, il me semble que Favre s’est senti sans ressource ni solution. En démissionnant je pense qu’il a mis les joueurs face à leurs responsabilités, et depuis 3 journées cela joue beaucoup moins complexé, surtout contre Wolfsburg ou l’équipe s’est libérée. Je ne pense pas qu’il soit lâche de reconnaître son impuissance face à un problème donné. Mais les joueurs ont une lourde part de responsabilité dans le départ d’un coach qui a énormément contribué au renouveau de Mönchengladbach.

Quentin : C'est une bonne question. Néanmoins, lorsqu'on voit les résultats avant le départ de Favre et après le départ de Favre cette saison, il semblerait que ce soit la bonne décision pour tout le monde. Le fait qu'elle ait été soudaine et la manière avec laquelle elle a été menée sème le doute. Favre restera une légende à Mönchengladbach et son travail fut remarquable. Le club semble être reparti de plus belle et tout le monde est content. Attention néanmoins, ça reste une première expérience au très haut niveau pour André Schubert.

Stefan : Je suis d'avis de penser que le départ de Favre est à la fois justifié, et une fuite. Justifié, car les résultats et la dynamique dans laquelle était le Borussia ne pouvaient pas continuer. Un tel départ catastrophique se devait d'avoir des conséquences, même pour un homme comme Lucien Favre qui possède un énorme crédit auprès du club et des supporters après avoir sauvé le club de la relégation, et en avoir fait un candidat aux joutes européennes.
Une fuite, car c'est l'homme lui-même qui a posé sa démission, et non le club qui le lui a imposé à travers Max Eberl. Il abandonne ainsi le Borussia sans lui laisser le temps de trouver un remplaçant. Il quitte ses hommes dans un moment extrêmement critique. Une équipe qu'il a lui même construite, définie. Et alors que celle-ci a rarement eu aussi besoin de lui, il a préféré disparaître et laisser quelqu'un d'autre relever le challenge. Pour l'ensemble des gens qui l'ont soutenu ses dernières années, pour les journalistes qui ont loué en lui les qualités d'un coach exceptionnel, s'avouer vaincu d'une telle manière alors que les Fohlen retrouvaient depuis fort longtemps la LDC, ça ressemble d'après moi à un homme défait qui abandonne les siens pour éviter que son image ne s'écorne encore plus. L'orgueil avant le courage.

Donatien : Favre a réussi à refaire de Gladbach une équipe de premier plan en Allemagne. Pourtant il était parti d'un groupe moins étoffé et d'une situation bien plus instable qu'aujourd'hui. C'est pourquoi son départ étonne. Alors que le club doit maintenant apprendre à exister sur la scène européenne, la perte de son entraineur est un gros coup dur. Je trouve qu'il a lâché un peu vite devant la difficulté. Pourtant son départ a totalement relancé l'équipe, ce qui me fait hésiter quand au qualificatif a employer concernant sa décision. Surtout, nous ne savons pas ce qu'il se passait en interne. Peut-être a-t-il ressenti que son discours n'était plus efficace. Ce qui serait étonnant vu que le groupe n'a pas non plus énormément évolué depuis l'an passé, alors que tout allait bien. Son départ est donc certainement justifié à ses yeux mais il semble difficile à accepter vu de l'extérieur. Après, si cela ressemble Gladbach c'est tant mieux pour le club.

- Comment sauver le HSV ou le VfB ?

Photo: Alamy

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Côme : Stuttgart, il leur faut un sorcier pour conjurer le mauvais sort.
Hamburg, il leur faut une âme.
C'est pas gagné.

Vincent : Ces deux équipes ont un point commun : une très mauvaise gestion sportive depuis plusieurs années, avec des erreurs de recrutements et de ventes, et des équipes qui ne supportent pas le poids du passé des clubs (ni des budgets). Dès lors il y a une remise en question à avoir au niveau de la direction sportive. Le rapport qualité sportive/ budget est délirant, avec énormément d’erreur (par exemple Stuttgart qui laisse partir un gars comme Kimmich c’est du suicide sportif).
Pour le reste concernant Stuttgart, si tu veux voir des buts il suffit de regarder leur match, car c’est l’une des pires passoires de Bundesliga (bon par contre les voir marquer ça peut dépendre vu qu’ils peuvent vendanger). Pour sortir de la crise, il faudrait qu’ils apprennent à défendre, avant tout.  Concernant Hambourg, j’ai l’impression qu’il y a du mieux cette saison, dans la mentalité, l’engagement et l’expression du (peu) de talent. Malgré tout peut-on parler de crise quand deux saisons de suite une équipe gagne le plus beau match de la saison ? Et ainsi célèbre à peu près comme une LDC son maintien.

