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Queen's Park FC a 150 ans, présentation du club qui a changé le football.


Pendant que des joueurs de 18 ans refusent des contrats juteux dans le club de leur cœur, club de l’élite en plus, d’autres jouent pour rien. Enfin, pas tout à fait. Ils « jouent pour l’amour du jeu ». Bienvenue à Queen’s Park FC, équipe de quatrième division écossaise basée à Glasgow. Bienvenue dans l’histoire du football écossais, et du football tout court.

 

«Tonight at half past eight o’clock a number of gentlemen met at No. 3 Eglinton Terrace for the purpose of forming a football club.» Voilà comment, le 9 juillet 1867, débute l’histoire de Queen’s Park et du football moderne en Écosse.

Cette phrase débute le procès-verbal de la réunion lors de laquelle le Queen’s Park Football Club est créé. Les personnes présentes sont des hommes, souvent des marchands, appartenant à une classe sociale aisée et venus à Glasgow en provenance des Highlands, souvent pour y travailler. Pour occuper leur temps libre, ils décident de former un club de foot. Mais pas n’importe lequel.

En effet, Queen’s Park suit les règles de la Football Association anglaise. Or, comme nous l’explique l’historien du football Andy Mitchell : «Jusque-là, le seul code de football en Écosse était celui avec les règles du rugby, adopté par des clubs à Edimbourg et Glasgow. Durant plusieurs années, Queen’s Park a eu du mal à trouver des adversaires». Le club de Glasgow va donc voir plus au sud et parvient à intégrer la FA Cup lors de sa première édition en 1871-1872. Plus fort encore, Queen’s Park arrive jusqu’en demi-finale sans avoir joué une seule fois grâce à des problèmes de dates, puis à l’abandon d’une équipe et enfin au nombre impair d’engagés. Aux portes de la finale, Queen’s Park fait 0-0 contre Wanderers mais n’a pas les moyens de faire le déplacement pour le replay. Le parcours s’arrête donc là. La révolution induite par Queen’s Park dans le paysage sportif connaît un gros coup de pouce grâce à un match devenu mythique : Ecosse-Angleterre, le 30 novembre 1872.

Au West of Scotland Cricket Ground, à Partick (quartier dans l’ouest de Glasgow), peu après 14h, la première rencontre internationale officielle commence. Sur la pelouse, la sélection écossaise est composée uniquement de joueurs de Queen’s Park : le gardien et capitaine Robert Gardner, les deux arrières William Ker et Joseph Taylor, les half-back James Thomson et James Smith, et les attaquants Robert Smith, James Weir, Robert Leckie, Alex Rhind, William MacKinnon et David Wotherspoon. Une formation en 2-2-6 donc, face au 1-1-8 des Anglais. Le match se termine sur un 0-0 mais non sans avoir été attrayant. Au niveau des coulisses, c’est Robert Gardner, le gardien qui fumait parfois la pipe sur les terrains selon des journaux, qui a choisi les joueurs écossais. Il a aussi pris part à l’aspect administratif. Deux des officiels sont des membres de Queen’s Park : HN Smith, président, et William Keay, habituellement joueur mais arbitre pour l’occasion. Enfin, le maillot de l’Écosse, bleu foncé, est identique à celui de Queen’s Park.

Mais le plus important est la manière dont les deux équipes se sont affrontées dans le style de jeu. D’un côté, les Anglais avec leur kick and run fait de dribbles et de puissance physique. De l’autre, les Ecossais avec une nouveauté : le passing game. Plus petits que leurs adversaires, ils optent pour un jeu caractérisé par la multiplication des passes au sol. Le collectif prime sur l’individualité. Et c’est une réussite puisqu’ils n’étaient pas du tout favoris mais ont réussi à faire match nul. C’est une révélation pour de nombreux joueurs : «Leur style de jeu, se passer la balle plutôt que dribbler, était efficace et a été copié par des clubs en Angleterre et en Écosse.»

