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William Le Pogam (Servette FC) : « J’ai pris mes crampons, un sac de foot et je suis parti en Espagne »

Il a côtoyé plusieurs des étoiles montantes du football français, avant de manquer de peu de découvrir la Ligue 2, puis la Liga. William Le Pogam, du haut de ses 23 ans, a déjà fait du chemin. Actuellement, il est l’un des 8 Français d’un Servette de Genève en restructuration après de longues années de déroute financière. Interview d’un latéral français qui adore le jeu espagnol mais préfère les salaires payés avec la ponctualité suisse.

Raphael Nuzzolo et Xamax (à gauche) ont pris le dessus sur Servette et William Le Pogam (à droite). [Laurent Gillieron) - Keystone]

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent peut-être pas ?

Je m’appelle William Le Pogam, j’ai 23 ans, je suis originaire du Sud de la France, du Lavandou, un petit village entre Marseille et Nice. J’ai fait ma formation à l’Olympique Lyonnais, de mes 14 ans à mes 20 ans. Après, j’ai fait un an à Guingamp, puis je suis parti deux années en Espagne et je suis arrivé cette année au Servette.

À Lyon, vous avez joué parmi les Sam Umtiti, Nabil Fékir, Alassane Pléa, Corentin Tolisso, Anthony Martial… Est-ce qu’à l’époque ils sortaient déjà du lot ?

Pas forcément, mais si on prend l’exemple de Nabil Fékir, il savait que techniquement il avait quelque chose en plus, mais c’était pas aussi flagrant qu’on peut le croire. Après, c’est vrai que notre génération, on savait où on allait, on était pas du genre à s’éparpiller. On était très concentrés sur le football et c’est ce qui a fait que beaucoup ont très bien réussi.

William Le Pogam se baisse en bas à droite. On vous laisse retrouver Nabil Fékir, Anthony Martial, Clinton Njié, Mehdi Zeffane ou encore Corentin Tolisso sur cette photo de la réserve lyonnaise.

Vous ne l’avez pas mentionné mais vous êtes actuellement latéral gauche, ce qui n’a pas toujours été le cas…

Effectivement, quand j’ai commencé ma formation à Lyon, j’étais numéro 9, une pointe. Après, petit à petit, je me suis senti plus à l’aise sur un côté, ailier gauche ou ailier droit. Pour ma dernière année en CFA, notre latéral était blessé, et c’était soit moi soit Nabil Fékir qui devaient dépanner à ce poste. Je m’y suis senti plutôt à l’aise, même si j’étais un joueur offensif donc j’avais aucune notion, mais je compensais par ma vitesse. Depuis, je me suis totalement adapté à ce poste.

Ça vous a fait repartir de zéro, le fait de changer de poste ?

Oui, c’est assez compliqué parce que c’est un poste où je me sens à l’aise, mais c’était ma dernière année à Lyon et je devais apprendre un nouveau poste tout en étant performant.

Il faut dire qu’en tant qu’attaquant, vous avez été sélectionné avec à peu près toutes les équipes de jeunes de l’Équipe de France, avec la génération de Paul Pogba et Raphaël Varane. Vous n’avez pas gardé votre place en tant que latéral, si ?

Eh bien, si, c’est marrant. Pour ma dernière année en Équipe de France (en U20, ndlr), j’ai été sélectionné en tant que latéral gauche. Mais bon, je pense que le sélectionneur (Pierre Mankowski) l’avait fait pour garder l’harmonie du groupe. Il était pas très adepte du changement, et vu que moi, je faisais un peu partie des anciens… Après, moi j’étais en CFA, et il y avait d’autres joueurs qui étaient en L1 ou L2 et qui méritaient autant leur place que moi.

William Le Pogam (numéro 8) bien entouré par Paul Pogba (6), Alphonse Aréola (1) et Youssouf Sabaly (2). On reconnaît également Samuel Umtiti, Lucas Digne (12), Yaya Sanogo (9), Anthony Koura (10) ou Abdoulaye Doucouré (7).

Au final, vous ne restez pas à Lyon après votre année en tant que latéral. Vous n’étiez pas conservé, ou vous êtes parti de votre plein gré ?

En fait, je devais signer à Auxerre, parce qu’à l’époque c’était vraiment le grand Lyon. Il y avait Michel Bastos, Lisandro Lopez, etc., et moi je me voyais plus faire une année ou 2-3 ans en Ligue 2 que rester pour jouer en réserve. Je voyais pas ça comme une progression.

