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Valentin Poinsignon : "Je ne conçois pas de jouer au foot sans prendre de plaisir".

Le Luxembourg est en plein boom sur TLMSF. Après, un "on était à" et le résumé de la reprise, voici l'interview d'un français jouant au Progrès Niederkorn : Valentin Poinsignon.


Bonjour Valentin, peux-tu te présenter à nos lecteurs?
Bonjour, je m’appelle Valentin Poinsignon. Je joue au Progrès Niederkorn depuis trois ans. J’ai eu l’opportunité lorsque j’étais en CFA 2 en France, de rejoindre le Luxembourg grâce à une connaissance, Adrien Ferino. On a joué ensemble à Amnéville et on a été dans la même Fac.

Comment as-tu débuté le foot? Tu es passé par un centre de formation?
J’ai commencé à 4 ans et demi à jouer dans le quartier de Metz. Ensuite, j’ai rejoint le FC Metz en jouant en benjamins avec lesquels j’ai fait deux ans et après encore une année plus haut. Malheureusement, le club ne voulait plus me garder parce que j’étais très petit et aussi, sans doute, pas au niveau. Suite à ça, j’ai fait un an dans un petit club à côté de Metz et ensuite à 14 ans j’ai rejoint Amnéville où je suis resté 5 ans.

C’est dommage de se retrouver dehors juste parce que tu étais trop petit...
Il y a plus en plus de petits clubs qui sont bien structurés. Ils arrivent à récupérer des joueurs qui ont été virés d’un centre de formation pour X raisons et sont revanchards. Ce qui permet d’ailleurs à certains de percer plus tard, surtout que ce n’est pas parce que tu n’es pas gardé que tu es forcément mauvais. Après tu vois, pour ma part ça m’a permis de rejoindre Amnéville et par la suite le Luxembourg. Je suis conscient de mes qualités. Pour l’instant, j’estime que je n’ai pas forcément le niveau pour jouer en national.

Valentin Poinsignon, footballeur à lunettes le jour. Super-héros la nuit, quel homme. source : progres.lu

C’est rare d’entendre ça !
C’est ce que j’ai dit aux dirigeants d’Amnéville lorsque je suis parti. Je ne les ai pas quittés en mauvais terme mais il fallait qu’ils comprennent que pour moi c’était mieux de jouer en première division luxembourgeoise qu’en CFA-2, dans notre région en tout cas. Le niveau n’est pas très élevé. Après, si Amnéville était resté en CFA, peut-être que je serais aussi resté mais la DNCG a rétrogradé le club en CFA-2. En 2013, Le président de l’époque a mis trop d’argent dans les joueurs. Il les payait en contrat fédéral, etc. Il empruntait de l’argent à la mairie. Il leur aurait dit qu’il voulait monter en national pour pouvoir les rembourser et après vivre en national avec les subventions mais ça n’a pas marché. Les sponsors sont partis donc le club a été rétrogradé. En 2015 rebelote, le club est rétrogradé mais en DH sur une demande de la nouvelle direction qui estimait ne plus avoir les joueurs pour jouer en CFA-2 .

Avais-tu d’autres possibilités que le Luxembourg?
J’avais la possibilité de rester à Amnéville. Mais je n’ai pas apprécié ce qu’on m’a fait à un moment. Le coach de l'époque était David Fanzel (ancien joueur pro, qui entraîne les féminine de Metz) et il comptait sur moi. Sauf que le club nous devait un peu d’argent, des primes de matchs pas des montants exorbitants. Donc, ce qui s’est passé, c’est que le club a versé cet argent à certains joueurs de l’équipe et aux jeunes ils ont dit: “Vous n’aurez pas de prime”. Pour moi c’est un manque de respect, ce n’était pas la somme qui était importante mais on nous avait dit qu’on aurait une prime. Par la suite, ils avaient appris que je devais partir, là, la Direction me convoque dans les bureaux pour me demander de ne pas partir et je leur dis que je n’avais encore rien signé . C’est lorsque j’étais en vacances que j’ai appris qu’ils avaient payés la prime aux anciens du clubs plus deux ou trois joueurs mais pas les jeunes. Pourquoi rester dans un club où la direction te la met à l’envers. J’ai donc préféré partir, mais je n’étais pas le seul à avoir quitté le club. Sur le moment les gens nous ont blâmés mais par la suite on a dit que nous avions bien fait. Je pense avoir fait le bon choix à l’époque surtout que maintenant pas mal de joueurs ont pris le même chemin que moi.

