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Kazuyoshi 'King Kazu' Miura : la première superstar du football japonais

Aujourd'hui nous ne parlerons pas d'un joueur majeur de la sélection japonaise, de J League ou d'un jeune espoir aux dents longues. Non non, aujourd'hui on va bien prendre notre temps pour parler de la toute première superstar du football au Japon. Ce n'était pas il y a dix ans, ni même vingt, mais bien il y a 25 ans que Kazuyoshi Miura a conquis l'archipel en y remettant les pieds. Et figurez vous que celui que l'on surnomme depuis déjà bien longtemps King Kazu entame cette année, et pour l'amour du jeu, sa trentième saison en tant que joueur professionnel, à 49 ans ! Retour sur l'histoire d'un monument sans équivalent.


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Kazu do Brasil (crédits: http://terceirotempo.bol.uol.com.br/)

Voyage initiatique au Brésil

Dès son plus jeune âge le petit Kazuyoshi Miura a un parcours des plus atypiques, de par celui de son père d'abord. Le fiston n'a que 3 ans quand son papa est au Mexique à se régaler du Brésil de Pelé lors de la Coupe du Monde 70. La passion du foot le prends alors définitivement et il se met à rêver d'un destin de grand footballeur pour son petit. Mais le papa n'a pas vraiment une petite vie tranquille et rangée, le Monsieur a des connaissances parmi les yakuzas. Et à l'époque ce n'est pas comme aujourd’hui, leur pouvoir est grand et ça va lui jouer des mauvais tours. En 1976 il est coffré pour des histoires de trafic de drogue et est condamné à de la prison ferme. A sa sortie, et pour se couper de ce milieu pourri, il s'exile au Brésil à São Paulo, De son côté le fils continue son petit bonhomme de chemin avec les études et le football, sauf qu'il comprends que le parcours classique ne le mènera pas bien haut. On est alors au début des années 80 et le gamin de Shizuoka rejoint à 15 ans son père au Brésil, le pays du football, pour se frotter à ce qui se fait de mieux alors.

Il faut alors ne pas oublier que le Japon à cette époque n'est absolument rien dans le monde du football. Aucune participation à une Coupe du Monde et aucun joueur marquant que ce soit à l'étranger ou dans les frontières nationales. Alors quand les clubs brésiliens voient débarquer le petit Miura à leurs portes c'est au mieux l'étonnement sinon la stupéfaction et au pire les sarcasmes. Mais l'acharnement de son père lui offre finalement une place en centre de formation, au Clube Atletico Juventus en 1982 , alors qu'il ne parle pas un mot de portugais. C'est forcement compliqué mais il s'accroche et son talent se développe. Tant et si bien que le grand Santos FC voisin le repère et le récupère. En 1986 il y signe son premier contrat professionnel et devient le premier joueur japonais à devenir professionnel hors du pays. Mais il va surtout dès lors se coltiner de multiples prêts à droite à gauche pour y trouver du temps de jeu.

C'est en arrivant au club du XV de Jau à la fin 1987 qu'il va prendre de l'envergure et vraiment se faire remarquer. D'ailleurs dans son très bon article de Novembre 2014 concernant Miura, le magazine SoFoot évoque une anecdote sur ce qui sera vraiment son premier vrai highlight. Lors d'un match contre le grand Corinthians, Kazu s'est payé un international brésilien devant le pays tout entier : "J'ai sorti à Edinho ma marque de fabrique : mes passements de jambes fous. Il a perdu l'équilibre et est tombé sur le cul. Le lendemain un journal a titré 'Un international brésilien tombe sous l'effet d'une feinte japonaise' ! Ça a fait sensation. Pour les brésiliens le Japon était la caricature du pays qui ne joue pas au foot. Pour eux on était vraiment des clowns". Forcement ce genre de choses aide à faire évoluer les mentalités. La saison suivante il s'engage avec Coritiba avant de retourner à Santos avec l'étiquette d'un vrai bon joueur de l'élite brésilienne. Sa progression n'est pas passée du tout inaperçue au pays où il est désormais perçu comme la star du football. On est en 1990 et il est maintenant temps de montrer au Japon de quel bois se chauffe Kazu.

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La star dont avait besoin le foot nippon et la J League

Déjà plus d'un an alors que le projet d'une ligue professionnelle de football est lancé. Pour que celle-ci soit attractive il faut une organisation solide et des noms, et pas que des étrangers. Lorsque Kazu signe en 1990 pour le Yomiuri FC il est là pour devenir la grande star japonaise de la J League alors encore en gestation. Miura prends soin de remporter les deux derniers titres de la Japan Soccer League avant la fondation officielle de la J League en 1992. Le club change alors de dénomination et devient le Verdy Kawasaki, mais la dynamique n'en souffre pas et ils remportent les deux premiers titres de champions de J League en 1993 et 1994. Un vrai triomphe collectif agrémenté du trophée de joueur de l'année pour la saison inaugurale de 93. Il faut dire que le club n'avait pas investi que sur Miura mais avait aussi recruté à prix d'or les autres internationaux japonais Ruy Ramos et Tsuyoshi Kitazawa pour s'installer de suite aux sommets. Mission accomplie. Kazuyoshi Miura devient alors pour de bon King Kazu.