Finalement, pourquoi ça n’a pas abouti ?

[Voix déçue] J’ai eu des problèmes avec un agent, ça a été assez compliqué et au final, ça s’est pas fait.

Du coup, vous signez à Guingamp, qui venait de monter en Ligue 1…

Ce qui a été difficile c’est que ça m’est arrivé à la fin du mercato, on était en août. J’étais jeune, j’avais peur de me retrouver sans club et quand le coach de Guingamp m’a appelé, j’ai pas hésité. Mais j’étais avec la réserve, pas avec les pros.

Donc vous y alliez dans l’optique de jouer avec la réserve ou vous espériez vous imposer chez les pros ?

Ce qu’on s’était dit, c’est que selon mes performances j’intégrais le groupe des pros. Après, c’est vrai, je l’ai intégré, mais n’empêche que c’était une autre année un peu bizarre parce que comme l’équipe allait mal, j’ai été repositionné en tant qu’ailier. C’était pas super, on a eu une année difficile, on se sauve de la descente deux journées avant la fin…

On le voit à son brassard et à son numéro 7 : Coco Michel a fait de William Le Pogam son capitaine et son ailier.

Et c’est là que vous décidez de tenter l’aventure à l’étranger, en Espagne, au Rayo Vallecano…

En fait, après ma saison avec Guingamp, j’ai eu besoin de changer. Changer d’air, changer de vie, on va dire. Donc j’ai pris mes crampons, un sac de foot et je suis parti en Espagne. J’y suis allé comme ça, j’ai dû faire 2-3 semaines d’essai avec eux. J’ai eu la chance d’être bon, donc avant de signer mon contrat je suis monté avec l’équipe professionnelle, j’ai joué avec eux.

Le matin de la première journée de Liga, comme ils aiment bien en Espagne, on est allés au centre d’entraînement pour faire des toros, toucher le ballon… et là, je me suis blessé à la cuisse. Donc le coach m’a parlé, m’a dit ‘maintenant que t’es blessé, tu vas redescendre te soigner avec l’équipe réserve’, et au final j’ai fait toute la saison en réserve. Je faisais les entraînements avec les pros, je redescendais jouer avec l’équipe réserve.

Vous vous êtes bien adaptés à cette nouvelle vie espagnole ?

C’était un nouveau cadre de vie, une nouvelle façon de voir le football. Ça avait rien à voir avec ce que j’avais vécu par le passé. Ils vivent du foot, ils ont un mode de vie différent aussi. Ils font tout plus tard : manger, dormir…

Vous n’avez pas eu de problème de barrière de langue ? Vous parliez espagnol ?

Pas du tout, mais il y avait un français (Gaël Kakuta, ndlr) et deux francophones en équipe première donc souvent on restait ensemble. Au bout d’un mois, j’avais du mal à formuler des phrases mais je comprenais le message qu’on voulait me faire passer. J’étais entouré d’espagnols, j’avais pas d’autre choix que de m’y mettre.

À la fin de cette saison, vous partez à Tolède. Que pouvez-vous nous dire sur ce club peu connu en France ?

Franchement, je pense que dans les deux années qui viennent ils pourront viser la montée en Liga. Moi, l’année où je suis arrivée, c’est une année de transition. Le club appartenait à quelqu’un qui s’occupe du Barça (l’ex vice-présidente Susana Monje via son groupe Essentium, ndlr), mais elle n’était pas investie alors il y avait des retards de paiements un peu bizarres. À partir de janvier, ça a été repris par des investisseurs mexicains, ils ont signé beaucoup de joueurs, et au final on a été en demi-finale des play-offs, à deux doigts de monter en deuxième division. Cette année ils sont premiers, ils jouent Villarreal en Copa del Rey, et je pense qu’ils vont cartonner en play-offs.

Pourtant, à la fin de saison, vous décidez de ne pas rester, alors que vous vous êtes imposé comme titulaire en puissance à partir du mois de janvier…

En fait, eux ils me proposaient une prolongation, d’ailleurs ils m’ont encore rappelé pour savoir si cet hiver ce serait possible, mais je trouvais le projet du Servette plus intéressant que le leur. Ce qui est assez compliqué en 3e division espagnole, c’est que même si t’es regardé, il doit y a au moins 4-5 groupes, d’une vingtaine d’équipes chacun. C’est énorme.

Par exemple, l’année dernière, le Real finit premier de notre groupe mais en play-offs ils ne passent pas le premier tour, sont rétrogradés en phase finale normale et se font éliminer derrière. Pareil avec Villarreal, ils avaient une très grande équipe mais ils se sont fait éliminer quasi immédiatement en play-offs.