1874, beaucoup de prestance et une première Scottish Cup. (Domaine public)

1873 est une autre année charnière. Queen’s Park atteint directement la demi-finale de la FA Cup 72-73 mais ne la joue pas. Le 8 mars, l’Angleterre reçoit l’Ecosse, qui compte six joueurs de Queen’s Park (Gardner, Ker, MacKinnon, Taylor, Thomson et Wotherspoon) ainsi que Robert Smith, parti à Londres entre les deux matches amicaux. Les Anglais gagnent 4-2. Les deux premiers buteurs de l’histoire de la sélection écossaise, Henry Renny-Tailyour et William Gibb ne jouent pas pour Queen’s Park. Le 13 mars, la Scottish Football Association voit le jour. Sept clubs en sont les fondateurs : Queen’s Park, Clydesdale, Vale of Leven, Dumbreck, Third Lanark, Eastern, Granville. Kilmarnock rejoint le groupe peu après. La décision est prise de créer la Scottish Cup. Cette compétition désormais mythique débute le 18 octobre 1873 mais Queen’s Park ne joue son match du premier tour que le 25 octobre, face à Dumbreck. Un jour marqué d’une pierre blanche. En effet, c’est la première rencontre à avoir lieu à Hampden Park et c’est la première fois que Queen’s Park porte un maillot rayé blanc et noir. Dès lors, le surnom de «Spiders», pour les couleurs mais aussi sans doute en référence à leur jeu qui s’apparente à une toile d’araignée autour de l’adversaire, est utilisé.

Le 21 mars 1874, Queen’s Park remporte la première Coupe D’Écosse. La finale a lieu à Hampden Park et voit les Spiders affronter Clydesdale, où l’on retrouve Gardner et Wotherspoon. Queen’s Park gagne 2-0 et termine donc le tournoi sans avoir encaissé un seul but. En 74-75 et 75-76, c’est encore Queen’s Park qui règne. En tout, ce sont dix Scottish Cups qui sont glanées, la dernière en 1893, un record qui est seulement dépassé en 1925 par le Celtic, puis par les Rangers en 1948. Queen’s Park est au sommet du foot écossais mais ne se contente pas simplement de jouer selon Andy Mitchell : «Ils étaient bien organisés et ont amené leur version du football en Écosse comme missionnaires pour encourager à la diffusion du football. Par conséquent, ils ont eu un rôle décisif dans les débuts du foot écossais et, même si les règles de «l’association football» seraient probablement arrivées à un moment donné, Queen’s Park a permis que ce sport décolle dans les années 1870.»

Queen’s Park innove encore et toujours : Andrew Watson est le premier joueur noir a participer à un match. Peu importe pour le club d’après Andy Mitchell : «Quand Andrew Watson a rejoint Queen’s Park en 1880, c’était pour ses compétences comme arrière. Il n’y a pratiquement aucune mention de sa couleur dans les comptes-rendus de l’époque, puisque le plus important était qu’il soit un «gentleman». Son père étant un riche cultivateur de sucre et Watson lui-même ayant étudié à l’université, il fait bien partie de la classe aisée. Watson est aussi le premier joueur noir à jouer au niveau international, en 1881.

C’est un autre homme qui marque les esprits à la même période. Il s’agit de Charles Campbell. En 1870, à 16 ans, il arrive au club. Il n’en repart qu’en 1886 après avoir remporté huit Coupes D’Écosse, fait partie du comité de direction et été président. Mieux encore, il a aussi présidé la fédération écossaise et a même arbitré la finale de la Coupe en 1889. Un homme important pour Queen’s Park mais pas que, on le voit.

Outre le Scottish Cup, il y a aussi des tournées comme celle en Irlande en 1879, tournée qui amène à la création de Cliftonville FC un peu plus tard. Queen’s Park participe également à la FA Cup et prend même part à deux finales, en 1884 et 1885. Si la défaite est à chaque fois au rendez-vous, Queen’s Park prouve toutefois sa force dans le football britannique. Enfin, dans les aspects techniques, Queen’s Park joue un grand rôle dans la conception et la diffusion de la barre transversale, de la mi-temps et des coup-francs.

En 1890, le football écossais connaît un tournant. La Scottish Football League est créée. Onze clubs participent au premier championnat : Abercorn, Cambuslang, Celtic, Cowlairs, Dumbarton, Heart of Midlothian, Rangers, Renton, St Mirren, Third Lanark et Vale of Leven. Queen’s Park refuse, arguant que cette ligue est trop «professionnelle» et qu’elle risque de profiter uniquement aux plus gros clubs et d’amener les plus petits à la disparition. Cette appréhension est vérifiée dans les faits puisque Cowlairs disparaît en 1896 et Cambusland en 1897 tandis que Renton quitte la SFL en 97, notamment. Une autre raison explique ce refus : «Queen's Park était un club pour des hommes d’un rang social élevé, rappelle Andy Mitchell. Ils étaient fiers de cette différence et, quand le professionnalisme a finalement été autorisé dans le football écossais, ils ont pris la décision délibérée de rester amateurs.»

