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L'histoire du CD Leganés : concombres, Samuel Eto'o et miracles.

Le principe de Tout le monde s’en foot a toujours été de parler du football qui n’intéressait pas les gens. Grâce à un public qui est aussi nombreux que sain d’esprit, l’équipe de rédaction a les mains libres pour vous parler de tout et de n’importe quoi. Alors aujourd’hui, je lève la main pour demander la parole. C’est l’heure de parler de concombre.

   Le concombre du plaisir 

L’origine du concombre remonte à longtemps avant Jesus-Christ. Wikipedia nous parle d’une domestication de ce fruit (oui oui) en Inde il y a minimum 3000 ans. Alors qu’au Moyen-Âge, le pauvre petit est un fruit/légume déconsidéré, le XVIIe siècle change radicalement la donne. Les classes aisées s’en éprennent et le concombre devient un aliment de plaisir. Oui, j’ai copié mot à mot « aliment de plaisir ».  Hop, fin de l’histoire. Je vous vois déjà venir me demander, pourquoi abordes-tu si succinctement ce thème prolifique ? Pourquoi ne pas décrire plus longuement le Cucumis sativus ? Tout simplement parce que le reste, on s’en fout, et même, puisque mon introduction nous emmène en Espagne : on s’en fout royalement.

Pendant que l’élite européenne succombe à la fièvre du concombre, un village de la province de Madrid décide d’en faire sa passion, que dis-je, son occupation. Leganés devient ainsi le premier lieu de production du concombre sur le vieux continent. Les années passent, puis les siècles jusqu’au moment où les habitants de cette ville de la banlieue sud de Madrid se retrouvent affublés du surnom de « pepineros » : les producteurs de concombre.

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Nous sommes maintenant en 2016, et le monde entier connait la capitale madrilène pour son club phare : le Real Madrid. Depuis quelques années, son rival local : l’Atletico Madrid s’est aussi fait un nom sur le plan international. Du côté des hipsters, le nom du Rayo Vallecano fait frétiller les moustaches et le devant de leur slim. Enfin, suite à une présence récente en Liga, Getafe évoque quelques branlées reçues régulièrement et un stade vide sans passion. Mais jusqu’à cet été, personne ne connaissait le CD Leganés.

De l'ombre à presque un peu la lumière

Pourtant, le club des pepineros a été fondé en 1928. Un calcul rapide nous amène donc à la conclusion que cela lui a laissé environ pas mal de temps pour ne pas être connu sur le plan national. Tout comme les handicapés mentaux et les concombres le club végète sans rien faire de concret pendant presque soixante ans. A cet âge, les handicapés et les concombres ne sont plus là depuis longtemps mais pour Leganés c’est une nouvelle naissance. Alors que le club tente d’accéder à la troisième division pour la première fois de son histoire, la fédération espagnole décide de rebâtir la répartition des groupes dans les divisions inférieures. C’est en 1987/1988 que la Segunda Division B (3e division donc) se divise pour la première fois en quatre groupes géographiques. Leganés reçoit une invitation à participer au championnat de troisième division. Officiellement cette invitation est obtenue pour « mérite sportif ». Officieusement, on s’en fiche, Leganés monte. Pendant six ans, les Pepineros vont faire leurs classes au sein de cette antichambre du football professionnel. Finalement, lors de la saison 92/93 les producteurs de concombres gagnent sportivement la possibilité d’accéder à la Segunda Division. L’accession se joue dans un groupe de quatre composé d’Elche, de Xerez, du CF Palencia et donc de Leganés. Dire que nos héros de l’article ont roulé sur leurs adversaires serait un peu léger : aucune défaite dans le groupe et une montée validée lors d’une victoire 3-0 contre Elche le 27 juin 1993. Soixante-cinq ans après sa naissance, au lieu de prendre sa retraite Leganés prend le contre-pied et passe dans le monde professionnel.