Oui. au Luxembourg une petite communauté de joueur français commence à se créer...
Ça commence à arriver gentiment. Il y aussi de plus en plus de belges, des allemands, des joueurs de l’Est. Cela dépend de la politique du club, du réseau. J’ai des connaissances qui me demandent si je peux les placer mais ce n’est plus comme avant. Les clubs se professionnalisent de plus en plus et font appels à des agents. Au Progrès, il y a un Directeur Sportif qui étudie les offres et avec les agents. ça se fait ou ça ne se fait pas.

Tu trouves que le football au Luxembourg s’améliore?
Pour ma part, je vois le Progrès grandir. Les dirigeants du Progrès m'avaient vendu un projet et il se met en place. La Direction fait tout pour mettre les joueurs dans les meilleures conditions possibles. Par exemple, tous les étrangers, nous avons une voiture de fonction, les vêtements sont lavés au stade. Des trucs qui peuvent sembler un peu bateau mais au final ce sont des détails qui touchent les joueurs et qui font que le club évolue. Évidemment, ce n’est pas comparable à Ligue 1 mais ils essaient à l’échelle du Luxembourg d’en faire un grand club.

Peux-tu nous en dire plus sur le projet du club?
Jouer l’Europa League fait partie des ambitions. Au moins pour atteindre les préliminaires, soit en étant dans les trois premiers soit en prenant la 4e place. Cette dernière est souvent qualificative pour la compétition européenne. En général au Luxembourg, le gagnant de la Coupe fait parti des trois premiers qui sont déjà qualifiés pour l’Europe, donc la 4e place est Européenne aussi. On avait joué il y a deux ans contre les irlandais de Shamrock Rovers et on a envie d’y regoûter. Le Progrès ambitionne de faire top 3 dans le championnat, pour cette année c’est un peu compliqué car il y a déjà 10 points d’écart entre nous (4e) et le Fola. L’idéal, ce serait d’avoir un titre pour fêter le centenaire en 2019. Je pense que c’est faisable car on se rapproche au niveau du jeu, des intentions, etc… Je trouve que le championnat devient de plus en plus homogène. Il n’y a plus autant d’écart de points. C’est clair que là, les trois premiers se sont détachés mais pour le reste du classement c’est chaud. Il n’y a plus d’équipe qui prennent de grosses fessées. De temps en temps ça peut arriver mais plus autant. Il n’y a plus de championnat à deux vitesses.

"Poinsignon" + numéro 7 = de quoi mettre le feu aux défenses. source : progres.lu

Le championnat du Luxembourg, tu pourrais le comparer à quoi en France?
C’est difficile de juger. Les trois-quatre premières équipes pourraient lutter en national, le reste je dirais niveau CFA et CFA-2 suivant les régions. Mais c’est vraiment dur de se prononcer avec exactitude. Si tu viens voir un match, tu peux te dire “Ah ouais ça joue là” et 20 minutes plus tard “Purée, c’est de la merde”.

Tu t’attendais à quoi au niveau footballistique?
Je suis parti à 19 ans et je ne me suis pas posé de questions. Je connaissais déjà deux ou trois joueurs : Hakim Menaï qui a joué à Amnéville, Adrien Ferino, Olivier Cassan qui a joué à Metz. Je ne m’attendais à rien de spécial j’étais surtout séduit par le projet du club. Quand on te dit que le but est de jouer le tour préliminaire d’une compétition Européenne ça fait rêver. Entre ça et rester à Amnéville, c’est quand même mieux le Luxembourg. Après, il y a aussi une histoire d’argent mais pas seulement ! Dans notre région, je ne vois pas un club ou un championnat qui pourrait me faire un aussi beau projet sportif. C’est toujours sympa et médiatiquement c’est la première division du pays. Tous les jours, il y a 3-4 pages dans les journaux. Le pays fait le maximum pour se rapprocher d’un vrai championnat pro ! On parle beaucoup du Niederkorn car ils sont assez innovants comme lors du derby où il y avait des caméras qui retransmettaient le match sur Youtube. Il y aussi un coin VIP. Le club est passé, il me semble, en trois ans d’environ 300 personnes au stade à 800 ! Niveau progression, il ne doit pas y avoir beaucoup de clubs comme ça. On joue les premiers rôles depuis quelques années donc on est plutôt sur la pente ascendante. Contrairement à la Jeunesse qui, elle, perd en influence.