Queen's Park FC lors d'une tournée à Copenhague en 1898. (Domaine public)

Cependant, Queen’s Park est mis à l’écart par les autres clubs et a du mal à jouer en-dehors des coupes. En 1900, les Spiders acceptent de rejoindre la SFL, professionnelle depuis 1893. Pour leur première saison, ils finissent septième (ex-aequo) sur onze. Ils finissent à chaque fois dans la seconde partie de tableau, et même dernier en 1905-1906 et plusieurs fois dans les années 1910, malgré la présence de joueurs comme le petit et talentueux ailier Alan Morton (neuf fois champion avec les Rangers entre 1921 et 1931). S’ils terminent septièmes sur dix-huit à la fin de la saison 1917-1918, l’embellie est de courte durée. Pire, ils sont relégués en seconde division en 1922. Certes, ils remontent l’année suivante en gagnant le championnat, grâce notamment à leur fantastique buteur James «J.B.» McAlpine (192 buts, plus gros total pour un joueur des Spiders), mais pour redevenir une équipe de bas de tableau de D1. Alors, Queen’s Park décide de se tourner vers la formation de jeunes joueurs, les meilleurs adultes ne souhaitant plus jouer pour eux puisqu’ils peuvent être payés ailleurs. Le club permet donc à de nombreux jeunes de débuter dans l’élite et de prendre de l’expérience. Toutefois, cette politique ne permet pas d’avoir du succès. Queen’s Park n’est définitivement plus le meilleur club de Glasgow au niveau sportif, le Celtic et les Rangers étant loin devant. Mais, en tant que seuls amateurs, c’est déjà un exploit de se maintenir en Division One. A noter qu’ils ont une dérogation depuis 1910, et toujours en cours aujourd’hui : les joueurs de Queen’s Park ne peuvent pas quitter le club, sans accord de ce dernier, avant le 30 avril de chaque année. Une protection qui ne sert pas beaucoup : les Spiders sont relégués en 1939. Entre-temps, Queen’s Park avait tout de même envoyé quatre de ses joueurs aux Jeux Olympiques de 1936 avec la Grande-Bretagne : James Crawford (attaquant), John Dodds (attaquant, auteur d’un but), John Gardiner (half back) et Joseph Kyle (milieu offensif).

La Seconde Guerre mondiale interrompt les championnats officiels, ce qui annule cette relégation. La mobilisation de nombreux hommes laisse de la place aux plus jeunes. Ainsi, en 1945, Ronnie Simpson fait ses débuts dans les cages, à 14 ans et 304 jours. Une précocité exceptionnelle qui laisse présager un énorme talent. Et, effectivement, après avoir poussé dehors Bobby Brown (dernier joueur amateur à avoir joué pour l’Écosse), Simpson connait une immense carrière en club, à Newcastle, Hibernian et au Celtic (membre des Lisbon Lions en 1967). Simpson n’est qu’un des multiples exemples de grands joueurs ayant été formés par Queen’s Park.

En terminant derniers en 1947-1948, ils entament une longue période en deuxième division. En 1956, ils remportent la Division Two et sont donc promus. Toutefois, deux ans plus tard, ils retournent en D2. Dans leurs rangs, il y a un certain Alex Ferguson qui, en 1958, n’a que 16 ans. Il reste jusqu’en 1960. On peut aussi citer Bobby Clark, grand gardien d’Aberdeen dans les années 1960 et 1970, et dans l’équipe A de Queen’s Park entre 1962 et 1965. En 1974, Davie McParland devient l’entraîneur. Il est le premier coach des Spiders à choisir les titulaires, le comité de direction s’en chargeant jusqu’ici. En 1975, la Premier Division est créée. A l’issue de cette réorganisation, Queen’s Park reste dans la Second Division, devenue le troisième niveau du football écossais. Enfin, en 1981, le seul club amateur des trois divisions pros remporte la D3 et monte donc en D2 (First Division). Mais le succès des petits clubs amènent les plus gros à se pencher sur l’effectif : Alan Irvine (ailier) rejoint Everton et Gerry McCoy (attaquant) Hearts la même année tandis que John McGregor (défenseur central) part à Liverpool en 1982, et que Tommy Wilson (arrière-droit) signe avec St Mirren. Ces pertes ne peuvent être compensées : Queen’s Park retrouve le dernier échelon en 1983. Jusqu’en 1994, le club oscille entre la troisième et la onzième place (sur quatorze équipes). Un classement plutôt bon au vu des capacités des Spiders.