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(crédits: Getty)

C'est également peu après son retour au Japon qu'il découvre la sélection nationale. Entre 1990 et 94 il porte 40 fois le maillot du Samurai Blue et inscrit 23 buts. Le Japon remporta la Coupe d'Asie 1992 organisée sur ses terres et Kazu, alors âgé de 25 ans, est élu meilleur joueur du tournoi. Il s'agit du premier titre international pour la sélection nippone ! Avec lui en fer de lance le Japon est au bord de décrocher pour la première fois une place en phase finale de Coupe du Monde, jusqu’à la"Tragédie de Doha" ou "Doha no higeki" en version originale.

Pour le dernier match des éliminatoires de la zone Asie disputé en Octobre 93, le Japon se déplace à Doha pour y jouer l'Irak alors en pleine guerre. Miura ouvrera la marque mais le Japon ne fera que (2-2). L'égalisation concédée dans les arrêts de jeu les privant d'une qualification pour le Mondial 1994. Et si ce scénario vous rappelle quelque chose de similaire s'étant produit peu de temps après, c'est normal. Un véritable traumatisme pour le Japon tant l'attente était grande et le rêve si près de se réaliser. Avec quatre titres nationaux, et un statut de pilier de sa sélection, King Kazu est alors prophète en son pays et il pense alors à découvrir un troisième continent. Celui où la compétition est la plus relevée.

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Le fin observateur aura aussi remarqué un célèbre chauve en arrière plan.

La découverte d'un troisième monde : l'Europe

La Coupe du Monde 1994 bat donc son plein sans le Japon de King Kazu. Mais l'incroyable notoriété de ce dernier au Japon (exacerbée par son mariage avec une star de la chanson) donne des idées au Vieux Continent. C'est ainsi que le Genoa vient aux nouvelles durant l'été et propose au Verdy Kawasaki une offre de prêt pour une saison pour jauger son niveau. Ce faisant les dirigeants des rossoblu ont aussi une certaine idée au niveau du marketing. L'offre est acceptée et Kazu devient alors le premier footballeur asiatique à évoluer en Serie A, et la découverte est rude. Pour son premier match avec les Grifoni il est victime d'une fracture du nez lors d'un choc avec un certain Franco Baresi. Bienvenue dans le Calcio ! Au final ce prêt ne sera pas un franc succès avec 21 apparitions et un unique but marqué, dans un derby perdu 3-2 face à la Sampdoria.

Le Genoa n'ira pas plus loin que cette saison de prêt et King Kazu retourne au Verdy à l'été 1995. Il y jouera jusqu'en 1998 mais les résultats ne sont plus à la hauteur des premières saisons de J League. La victoire en Coupe de l'Empereur en 1996 étant le dernier trophée gagné par King Kazu avec le club qui deviendra quelques années plus tard l'actuel Tokyo Verdy. Ses statistiques sont toujours de haute facture en revanche avec de nombreux buts à son actif (23 buts en 95 puis autant en 96), mais l'équipe vieillissante du Verdy et l'augmentation du niveau global font que cela n'est plus suffisant. C'est au niveau de la sélection nationale que beaucoup de choses vont se passer alors, autant pour celle-ci que pour Miura en particulier.

Le Japon en Coupe du Monde, mais sans Kazu

Les années ont passé depuis le match tragique de Doha et le Japon repart dans les éliminatoires pour la Coupe du Monde France 98. Les débuts du second tour sont extrêmement poussifs pour le Samurai Blue, notamment marqués par une défaite à domicile face à la Corée du Sud. Ceux-ci interviennent en plus après une très décevante Coupe d'Asie 1996 où le Japon, tenant du titre, est éliminé en quarts de finale par le Koweït. Cette mauvaise période entraîne un changement de sélectionneur et Takeshi Okada arrive à la place de Shu Kamo. Celui-ci redistribue les cartes dans le secteur offensif en incorporant de nouveaux joueurs comme le fraîchement naturalisé Wagner Lopes, Shoji Jo ou un certain Hidetoshi Nakata. Tout King Kazu qu'il est, Miura n'échappe pas à la règle et subit une concurrence à laquelle il n'avait pas l'habitude, et à laquelle il doit faire face dans une période où les blessures ne l'épargnent pas.

Finalement le Japon se qualifiera pour sa toute première phase finale de Coupe du Monde après un barrage épique contre l'Iran remporté avec un but en or en prolongations. Les nouveaux venus sont si performants que l'impensable se produit : King Kazu, tout superstar qu'il est, n'est plus indispensable aux yeux d'Okada. C'est donc sans Miura que le Japon se rendra en France, sans aucun doute la plus grande blessure de toute sa carrière. La sélection ne passera pas le premier tour au sein d'un groupe difficile avec l'Argentine et la Croatie de Davor Suker qui finira 3e de la compétition. Au moins Masashi Nakayama marquera le premier but du Japon en Coupe du Monde lors du dernier match contre la Jamaïque, aussi perdu (2-1).

