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Evian TG : La fin du rêve ?

Le coup est dur. Evian Thonon Gaillard connaît sa deuxième relégation consécutive et retrouve le National, six ans après l'avoir quitté. Une chute aussi rapide que sa progression où deux saisons avaient suffi aux Savoyards pour passer du troisième échelon hexagonal à l'élite du football français en 2011.

TLM S'en Foot se penche sur le cas des Croix de Savoie pour trouver des explications à cette débâcle sportive qui positionne l'ETG dans une situation plus que compliquée.


"L'envie de gagner à chaque match"

L'équipe d'Evian-Thonon-Gaillard recevant le trophée de Champion de France de Ligue 2 en 2011. Crédit photo : Ligue de football professionnel.

L'équipe d'Evian-Thonon-Gaillard recevant le trophée de Champion de France de Ligue 2 en 2011. Crédit photo : Ligue de football professionnel.

Ils n'étaient pas beaucoup à croire au miracle. Dans ce presque match retour de la fin de saison 2013-2014, Evian et Sochaux étaient une nouvelle fois sur la corde raide. Mais les joueurs d'Albert Cartier avaient l'avantage. Une victoire de l'ETG contre Nîmes et une défaite de Sochaux face à Clermont était le seul scénario qui pouvait sauver les hommes en rose. Evian a fait sa part du travail (4-1) mais les Sochaliens n'ont pas trembler de leur côté (2-0), gardant leur ticket d'entrée pour la saison prochaine en Ligue 2. Une soirée au goût amer marquée par les adieux prématurés de Cédric Barbosa, recevant un carton rouge pour son dernier match sur cette pelouse. Une bien triste fin pour celui qui a connu autant l'incroyable ascension que la douloureuse descente.

Le titre de champion de France de National en 2009 et celui de Ligue 2 l'année suivante, permettent à Evian de faire son entrée en tête de gondole du football français. "On rêvait éveillé" se remémore Pascal Diot-Maid, membre de la Croix de Savoie Academie sur Horsjeu.net. Il suit cette équipe depuis 2005 et est abonné depuis 2010. "Dès que Danone est arrivé grâce aux démarches des Dupraz, on s'est structuré à toute vitesse, des joueurs intéressants sont arrivés. Derrière le côté familial, une grosse machine nous soutenait avec des actionnaires prestigieux comme Denisot, Zidane et Lizarazu". Fanny aussi est une fidèle supportrice de l'ETG. Cette jeune femme de 24 ans, étudiante sur Lyon, se décrit comme "une passionnée de sport depuis toute petite". Son aventure avec les Roses commence au moment où les Savoyards débarquent en Ligue 2. "On avait un collectif solide, une certaine humilité et l'envie de gagner à chaque match".

Yannick, fondateur de l'ETG Blog, a lui aussi commencé à soutenir ce petit club lors de leur arrivée dans le monde professionnel. "Je suivais de loin leurs résultats quand j'ai déménagé à Annecy, mais je me suis particulièrement intéressé au club lors de leur montée en Ligue 2". Après une victoire 3-1 contre l'Olympique de Marseille en trente-deuxième de finale de la Coupe de France 2010-2011, il décide d'ouvrir un site internet consacré à Evian-Thonon-Gaillard "pour apporter aux supporters une plus grande diversité d'informations et plus de présence sur les réseaux sociaux".

Au niveau des matchs marquants, beaucoup ont fait chaviré les supporters. Fanny se rappelle de plusieurs souvenirs marquants. Elle évoque ce match contre le Paris-Saint-Germain au début du mois de décembre 2013. Les joueurs entraînés par Pascal Dupraz mettent fin à une série de trente-six matchs sans défaite des parisiens avec un succès 2-0 sur des réalisations de Clarck N'Sikulu et Modou Sougou. Ou encore le parcours en Coupe de France qui conduit le club en finale contre Bordeaux où, malgré sa bonne volonté, le groupe de Bertrand Laquait doit s'incliner 3-2. Pascal cite une victoire, celle contre la relégation en 2013. "On gagne contre Nice 4-0 et on assure le maintien juste après la qualification en finale de coupe de France. Nos garçons font un match plein, Saber Khalifa met une praline de soixante-quatre mètres. La communion entre le public et les joueurs est totale. Mais par dessus tout, c'est parce que c'est aussi la première fois que j'emmenais mon fils au Parc des sports. La journée parfaite !".