Problème : une nouvelle restructuration est faite et une quatrième division, appelée Third Division, est créée. Les hommes en blanc et noir y sont placés. En 1998, sous l’impulsion de leur premier manager à plein temps, John McCormack, ils décident peu après d’opérer des changements dans leur manière de recruter : désormais, d’anciens professionnels peuvent jouer pour Queen’s Park mais en n’étant pas payés et les joueurs en prêt peuvent être des pros, leur club d’origine prenant en charge leur salaire. Une manière de ne pas toucher aux fondements du club tout en restant compétitifs.

Hampden Park en 1974. Le stade appartient à Queen's Park. (Scottish Football Association)

Et c’est efficace : les prêts de Paul Walker (dont les deux buts rapportent six points) et Kevin Finlayson en 1999-2000 aident Queen’s Park à décrocher le titre de champion et à monter en D3. Sauf que ce beau succès aurait pu ne jamais avoir lieu. En effet, en janvier 2000, les Spiders sont au bord du gouffre à cause des dépenses pour rénover Hampden Park. Placés en redressement judiciaire, ils sont sauvés de justesse mais doivent laisser la gestion du stade à la fédération écossaise, qui n’a pas donné un centime pour retaper le stade national. Le contrat est toujours en cours et doit être renouvelé en 2020.

Queen’s Park ne reste qu’un an en Second Division, relégué à cause d’une moins bonne différence de buts. Pire, la saison suivante, Queen’s Park termine à la dernière place de la dernière division pro. A partir d’août 2004 et l’arrivée au poste d’entraîneur de Billy Stark, l’équipe revit. Non seulement, elle truste le haut du tableau, mais, surtout, elle renoue avec le style de jeu qui a fait les beaux jours du club.

L’apogée arrive en 2006-2007. Cette saison-là, Queen’s Park termine troisième et, via les play-offs, gagne son ticket pour la D3. Avec un intenable David Weatherston devant (troisième meilleur buteur du championnat) et une défense très solide avec Mick Dunlop et Damiano Agostini, ainsi que les milieux Mark Ferry, Paul Paton, Paul Cairney ou encore Stuart Kettlewell (quelques noms bien connu des suiveurs du foot écossais), Stark parvient à régaler les fans et ses joueurs tout en obtenant des résultats (comme ce superbe succès sur Aberdeen en League Cup). Keith McAllister, supporter depuis 1964, se souvient : «[Stark] avait signé des joueurs fantastiques et ces joueurs étaient capable de jouer le «passing game». C’était un groupe très, très spécial et ils jouaient le plus beau football que j’ai vu en 53 années comme supporter. Ce n’était pas le hasard et nous avons été très chanceux de voir cela toutes les semaines. C’était réellement merveilleux à regarder et des fans d’autres équipes parlent encore de combien Queen’s Park jouait bien…».

La lune de miel ne dure que le temps d’une saison mais elle est chérie par les supporters et les hommes ayant pris part à cette aventure. Évidemment, comme à chaque fois, de nombreux joueurs quittent le club pour aller voir plus haut et Queen’s Park retrouve les tréfonds du football écossais en 2009.

Pas de souci : le cycle de formation continue et de nouveaux jeunes sortent comme Barry Douglas (parti ensuite à Dundee United époque Ryan Gauld et dorénavant à Wolverhampton), Paul McGinn (à Chesterfield en D4 anglaise) ou, plus récemment, Andrew Robertson (international écossais et actuellement à Hull City) et Blair Spittal (Partick Thistle en D1 écossaise). Queen’s Park atteint plusieurs fois les play-offs pour la montée en D3, montée obtenue en mai 2016.

L’homme de ce début de XXIe siècle à Queen’s Park n’est pas Billy Stark, malgré les prodiges qu’il a fait. Non, le héros s’appelle Tony Quinn, plombier-chauffagiste dans le civil. Entre 2001 et 2016, Quinn n’a appartenu qu’à un seul club : Queen’s Park. Comme défenseur, son poste d’origine, comme milieu, comme attaquant, peu importe. Ses deux jambes cassées, sa polyvalence, sa combativité et sa fidélité (391 matches) en font une légende, une vraie. Malheureusement, une blessure à la hanche a mis fin à sa carrière. Le communiqué du club est tombé le 5 octobre 2016. Quinn a tout fait pour revenir, pour jouer encore pour son équipe. Un attachement rare de nos jours. L’histoire de Tony Quinn avec Queen’s Park n’est pas terminée puisqu’il a intégré le staff.