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Leganés-Real Sociedad 2016 (crédit C.Reigneaud, cliquez pour agrandir)

Pour leur première saison en deuxième division, les Pepineros décident de construire une équipe ayant pour objectif de pérenniser le club au sein du football professionnel espagnol. Voilà pour le papier, côté terrain la réalité est plus dure à vivre et le club ne se sauve qu’à la dernière journée. L’année suivante l’objectif est le même, le résultat est pire que le précédent : Leganés termine relégable. Heureusement (le terme est léger), la ligue avait prévu de modifier le nombre de club au sein de la Segunda Division. Les places de relégables étaient donc moins nombreuses et comme le Palamos CF décide de jeter l’éponge suite à des problèmes financiers, Leganés est sauvé. Dans la foulée, le club décide de se professionnaliser officiellement et devient le 21 septembre 1995 une société sportive anonyme présidée par Jesùs Polo.

Les Pepineros décident alors d’investir et font un recrutement de joueurs habitués aux joutes du football professionnel : Miguel Angel, Javi Lopez, Oscar Fernandez… Et étrangement, cet effectif chamboulé trouve rapidement ses marques et effectue un superbe début de saison. A mi-parcours, Leganés se trouve bien placé pour la montée en Liga. Malheureusement, une fin de championnat difficile repousse le club de la banlieue madrilène à la 8e place. Mais l’important n’est pas là : Leganés a enfin passé un palier sportif. En 1997/98, les Pepineros inaugurent leur nouveau stade : l’Estadio Municipal de Butarque. Dans le groupe des locaux, se trouve un petit jeune prometteur prêté par le Real Madrid pour sa première saison professionnelle : Samuel Eto’o. Prends ça la royauté espagnole.

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Les soucis sportifs du club refont surface en 1999/00, après une véritable volée subie à Las Palmas (7-1 quand même), Enrique Martin prend la place de José Antonio Fernandez sur le banc. Leganés ne remporte son premier match qu’à la douzième journée mais termine treizième grâce de très bons résultats en deuxième partie de saison. Martin est alors conforté comme entraineur jusqu’à la fin de la saison 2000/01. Puis, parce que l’instabilité sportive a toujours conduit à de bons résultats, c’est Ciriaco Cano qui prend place sur le banc en 2001/2002. Chose étrange, l’équipe n’arrive pas à grand-chose et Cano est à son tour remplacé par Aguiar. En dehors d’une victoire de prestige au Vicente Calderon contre l’Atlético de Madrid l’année de la montée des colchoneros, la saison de Leganes est aussi savoureuse que du concombre sans sel et sans vinaigrette.

Enfin l’année suivante est celle du renouveau, l’équipe tourne bien et… non je déconne Aguiar est maintenu à la tête de l’équipe première. Sauf que cette dernière loupe son début de championnat ce qui amène au licenciement de l’entraineur qui est remplacé par… Roulements de tambour… Enrique Martin, le retour de la vengeance. Finalement Leganés termine dix-neuvième et est relégué. Ah attendez, non me dit-on dans l’oreillette, parce que le CD Compostelle se retrouve avec des salaires impayés et doit donc jeter l’éponge. Encore une fois les Pepineros sont sauvés par abandon, un peu comme Umtiti et sa place en équipe de France.

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Sympa quand même ce petit stade (crédit C.Reigneaud)

La fin des haricots pour les Pepineros

Prenant exemple sur les autres clubs, Leganés décide de faire n’importe quoi sur le plan financier. En août 2003 Daniel Grinbank, un producteur musical argentin, décide de racheter le club. L’effectif est entièrement chamboulé : quinze argentins et un chilien débarquent. Grinbank renouvelle intégralement l’organigramme interne du club et engage rien de moins que José Pekerman comme directeur sportif et Carlos Aimar comme entraîneur. Bizarrement, rien ne fonctionne et Grinbank abandonne totalement le club en 2004, arguant qu’il avait perdu plus de 2.5 millions d’euro dans l’affaire. Jesùs Polo reprend donc les commandes du club et nomme Juan José Martin Delgado comme entraîneur. Malheureusement le mal est fait et Leganés termine la saison relégable.