Pour Yannick, Evian "a grandi très tard et très vite. Savoir qu'en si peu de temps, le club est passé de la CFA à intégrer des internationaux comme Christian Poulsen ou Sidney Govou, jouer une finale de Coupe de France et rester 4 saisons en Ligue 1". Effectivement, ça forge le respect. Pascal bénit cette époque heureuse. "L'abnégation et la qualité des joueurs et du staff sont les principales qualités qui ont conduit ce club en Ligue 1. Les dirigeants étaient alors soudés, en tout cas en apparence, et on avait vraiment un groupe de joueurs intéressant. On peut aussi saluer Bernard Casoni qui a fait de ce groupe une machine à marcher sur la Ligue 2. Le directeur sportif était alors un certain Pascal Dupraz et accomplissait un super boulot en coulisses".

Dupraz remplace ensuite Pablo Correa au début de la saison 2012-2013 et sauve cette équipe deux fois de la relégation, notamment pour l'exercice 2013-2014 avec une victoire 3-0 contre Sochaux qui condamne les protégés d'Hervé Renard à l'échelon inférieur. Les derniers moments de joie d'un album photo qui prend brutalement fin à cet instant.


Malaise dans les vestiaires

La détresse de Cédric Cambon (au second plan), au moment de la descente en Ligue 2, précède le départ de Pascal Dupraz (premier plan). Crédit photo : AFP

La détresse de Cédric Cambon (au second plan), au moment de la descente en Ligue 2, précède le départ de Pascal Dupraz (premier plan). Crédit photo : AFP

En 2015, Evian prend la dix-huitième place et grimpe dans l'ascenseur pour la Ligue 2. Peu de temps après, Pascal Dupraz est limogé, en compagnie de son fils, pour "faute grave". Plusieurs joueurs quittent le navire par la même occasion. Mais ce retour en deuxième division n'est pas revigorant. Safet Sušić ne fait que six mois sur le banc de l'ETG avant d'être remplacé par son adjoint, Romain Revelli qui termine tant bien que mal le championnat. Il n'y a pas eu de Happy End la semaine dernière et Evian devra se préparer à retrouver le National dans quelques semaines. "Je suis très triste nous avoue Fanny mais je pense qu'ils avaient les moyens de faire une bonne saison". Pascal aussi est dépité mais avait prédit ce scénario. "Comme me l'a confié Pascal Dupraz dernièrement, c'était cousu de fil blanc pour le citer. J'ai senti des le début de la saison que les nouveaux dirigeants ne comptaient pas investir pour tenter ne serait-ce que le maintien. On perd la moitié de l'équipe, on a un effectif rajeuni a l'excès et les cadres font la gueule". Pour le fondateur de l'ETG Blog Yannick, la pilule est également difficile à avaler. "On ne peut qu'avoir une sensation d'un immense gâchis. Surtout quand on sait que cette chute est due à tout sauf au hasard. Mais le pire, c'est finalement de voir arriver le train en face de soi pendant plusieurs mois et de ne pas sortir des rails. Quand on est cinquième après onze journées, à trois points des trois équipes qui finiront par monter et neuf points devant Sochaux et dix-sept de Nîmes et que nous n'arrivons pas à nous sauver, on se dit que le problème est profond.".