Quentin : Deux cas de figures différents qu'il faut ainsi prendre chacun de son côté. Pour le HSV, c'est une gestion calamiteuse de haut en bas de l'organigramme. Du président, au directeur sportif, jusqu'à l'entraîneur qui n'a jamais été le bon bien que l'effectif ne soit jamais mauvais (sauf défensivement). Bizarrement, il semblerait que les dirigeants perdent toute notion de compétence lorsqu'ils arrivent à Hambourg. Van Marwijk n'est pas un mauvais entraîneur, Joe Zinnbauer probablement pas non plus, Oliver Kreuzer avait été très bon avec Karlsruhe. Même les transferts sont plutôt bons (Diaz, Ekdal, Müller, Ostrzolek...). Le retour de Van der Vaart était une erreur et la défense a besoin de consolidations, mais Labbadia fait du bon boulot pour le moment. Ils méritent néanmoins de faire un tour en 2. Bundesliga. Pour Stuttgart, c'est plus ponctuel. Robin Dutt avait fait du super boulot avec Fribourg, mais ça va de moins en moins bien depuis. La décision de prendre Zorniger est bonne et Stuttgart devrait être dans la première partie de tableau si la réussite était présente. Il fait confiance aux jeunes tout en étant exigeant avec eux. Son style de jeu est risqué avec une défense pareille mais c'est un équilibre à trouver. Espérons qu'il ait du temps. La blessure de Ginczek ne l'aidera pas, c'est une certitude. L'explosion de Timo Werner ?!

Stefan : Les cas Hamburg et Stuttgart reviennent chaque année depuis quelque temps maintenant, et de saisons en saisons, c'est la même histoire : mais que se passe t-il? Qu'à t-on fait pour en arriver là? Que peut-on faire pour rétablir la situation ? En 5 ans, le Vfb a connu sept entraineurs alors que le HSV en compte lui déjà une dizaine. Preuve d'une instabilité constante de ces deux grands clubs allemands. Deux équipes qui se battent pour le maintien, alors que leur potentiel serait de jouer l'Europe, surtout Hamburg.
Alors que leur manque-t-il ? Une bonne gestion, et un projet via un entraîneur compétent. Il est absolument nécessaire d'arrêter de dépenser n'importe comment à chaque mercato, de laisser ses jeunes espoirs s'en aller aussi facilement vers d'autres concurrents (si l'on prend l'exemple du HSV qui a vu ces dernières années Son, Calhanoglu et Tah voguer vers le Bayer). Que le directeur sportif d'Hamburg égare ses documents dans le jardin du siège social est inacceptable et tout sauf professionnel. C'est cette même direction qui eut d'ailleurs du mal récemment à faire valider une nouvelle licence professionnel au club hanséatique. Le club de Mercedes doit lui cesser de devoir faire appel à Huub Stevens en fin de saison pour jouer les sauveurs. Après s'être séparé de Bobic, l'ancien directeur sportif du club, le Vfb se doit désormais de trouver une ligne de conduite cohérente pour ne pas sombrer.
Si aujourd'hui, le HSV réalise un début de championnat assez décent avec 10 pts, et semble bien parti pour disputer le milieu de tableau, le Vfb qui ferme la marche à la 18ème place est dans une position très inconfortable. Le pire étant que cette dernière est une des équipes qui s'offre le plus d'occasions en championnat, mais doit compter sur une efficacité aux abonnés absents. A ce rythme là, les Schwaben pourraient dès cet hiver signer les documents pour leur inscription en 2.Bundesliga 2016/2017...

Donatien : Le HSV et le VFB sont deux clubs qui doivent lutter avec le poids de leur passé. Aucun des deux n'a son lustre d’antan même si Stuttgart a brillé plus récemment qu'Hamburg en Bundesliga. Le HSV est actuellement ancré dans une crise profonde qui touche tout sonl'organigramme. A part une bonne purge, rien ne pourra résoudre cette situation. A terme, ce sera la relégation. Celle qu'ils réussissent à éviter miraculeusement depuis maintenant deux ans. Même si le début de championnat est réussi, il ne manque pas grand chose pour que la tendance s'inverse et que le spectre du maintien revienne planer sur l'équipe. Quant au VFB, le problème est tout autre. Le club a fait des changements pour réussir à remonter la pente glissante dans lequel il s'était engagé. Pour le moment les résultats ne sont pas là mais la tendance est encourageante. Le fond de jeu est présent, la volonté de construire aussi. Mais à cause d'un manque total de chance et de réalisme ainsi qu'une défense catastrophique, l'équipe se retrouve en queue de peloton. Espérons que les ajustements se fassent rapidement pour que les joueurs n'abandonnent pas ces bonnes résolutions.

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