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Fukushima United FC : cinq ans après la catastrophe, toujours debout

Demain le Japon commémorera le cinquième anniversaire de la catastrophe qui avait frappé la côte Pacifique du Tohoku avec tremblement de terre, tsunami et psychose nucléaire. Les blessures sont encore vives dans la région de Fukushima. Le football lui n'a pas péri face à tout cela et si le club de la ville, Fukushima United FC, n'était pas encore en J League au moment des faits, il y est arrivé depuis grâce à sa persévérance mais aussi un coup de pouce du destin ! C'est l'histoire de ce club que je vais vous conter ici. Le phénix de son logo rappelant la volonté de la région de renaître de ses cendres.

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De la D2 régionale à la J League en moins de 10 ans !

Revenons en 2006, le football n'est alors rien du tout dans la ville de près de 300 000 habitants et même dans la préfecture dans son ensemble. Aucun club en J League 1 ou 2, il faut aller à Sendai (80kms au nord) pour trouver du foot de haut niveau. Le club s'appelle alors Pelada Fukushima et il termine la saison à l'avant-dernière place de la seconde division de la ligue du Tohoku qui regroupe les clubs amateurs du nord de l'île de Honshu. L'acte fondateur du club tel qu'on le connait aujourd'hui se produit à l'issue de cette saison. Le club fusionne avec un autre club local et devient le Fukushima United FC. Avec l'objectif d'intégrer à terme le circuit professionnel de la J League.

Ils montent et proposent un dossier à la Ligue, sorte de préparatif à la professionnalisation incluant projets d'infrastructures et de bases financières. Jamais un club de cet échelon totalement amateur n'en avait proposé un jusque là ! Le dossier n'est pas jugé suffisant mais les bases sont déjà là et les volontés bien affichées. Pour commencer le premier prérequis est d'arriver en JFL, a savoir la première division nationale, juste au dessus des D1 régionales. Si le club échoue de justesse à monter en D1 régionale en 2007, il y parviendra bien en 2008 avec 14 victoires en autant de matchs. La deuxième marche est plus dure à passer, et le statut semi-pro mis en place n'aide pas à garder les comptes du club dans le vert. C'est finalement après quatre saisons, fin 2012, que Fukushima United va obtenir son ticket pour la JFL.

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(Crédits : Asahi Shimbun)

Et pourtant la catastrophe du 11 Mars 2011 a fait avant cela beaucoup de mal au club. Rappel des terribles faits et de l'impact sur la région. Il y a donc presque cinq ans que l'un des plus violents tremblement de terre de notre époque frappa le Japon. A titre de comparaison, seuls trois séismes ont été recensés comme plus violents depuis le début du XXe siècle et les méthodes de sismographie "modernes" et fiables en place. D'une magnitude de 9 sur l'échelle de Richter il se place donc dans l'ultime catégorie de la classification, dite "Séismes dévastateurs" et dont la fréquence est de 1 à 5 par siècle. Et il fût en effet dévastateur. La combinaison séisme - tsunami a fait en tout 15 893 victimes confirmées, près de 2500 disparus, plus de 6000 blessés et plus de 139 000 réfugiés.

Et comme si cela ne suffisait pas il y a eu ensuite le lugubre scénario autour de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi pour hanter sur la durée des survivants déjà traumatisés. Gravement endommagée par le tsunami de 15 mètres de hauteur, la centrale a provoqué une contamination massive dans la proche région et provoqué l'évacuation de la population et l'instauration d'une zone d'exclusion autour de la centrale. Celle-ci arriva à son maximum à une quinzaine de kilomètres seulement de la ville même de Fukushima, la capitale de la préfecture du même nom. Oui le club a été à un rien de disparaître purement et simplement comme tout le reste si Fukushima avait été elle aussi lourdement contaminée et incluse à la zone interdite...

Au niveau du football japonais aussi il y a eu évidemment des conséquences. Les stades de Sendai et de Kashima ont été endommagés par le séisme et le championnat qui avait démarré quelques jours auparavant a été intégralement reporté jusqu'à fin Avril pour permettre aux clubs et aux supporters de se remettre un minimum sur pied. De plus, au niveau de la fédération, l'équivalent japonais de l'INF Clairefontaine a du fermer ses portes et être relocalisé parce que situé trop près de la zone dangereuse.