De retour en troisième division, Leganés décide de construire une équipe ayant pour objectif la remontée la plus rapide possible : il faudra dix ans pour que le club retourne en Segunda division. Pendant ce temps : des changements de direction, d'entraîneurs (quatre rien que pour 2012/13), ainsi qu’une valse constante de joueurs privent Leganés d’une stabilité dont le club aurait bien besoin. Mais surtout, surtout, une humiliation constante : pendant dix ans Leganés doit affronter la réserve de son ennemi juré : Getafe. Les deux villes sont voisines, font la même taille et ont leurs stades respectifs à moins de cinq kilomètres l’un de l’autre. D’un côté une équipe première, des cultivateurs de concombres et leur public, de l’autre la réserve, un stade vide et Burger King en sponsor maillot. Deux mondes qui s’affrontent et qui laissent un goût amer dans la bouche des fans de Leganés qui voient ce match comme une défaite quel qu’en soit le résultat. Pour les Pepineros, le tournant a lieu en 2009. Ruben Fernandez lâche les rênes du club à Maria Victoria Pavon qui a fait fortune grâce à l’immobilier. Cette dernière décide de serrer la vis afin de retrouver une stabilité financière. Si en coulisse cela s’améliore peu à peu, les résultats sportifs ne suivent pas encore et l’équipe est proche d’être reléguée en championnat régional en 2012. Là encore, Leganés se sauve à la dernière journée.

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Trouver le Messie en attendant de recevoir Léo

Finalement le messie arrive en 2013/14, il se nomme Asier Garitano et va transformer Leganés sur le plan sportif. Partisan des équipes construites sur des bases défensives solides, le nouvel entraîneur va former un « back four » de qualité qui n’encaissera que vingt-quatre buts lors de la phase régulière du championnat. C’est le 22 juin 2014 que Leganés retrouve la deuxième division après dix ans d’absence. Garitano est bien évidemment prolongé à son poste. Le club se maintient assez aisément l’année suivante grâce à d’excellents résultats à domicile. Les onze buts de Chuli et la défense centrale menée par Mantovani étant les clefs de voûtes de cette réussite.

En 2015/16, Leganés change son système de recrutement en faisant confiance à des jeunes joueurs n’ayant pas eu leur chance en Espagne ou à l’étranger. Alexander Szymanowski est ainsi rapatrié de la Scandinavie où il s’était aventuré, Gabriel Pires est recruté chez la Juventus… Mantovani est maintenant promu capitaine et encadre le groupe avec son expérience. Lui qui a connu le pire avec Leganés, va aussi connaitre le meilleur. Garitano arrive à faire de son effectif une superbe machine au jeu huilé et les Pepineros affolent la deuxième division. Lors du sprint final les blanquiazules (en référence à leurs couleurs) ont leur destin entre leurs mains et Insua valide la réalisation du rêve grâce à une tête (0-1 à Mirandés) qui scelle la montée de Leganés en Liga pour la première fois de son histoire. Un scénario de conte de fée pour ce club qui avait failli disparaître seulement quatre ans avant.

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De l'ambiance en Liga, le football que l'on aime (crédit C.R)

Pour leur première saison au sein de l’élite, le promu a réussi un très bon début de saison (victoire au Celta Vigo, nul contre l’Atlético de Madrid) avant de subir une série de revers qui a rappelé à tout le monde que la saison allait être difficile. Il faut dire que le calendrier n’a pas été simple pour Leganés qui a déjà joué Barcelone, le Real, le FC Séville, Valence, l’Atlético et la Real Sociedad en douze journées. Lundi dernier, les Pepineros ont remporté face à Osasuna la première victoire à domicile de leur histoire en Liga leur permettant ainsi de se positionner à la quinzième place du classement, notamment devant Valence et La Corogne.

La saison sera peut-être longue pour le club de la banlieue sud de Madrid, mais attention car vous ne le savez peut-être pas mais en Espagne les concombres ont des piquants.

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