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TLMSF et JSoccer à la rencontre de Lee Yong-jae (Kyoto Sanga)

C'est un nom qui évoquera peut être des souvenirs aux fans acharnés du FC Nantes et du Red Star. Lee Yong-jae a en effet porté les couleurs de ces deux clubs lors de son début de carrière européen. Aujourd'hui, à 25 ans, il est désormais un joueur clé de l'équipe de Kyoto Sanga FC qui évolue en J League 2 et est également devenu international sud-coréen !

Une interview qui était sortie initialement en anglais dans le numéro 21 de J Soccer Magazine avec qui TLMSF est très heureux de collaborer depuis plusieurs mois et que l'on remercie pour nous permettre de partager cette interview.

Si la langue de Shakespeare ne vous rebute pas et que vous vous intéressez de près au football local, alors foncez vous procurer ce magazine trimestriel disponible en Pdf ou en version papier ! En plus le numéro 22 vient tout juste de sortir ! Sinon il y a toujours le compte Twitter !


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Mister Traducteur et Lee Yong-jae (crédits photo : Lionel Piguet)

Bonjour et merci de nous accorder un peu de ton temps. Comme certains de nos lecteurs le savent tu as déjà joué en Europe pour Wigan, Nantes et le Red Star. Qu est ce qui a été alors ton plus gros challenge dans ton adaptation à ces équipes et pays ?

Le plus dur a été en Angleterre, en terme de choc culturel et de nourriture surtout. J'ai pris pas mal de temps avant de m'y faire. Après j'ai été en France et, même si ça été moins compliqué, ça n'a pas été non plus évident. Mais c'est normal, je n'ai pas à me plaindre. Aujourd'hui je suis au Japon à Kyoto, c'est bien plus proche de ce que je connaissais en Corée par bien des aspects. C'est la partie de ma carrière la plus facile jusque là.

En tant que joueur asiatique comment as tu été accueilli en Europe par les autres joueurs ?

Alors pour être honnête j'ai senti que peut être quelques uns me regardaient un peu bizarrement à cause de ça. Mais il y a eu des joueurs comme Park Ji-sung, qui a joué à Mancheter United, ou encore Park Chu-young, qui a évolué en Angleterre et en France, qui ont développé une bonne réputation autour du joueur venant d'Asie. Cela m'a aidé moi et d'autres joueurs asiatiques.

Est ce que ça signifie qu'à cause du seul fait que l'Asie ne soit pas aussi reconnue, en terme de football, que l'Europe ou l'Amérique du sud cela rend les choses plus compliquées pour les joueurs asiatiques ?

La raison pour laquelle certains joueurs peuvent prendre de haut les championnats asiatiques n'est pas parce qu'ils les prennent vraiment de haut. C'est plus parce qu'ils n'ont jamais joué avec des joueurs qui en viennent, c'est plus de la méconnaissance.

Quelles sont les différences notables dans les entraînements entre l'Europe et l'Asie (Japon, Corée) ?

En Asie les entraînements sont plus "scriptés", ils sont mieux organisés et précisément conçus à l'avance. Ils préfèrent tout prévoir et puis s'y tenir strictement. Alors qu'en France on nous donne plus de libertés à ce niveau, ce qui permets aux joueurs d'être plus créatifs durant ceux-ci.

Durant l'interview que l'on a fait de Philippe Troussier, celui-ci nous disait qu'il y avait une différence majeure entre les deux. Qu'en Asie les coachs parlent à un groupe alors qu'en Europe c'est plus aux individualités. Qu'en penses tu ?

Oui c'est en partie vrai parce qu'ici, au Japon et en Corée, il y a a beaucoup de réunions collectives et d'analyse vidéo, alors qu'il y en a moins côté européen. C'est plus axé sur l'individu en effet.

Et avec quelle méthode te sens-tu le plus à l'aise ?

C'est dur pour moi de répondre à cette question. Ma priorité c'est de m'adapter à là où je suis, dans le but de contribuer le mieux possible à l'équipe.

Malgré que le Japon et la Corée aient quelques tensions d'ordre politique, le supporter japonais mets ça de côté et aime tous ceux qui arrivent chez lui. Comment as tu été accueilli toi au Japon ?

Très bien. J'ai été très chaleureusement accueilli par les fans japonais, et ce malgré les quelques problèmes entre les deux pays au delà du sport.

Je présume que tu as eu pas mal d'offres pour continuer à jouer en Europe ou en Corée. Pourquoi la J League ?

Il y a une problématique très particulière pour les joueurs sud-coréens avec le service militaire obligatoire, lorsque j'étais en France je voulais vraiment être sélectionné avec l'équipe nationale pour disputer les Jeux Asiatiques. Je suis venu au Japon pour obtenir plus de temps de jeu et avoir plus de chances d'être remarqué par la sélection. Et le gouvernement sud-coréen offre une exemption de service militaire à tous les joueurs faisant partie du groupe si ils obtiennent une médaille d'or...

Un objectif que tu as pu réaliser !

Oui on a remporté le tournoi, donc je n'aurais pas à retourner en Corée pour faire mon service militaire. Ma carrière ne sera pas interrompue.

Quand je te regarde jouer sur le terrain je te vois souvent sourire, comment tu te sens lorsque tu joues ?

Oh vraiment ? (en riant) J'essaye d'être toujours positif mais je ne savais pas que je souriais en courant ! Je veux garder une attitude positive et rester bien dans mon match, en souriant beaucoup peut être que l'adversaire se dira "wow ce gars n'est pas fatigué du tout", c'est peut être une combine que j'ai appris !