On pourrait croire que ces difficultés sont apparues il y a deux saisons. Mais Pascal Diot-Maid nous arrête. Il nous décrit une situation tendue du côté de la direction et affirme que, pour lui, la lutte pour le pouvoir est le premier facteur entraînant le déclin de l'ETG. "On fait une superbe première année avec vingt-quatre points en décembre et Bernard Casoni se fait virer pour de sombres raisons. Pablo Correa termine superbement le travail et on le lourde après quatre journées et un point. Dupraz prend l'équipe et nous emmène au stade de France. C'est à partir de là que tout a dérapé en haut du club". Le président Patrick Trotignon est mis en minorité et renvoyé par le conseil d'administration. Franck Riboud, PDG de Danone à ce moment, ne voit pas ce changement d'un bon œil et décide d'arrêter son investissement.

"À partir de là, les luttes intestines vont pourrir le club de l'intérieur et on assiste à une mascarade pour s'approprier le joujou" regrette Pascal. Pour Fanny aussi, ces luttes en coulisses n'ont pas aider Evian. "Pour qu'une équipe ait des bons résultats, il faut qu'à tous les niveaux, elle se sente soutenue. Ces conflits internes ont terni l'ambiance. Le volet psychologique joue beaucoup". "Tout cela mène désormais à la colère poursuit Pascal. On a vraiment l'impression tenace que le sabordage était presque volontaire de la part de Bakhtiar".

Pour Yannick, tous les acteurs de cette histoire sont responsables. "La situation en interne n'est finalement qu'une conséquence des réelles causes. Cette guerre intestine est la conséquence des problèmes que connait le club dans sa progression. Au début, quand tout va bien, les problèmes sont mis de côté, puis la progression du club les font éclore petit à petit. Et à force, les tensions naissent, rien n'est réglé et quand on ne fait qu'attendre que ça aille mieux sans rien faire, ça ne marche jamais".


Et maintenant ?

L'arbitre Antony Gautier expulse Cédric Barbosa (avec le brassard de capitaine) pour son dernier match avec Evian, le 13 mai 2016 contre Nîmes. Crédit photo : Jean-Pierre Garel

L'arbitre Antony Gautier expulse le capitaine Cédric Barbosa pour son dernier match avec Evian, le 13 mai 2016 contre Nîmes. Crédit photo : Jean-Pierre Garel

Le cas des évianais laisse plus que perplexe et la question de leur futur se pose. La dernière équipe à avoir subit une double relégation est le Grenoble Foot 38 qui, après sa dernière place de Ligue 2 en 2011, sera rétrogradé en CFA 2. On s'attend évidement à des départs du côté du Léman. Aussi bien de joueurs que d'éventuels soutiens financiers.

"Tout a été catastrophique cette saison, et on ne va pas repartir en National avec le peu de satisfactions ou de perspectives que l'on a" commente Yannick. "Le club va perdre Cédric Barbosa, Benjamin Leroy et Yeltsin Tejeda et repartira avec encore plus d'incertitudes qu'il y a un an. S'il repart d'ailleurs...". En effet, Evian serait confronté à de graves soucis financiers. Yves Bontaz, qui se portait candidat pour un éventuel rachat de l'ETG, a annoncé que, selon un audit externe, les Roses seraient assis sur une dette de six millions d'euros. De plus, il ne souhaite plus reprendre cette équipe. Quand au président actuel, Esfandiar Bakhtiar, il devrait se retirer et laisser sa place à Jean-Philippe Demaël, ancien directeur général de Somfy.

Une situation qui devient réellement inquiétante. Est-ce que l'ETG pourra revenir chez les pros ? Fanny lâche un sourire. "Bonne question. En tout cas je l'espère". Pascal également rêve d'un retour au haut niveau mais avec la manière. "En bon Savoyard je vais être pragmatique tempère-t-il. Je ne mise pas sur une descente administrative de Niort ou un refus de la LFP sur une hypothétique montée de Consolat. Si on doit reconquérir un public lassé du spectacle sur le terrain et en coulisses et faire des résultats sportifs, elle ne passera que par l'humain". 

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