Finalement, comment vous atterrissez à Servette pendant l’été ? Votre ancien coéquipier Jérémy Frick (ancien gardien de l’OL et actuellement gardien du SFC) vous en a parlé ?

Même pas ! En fait je suis entré en contact avec Anthony Garnier, mon préparateur physique à Lyon. Il m’a appelé pour savoir ma situation, ce que j’aimerais faire, il m’a expliqué le projet de Servette. Après, bien sûr, je connaissais aussi un peu Liassine Cadamuro (footballeur franco-algérien passé par l’Espagne, mari de Louisa Nécib-Cadamuro, ndlr) et Jérémy Frick. On a un peu discuté entre nous, ils m’ont expliqué comment ça se passait ici et deux semaines après j’étais à Genève pour voir les installations, voir l’équipe, m’entraîner quelques jours avec eux.

Ils vous ont fait part des problèmes financiers des 15 dernières années ?

C’est ça, ils m’ont dit qu’ils avaient mis un nouveau projet en place, qu’avec tous les problèmes d’argent qu’ils avaient eu, aujourd’hui ils voulaient avant tout une situation financière stable et qu’après, le projet devait se mettre en place petit à petit pour, pourquoi pas, viser la Super League. Après ça, je suis pas arrivé comme un étranger, je savais à quoi il fallait que je m’attende et comment ça se passerait.

Et tout collait avec vos attentes ?

Et bien j’ai été surpris du niveau. Je vais pas vous le cacher, je me suis jamais vraiment intéressé au football suisse, à part Bâle, Zurich, les équipes qui jouent régulièrement la Coupe d’Europe.  J’ai été surpris parce que cette année, il y a de belles équipes en Challenge League. 

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Vous réalisez malgré cela un très bon début de saison. Avec 13 titularisations sur 18 journées, on peut dire que vous vous êtes bien imposé.

Oui, je suis content de ma première partie de saison, même si je suis conscient que je peux faire encore beaucoup mieux, surtout au niveau des stats. Surtout, je suis content parce qu’on a un bon groupe, une bonne équipe, on vit bien ensemble. On a eu un début de saison compliqué, parce qu’il faut dire qu’on a beaucoup de nouveaux joueurs, mais petit à petit on est rentrés dedans et on finit l’année au galop. Même si sur certains matchs, on laisse échapper des points bêtement, je pense qu’il n’y a pas beaucoup d’équipes qui peuvent rivaliser avec nous. Individuellement, je trouve qu’on est l’une des meilleures équipes.

Quels objectifs vous vous fixez pour la suite de votre carrière, sur le long terme ?

Moi, pour l’instant, je suis bien ici, je suis content. Si j’ai la chance de découvrir la Super League avec Servette ce serait un bonheur parce que je crois au projet et je suis à fond dedans, comme tout le reste de l’équipe. On verra bien mais je pense pas trop à l’avenir pour l’instant.

D’ici la fin de votre carrière, vous envisagez un retour en France, pour jouer peut-être en Ligue 2, voire en Ligue 1 ?

Oui, c’est vrai, moi je serais content de pouvoir jouer en Ligue 1, mais à part ça moi je suis plus championnat espagnol, championnat anglais, la Bundesliga aussi qui est un championnat très attractif avec plein de buts, des stades remplis, de grandes équipes…

Et pour ça, le championnat suisse est une bonne porte d’entrée. L’axe Suisse-Allemagne est devenu courant en football…

C’est ça ! C’est là où la Suisse est forte, parce que même si on en parle pas beaucoup, c’est très regardé en France, et c’est vrai que les équipes d’Allemagne aiment bien venir chercher des joueurs en Suisse.

Donc si vous deviez comparer les championnats par lesquels vous êtes passés, en terme de niveau, ça donnerait quoi ?

C’est différent. On peut pas comparer tellement les footballs sont différents. Ici, en Challenge League, j’ai trouvé que c’était physique, agressif et que ça jouait pas spécialement au ballon. En Espagne, c’est des gabarits un peu plus petits, c’est technique, tu sais que si t’es mal placé, ou tu rates ton contrôle, ça peut aller vite derrière, ça pardonne pas. Après, pour moi, mon style correspond plus à l’Espagne, parce que ça joue au ballon, et vu que je suis latéral plus offensif que défensif… Là-bas, ils sont moins exigeants défensivement qu’en France ou en Suisse.

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