Concernant les supporters, comment sont-ils?
Le club le plus populaire au Luxembourg au niveau influence c’est la Jeunesse d’Esch, avec un public assez ancien qui a connu la grande époque dans les années 60-70. Après, au niveau du Luxembourg, c’est pas mal. Surtout que c’est un tout petit pays et il y a des clubs en France au niveau national qui ne font pas 1’000 spectateurs. Je crois que Niederkorn est troisième concernant les spectateurs. Differdange doit être premier et ensuite Jeunesse.

Comment vit-on le derby face à Differdange lorsqu’il y à 1800 spectateurs?
Je n’ai pas participé au dernier derby car je souffrais d’une pubalgie depuis novembre. Je suis revenu dans le groupe ce week-end. On a un petit kop monté il y a deux- deux ans et demi, ce ne sont pas des ultras mais ils sont entre 10 et 15 personnes. C’est sympa, ça met de l’ambiance. Quand tu passes de rien à ça, c’est clair que l’ambiance est plus agréable. Differdange à une dizaine d’Ultra, ça chambre un peu mais c’est toujours sympa. Jamais de débordements. Il y a juste une grosse rivalité historique entre supporters de Grevenmacher et la Jeunesse. Je ne sais pas trop d’où ça vient. Il y avait eu quelques incidents quand même.

Valentin Poinsignon en plein duel. Source : wort.lu

Comment tu vois ton avenir ?
Je suis sous contrat jusqu’en 2020 et comme je l’ai dit aux dirigeants, je ne me vois pas jouer dans un autre club au Luxembourg. Mais on sait que dans le foot tout va vite. Il suffit qu’un entraîneur ne compte plus sur toi ou te mette au placard pour que la donne change. Si t’es un compétiteur, tu ne vas pas rester trois ans sur le banc, tu vas partir pour jouer. Cela fait trois ans que je suis ici, je connais tout le monde, je m’entends bien avec tout le monde. Cela reste un vestiaire de foot hein mais il n’y a jamais de grosses histoires comme ça peut arriver dans certains clubs. Je me sens super bien à Niederkorn.

Comment est la vie de footballeur au Luxembourg?
Je dirais que pour 80% de joueurs, on a un métier à côté. Il y en a qui sont policiers, étudiants. Pour ma part j’ai eu mon concours de professeurs d’EPS cette année, donc je suis prof d’EPS la journée, je vais aux entrainements le soir. Mon métier me permet de pouvoir faire ma passion, c’est exceptionnel pour moi. La grande majorité n'a pas cette chance.

Comment prépares-tu tes match?
Quand j’étais plus jeune, je mettais mon casque et j’écoutais de la musique dans mon coin. Depuis quelques années cela a changé, j’aborde l'avant-match de manière détendue. Ce qui ne m'empêche pas d'être concentré sur le terrain. Je pense que ce n'est pas le fait d'être isolé qui fera la différence entre être bon ou mauvais sur le terrain. C’est évident que nous avons quand même une pression de la part des dirigeants mais malgré ça j’arrive à garder mon calme. Dans tous les cas cela reste incomparable à ce que peuvent connaître certains clubs.

Faut nous expliquer quelque chose. Sur un site internet, Tim Lenhen a déclaré dans une interview que vous faisiez des trucs bizarres. quelles sont ces choses bizarres?
(rires) Je vois l’article dont tu veux parler. Pour moi, ce n'est pas un métier c’est un loisir, je fais du foot depuis tout petit donc si je n’aimais pas ça, j’aurais arrêté depuis longtemps. Je ne conçois pas de jouer au foot sans prendre de plaisir ou avec le sourire. Être comme je suis, ça peut plaire ou pas.

Quand j’ai lu ça, je me suis dit “il doit faire des trucs à la Ribery”...
Non même pas. Je pense qu’il entendait par là que j'ai fait des petites conneries. Je ne suis pas très blague parce que souvent ça peut te retomber dessus. C’est vrai que par le passé il m’est arrivé d'en faire mais j’ai arrêté car ça pouvait vite partir en cacahuète avec les coéquipiers. J’aime bien rigoler, déconner. Ce qui fait que le jour où je tire la gueule sur un terrain, on vient vite me demander si je vais bien. Je suis celui qui a toujours la banane!

Merci à Valentin Poinsignon pour sa disponibilité et ses réponses. Nous lui souhaitons évidemment le meilleur pour la suite de sa carrière!

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