King Kazu a alors 31 ans, la sélection lui a tourné le dos et il ne gagne plus autant de titres en club. Au creux de la vague il prends sur lui et quitte de nouveau son confort japonais pour retenter sa chance en Europe, plus au calme de la surmédiatisation permanente dont il fait l'objet.

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Kazu avec le Dinamo Zagreb, une image peu courante.

C'est en Croatie qu'il débarque au milieu de la saison 98-99, au Dinamo Zagreb. Mais le football européen se refuse décidément à lui, il ne restera que six mois au Dinamo pour 12 bouts de matchs et aucun but. Il y aura un essai non concluant en Angleterre à Bournemouth (alors très loin de la Premier League) avant de finalement jeter l'éponge du rêve européen.

Il a 32 ans bien tassés lorsqu'il signe en faveur de Kyoto Sanga FC à l'été 1999 pour son retour au Japon. Il y marquera 21 buts en une saison et demie avant de signer pour le Vissel Kobe. Un certain Philippe Troussier devenu sélectionneur du Japon après France 98 lui redonne alors une chance avec la sélection peu avant la Coupe d'Asie 2000, intrigué par le personnage. En cinq nouvelles sélections il marque deux fois mais ce n'est pas assez pour convaincre le français de le garder dans son groupe pour le tournoi. Il annonce peu après sa retraite internationale avec au total 89 sélections et 55 buts au compteur. Il est toujours à ce jour le deuxième meilleur buteur de l'histoire du Samurai Blue. Tout cela était il y a donc 16 ans,

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38 ans mais toujours la classe (crédits: Getty)

Le "superpapy" du monde du football

Passage globalement mitigé à Kobe si ce n'est sa première saison qui fut vraiment réussie. L'âge fait son oeuvre, il est alors un simple remplaçant et ses minutes de jeu baissent de plus en plus. On est en 2005, à la mi-saison et Miura a alors 38 ans. Serait ce la fin ? Et bien non, car King Kazu aime trop le football pour stopper sur une triste note. Pour retrouver le plaisir du terrain King Kazu descends un cran plus bas, en J2, avec le Yokohama FC. Le club n'est alors qu'un tout petit club de J2, habitué aux dernières places, avec un des plus petits budgets de la division. Il ne possède même pas de centre d'entrainement ou de terrains à lui et les joueurs s'occupent de tout jusqu'à nettoyer eux-même leurs maillots ! Mais l'aspect financier est le dernier de ses soucis alors. Le Roi veut juste une petite structure où rallumer la flamme et prendre son pied.

Pour finir la saison 2005 il redevient un titulaire et plante 4 buts en 16 matchs. La saison 2006 qui suit sera tout à fait mémorable pour les fans du club. Sa passion communicative, son aura et son talent inné malgré les années seront des sources d'inspiration pour ses équipiers. Yokohama, contre toute attente, termine champion de J2 et monte pour la première fois de son histoire en première division après une saison incroyable ! King Kazu de retour en J1 avec "son" équipe, le Japon entier est alors chaud bouillant, la légende agit toujours. La saison de J1 qui suit ne verra pas de miracle par contre et le Yokohama FC termine bon dernier en ne gagnant que 4 matchs sur 34. Son numéro 11 marquant tout de même trois buts pour la saison de ses 40 ans, dont une petite merveille face au Sanfrecce !

Depuis 2008 le Yokohama FC est entré de nouveau dans le rang des habitués du ventre mou de la J2. Seule la saison 2012 aura été brillante avec une place en Play-offs de promotion où ils seront éliminés dès le premier match. Les années passent mais King Kazu est toujours là, prolongeant d'un an chaque saison ! Evidemment son impact sportif est aujourd'hui tout à fait minime, mais le club n'en a cure, il n'oublie pas celui qui leur a offert leurs heures de gloire. Il n'oublie pas non plus que King Kazu reste encore aujourd'hui une star leur offrant une vitrine médiatique inespérée. Il n'y a qu'à voir les multiples reportages et articles qui sortent dès qu'il marque un but, repoussant à chaque fois le record du buteur le plus âgé ! D'ailleurs ils savent bien en jouer. Par exemple pour annoncer la dernière prolongation de contrat ç'a été fait le 11 Novembre dernier à 11h11, pour rendre hommage à son n°11...

Mais que les choses soient claires, lui n'a absolument plus "besoin" de jouer au foot pour perpétuer son image et sa présence médiatique. Si King Kazu joue encore aujourd'hui c'est parce que c'est avant toute chose un passionné. Son corps ne lui permet plus de jouer 40 matchs par année mais ça reste assez bon pour faire la chasse à un record inédit : celui du footballeur le plus âgé en activité ! C'est un certain Robert Carmona, 53 ans, qui l'a. De là à dire que King Kazu, 49 ans depuis le 26 Février dernier, sera sur les terrains jusqu'en 2020 et qu'on puisse donc le voir encore quelques fois faire sa "Kazu Dance" d'après-but il n'y a donc qu'un petit pas à franchir !

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20 Mars 2016, 49 ans, titulaire contre le Renofa !

 

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