Mais c'est bien sûr le club de Fukushima qui a le plus morflé. Des semaines de totale inactivité (l'équipe n'a joué qu'un demi championnat en 2011), sept joueurs libérés de leurs contrats dès Mars et des matchs délocalisés plus au nord alors que la peur de la contamination était à son paroxysme... La mort du club ? Et bien non. Car dans ces difficultés l'équipe a été puiser au fond d'elle-même des forces insoupçonnées. Comme si le club s'était senti investi d'une mission : redonner le sourire et de l'espoir aux siens. 2012 sera une année fondamentale pour le club, puisqu'en plus de la montée en JFL il s'est également offert un joli parcours en Coupe de l'Empereur en éliminant deux clubs de J League ! Le tout un an et demi seulement après la grande catastrophe.

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Premier match en JFL à Machida, une victoire (crédits: http://f416.sakura.ne.jp/)

 La J3, ce "cadeau" inattendu

Fukushima démarre en Mars 2013 sa première campagne en JFL par une victoire inattendue sur le terrain de Machida Zelvia grâce à un but de Takashi Kinoshida. Le premier match à domicile, disputé vraiment à domicile à Fukushima, est lui aussi conclu par une victoire, le club est alors 2eme de J3 ! Mais ce départ canon sera vite rattrapé par la réalité sportive, la suite est moins glorieuse et le FUFC finira au final 14eme sur 18. Assez haut pour se maintenir. Cependant des événements inattendus vont alors arriver et changer la destinée du club, des événements heureux cette fois.

C'est au niveau de la ligue que ceux-ci vont se passer. Alors composée de deux divisions, la ligue professionnelle décide la création d'un troisième échelon, compris entre la J2 et la JFL. Cette J3 est appelée à démarrer dès la saison 2014 et les conditions d'accès sont moins draconiennes que pour la J2. Une chance inespérée pour de nombreux clubs de JFL qui font alors leurs dossiers d'admission. Fort de ses années de développement depuis sa première et lointaine tentative auprès des instances et de sa place en JFL le FUFC tente sa chance, comme énormément d'équipes.

Ils seront retenus, comme 9 autres équipes. L'objectif est atteint et Fukushima United FC devient le premier club de la préfecture à intégrer la J League et son circuit complètement professionnel ! L'équipe n'aura donc passé qu'une seule saison en JFL avant d'intégrer le circuit de la J League. Et comme il n'y a pas de système de relégation à ce niveau là Fukushima United découvre depuis une stabilité bien agréable. Les exercices 2014 et 2015 ont été plutôt encourageants avec une septième position dans les deux cas et le club continue de se développer. Il va falloir continuer ainsi pour attirer un peu plus de monde au stade et faire mieux que les 1300 de moyenne de 2015. Pour la saison 2016, qui commence dimanche avec un match contre Blaublitz Akita, on retrouve dans l'équipe des noms qui peuvent peut être vous parler (bon ok, ça m'étonnerait beaucoup, mais sait-on jamais) : l'attaquant brésilien Rodrigo Tiui passé par le Terek Grozny et le Sporting Portugal il y a un bon moment, Hiroto Mogi qui a passé de longues années au Vissel Kobe ou encore Goson Sakai et Hiroki Higuchi formés dans des clubs de J1. A l’entraîneur Keisuke Kurihara, en charge de l'équipe pour une troisième saison de suite, de faire rêver un peu une région qui en a bien besoin, pourquoi pas en l'amenant en J2.

"Football, take me home"

En attendant de rêver l'heure est donc aujourd'hui au souvenir. Un peu plus au nord la ville de Sendai, la plus peuplée du Tohoku, a payé elle aussi un lourd tribut dans la catastrophe. Et on retrouve des points communs dans l'histoire du club du Vegalta Sendai suite à la catastrophe avec celle de Fukushima United, la différence étant que le club est en J1 depuis déjà deux saisons quand le séisme et surtout le tsunami ont ravagé la ville. Les supporters du Vegalta font partie des plus fervents du pays et continuer de supporter leur club est pour eux comme une thérapie de groupe. Ainsi dès la reprise du championnat 2011 le Vegalta pouvait compter sur ses supporters pour un déplacement sportivement périlleux à Kawasaki. Ils gagneront le match en fin de partie après avoir été mené une bonne partie de celui-ci. Le lien fort entre équipe et fans devenant alors plus solide que jamais.

Leur volonté de surpasser les événements et de continuer à vivre leur passion pour leurs chers disparus en a inspiré plus d'un, y compris le réalisateur Douglas Hurcombe. Après plusieurs années de travail, il a achevé un grand documentaire sur les fans du Vegalta et leur rapport à la catastrophe et comment ils ont vécu la saison 2011. La première du film a été diffusée ce dimanche à Sendai devant une salle de fans de l'équipe, émue et reconnaissante. Une histoire dont ils sont les héros.

 

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