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Lee 'Smile' Yong-jae en action face au Tokyo Verdy ! (crédits photo : Lionel Piguet)

Même si tu es attaquant de pointe tu restes un joueur assez collectif, souvent plus enclin à faire une passe vraiment décisive qu'à tenter le coup en solo. Tu parais moins obnubilé par le but que d'autres attaquants, c'est parce que tu apprécies plus cela ?

Ce n'est pas vraiment une question d'aimer cela plus ou moins, je crois que c'est une tendance "naturelle" de mon jeu par rapport à d'autres attaquants. Pas parce que je ne veux pas marquer mais parce que l'équipe passe avant tout ! Et je ferais tout ce que je peux pour contribuer au mieux à celle-ci. Alors oui bien sûr j'aime marquer, mais si je vois un coéquipier dans une meilleure position que moi je lui passerais le ballon.

Quelques grands joueurs sud-coréens ont joué pour Kyoto Sanga par le passé. Était-ce une des raisons qui t'ont poussé à venir ici ?

De grands joueurs ont évolué ici oui, comme Park Ji-sung, ce qui montre que Kyoto Sanga est bien connu et un club important au Japon. Donc oui c'est une des raisons, mais je ne suis pas venu juste pour marcher sur leurs traces. Aujourd'hui Kyoto Sanga et moi avons un objectif en commun : monter en J League 1 !

(Malheureusement depuis l'interview Kyoto a du s'incliner en Play-offs de promotion face au Cerezo Osaka, la montée attendra au moins un an de plus)

De quels attaquants t'es tu le plus inspiré dans ta carrière ?

Certainement Fernando Torres, ça a été mon modèle et je l'apprécie beaucoup. Parmi les joueurs coréens je dirais Hwang Sun-hong, qui a joué au Cerezo Osaka, pour sa technique et Ahn Jung-hwan qui a marqué le but en or contre l'Italie à la Coupe du Monde 2002. Je ne jouais pas au foot avant cette Coupe du Monde, ça a vraiment été l'élément déclencheur. Après ça j'ai commencé à jouer et ma passion a grandi encore et toujours...

Est ce que le football aujourd'hui reste une passion plus qu'un travail ? Ou alors tu continues simplement parce que tu y es bon ?

Le part de passion reste la plus importante. Après, si je prends du recul et que je regarde ma vie, le foot est surement la seule chose que je peux bien faire ! (rires)

La saison passée avait été très compliquée pour Kyoto Sanga, mais en 2016 l'équipe va mieux et reprends du plaisir, le jeu est agréable, avec un vrai collectif. Qu'est ce qui a changé ? 

Comme pas mal d'autres équipes au début de saison nous avons eu beaucoup de nouveaux arrivants dans l'effectif, l'équipe a du s'y faire et apprendre à se connaitre. L’entraîneur, le staff et le capitaine ont vraiment fait un gros boulot ensemble pour arriver à ce qu'on fait aujourd'hui. Tout le monde a intégré leurs demandes, leur philosophie et on joue bien en tant qu'équipe. C'est tout ça qui nous a fait progresser cette saison.

Tu es plutôt solide physiquement et tu permets de créer des espaces pour tes coéquipiers avec tes appels ou un jeu en pivot, ce qui leur donne plus de libertés, plus de temps. C'est un rôle qui te va ? 

C'est nouveau pour moi, je l'ai appris en arrivant ici. Avant j'étais plus un dévoreur d'espaces, maintenant avec Sanga mon rôle est d'attirer plus de défenseurs sur moi pour offrir plus d'opportunités aux autres joueurs, comme Sergio Escudero qui est très technique. Ça corresponds bien à l'équipe.

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(crédits photo : Lionel Piguet)

A titre personnel, est ce que t'établir en sélection nationale A est un objectif maintenant ? 

J'ai reçu une convocation l'an passé pour jouer l'EAFF Cup, alors que jusqu'alors je ne croyais pas vraiment en mes chances. Maintenant je sais que ça dépendra de mes performances sur le terrain, et qu'il y a une chance pour tout le monde d'y arriver, moi y compris.

On observe dans certaines équipes nationales que les joueurs jouant à l'étranger ne sont pas aussi bien vus que ceux que les "locaux", as tu remarqué ça en Corée ?

Il y a de plus en plus de fans qui viennent aux matchs de l'équipe nationale pour souhaiter un bon retour aux joueurs qui jouent à l'étranger, mais en même temps les fans veulent aussi probablement voir leurs joueurs de K League. Je ne trouve pas qu'ils montrent moins de chaleur envers ceux, comme moi, qui jouent à l'étranger.

On a parlé il y a quelques temps avec Xavier Chen, international taïwanais qui a joué en Belgique et en Chine, et il nous avait dit qu'il avait été surpris par le côté sympa des fans japonais envers les équipes adverses lors d'un match d'ACL à Kawasaki. Alors que par exemple en Europe c'est plus chaud comme on le sait... Tu es d'accord ?

Les supporters au Japon sont aussi passionnés que les européens, mais quand il s'agit d'extérioriser leurs sentiments ils sont plus réservés. La manière dont ils expriment leur passion est différente.

Quel est pour toi le moment le plus mémorable de ta carrière jusque là ?

Un moment inoubliable a été mes débuts avec le FC Nantes en France, ça avait été mon premier match en professionnel ! Le moment le plus joyeux c'était lorsqu'on a remporté les Jeux Asiatiques en 2015. Mes meilleurs souvenirs, jusqu'ici !

Les supporters de Nantes que l'on connait ne t'ont pas oublié en partie grâce à un but marqué en 2010 contre le rival Angers, un but décisif qui plus est ! Tu t'en rappelles de celui là ?

Evidemment ! Je m'en rappelle bien, de tous les détails de celui-ci. Surtout que c'était contre Angers et que les fans étaient devenus littéralement fous après ! (rires)

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