Tony Quinn lobe le gardien des Rangers en août 2014.
(Willie Vass)

De même, parmi les grands hommes de Queen’s Park, il faut citer, en plus de tous ceux déjà nommés, RS McColl, joueur entre 1894-1902 et 1907-1910 ainsi qu’international écossais, même lorsque Queen’s Park ne faisait pas partie de la Scottish Football League. En 1907, il est revenu alors qu’il avait joué comme pro à Newcastle et aux Rangers. C’est l’un des deux seuls à avoir pu passer de pro à amateur avant l’autorisation officielle en 1998. Également, Ross Caven, défenseur né en 1965 qui a joué sous le maillot des Spiders entre 1982 et 2002. Il est le joueur avec le plus grand nombre de matches (594). Il a ensuite été le président. Eddie Hunter a lui passé 32 ans chez les Spiders : joueur (1962-1974), entraineur des jeunes (74-78) et entraineur de l’équipe première (78-94). Il y a aussi Richard Sinclair, joueur de 1999 à 2010 puis membre du comité de direction, et Malky Mackay Sr., attaquant aux 432 apparitions et qui a également été président et, actuellement, est membre du comité. Enfin, l’Égyptien Mustafa Mansour a lui aussi marqué les esprits. Gardien international qui a joué la Coupe du Monde 1934 et les JO de 1936, il a signé avec Queen’s Park la même année et est célèbre pour avoir grandement participé à la victoire des siens lors de la Glasgow Cup 1938 malgré une grosse blessure. Il a refusé une énorme offre du Celtic parce qu’il souhaitait jouer au football sans gagner d’argent. Il a été ministre en Égypte plus tard.

Aujourd’hui, Queen’s Park est en troisième division et est managé par Gus McPherson (payé mais employé à mi-temps). Certes, Hampden Park n’est plus aussi rempli quand dans les premières décennies (644 spectateurs en moyenne en championnat en 2016-2017). Mais la magie existe toujours, comme nous le confie le journaliste Stuart Monteith, qui a visité les 42 stades de la SPFL cette saison : « Je pense qu’il y a quelque chose d’assez surréaliste à regarder Queen’s Park à Hampden avec une petite centaine de personnes qui occupent une portion réduite des sièges. » Le journaliste français Romain Molina a aussi assisté à des matches des Spiders : «Le premier match de Queen's Park que j'ai vu live, c'était à East Stirlingshire. Hors, le Shire n'a plus de stade à lui, ils sont obligés de jouer à Stenhousemuir en attendant peut-être de finir à Grangemouth, bourgade industrielle à l'odeur épouvantable juste à côté de Falkirk. Et il y a un côté "comique" puisque le dernier match de cette même saison, Queen's Park l'a joué à... Stenhousemuir, en finale des barrages de montée. Il y avait environ 500 fans des Spiders, qui ont chanté presque tout le match ; j'étais derrière eux, en anorak, derrière un but. C'était mi-mai et le temps était automnal, voire hivernal. Ça n'a pas empêché les Spiders d'amener des ballons de plage pour jouer avec et de chanter un joli" Allez les Hoops". J'ai fait des déplacements à Arbroath, Montrose, ce qui est assez loin de Glasgow, mais tu avais toujours des fans avec leurs bannières, une qui revient souvent en rapport à un partenariat avec un club allemand par exemple (le SG Wattenscheid 09, NDLR). »

D’ailleurs, les fans de Queen’s Park sont différents d’après Romain Molina : « Ils louaient un bus et tu revoyais un peu les mêmes têtes. Supporter QPFC, c'est un peu différent. Ce n'est pas un rendez-vous de hipster, comme ce qu'est devenu légèrement Dulwich Hamlet à Londres, mais il y a une vraie conscience du supporter et de ce que représente un club comme QPFC dans le monde du foot. Beaucoup de fans ont fait de longues études, certains ont un groupe de musique à côté, etc. Il y a un côté assez bohème artistique, sans se prendre au sérieux. »

Sur le terrain, le club parvient encore à attirer, notamment des jeunes rejetés par de plus gros clubs. Pour Keith McAllister, l’explication est simple : «Il y a quelque chose de très spécial avec ce club de football. Il est dirigé par des membres du club, pas par un homme riche. Bien sûr, notre statut d’amateurs signifie qu’il est très difficile de garder les bons joueurs, donc il est important que nous ayons une bonne formation. Il est également important que nous puissions offrir aux joueurs de telles installations. Beaucoup de joueurs à notre niveau ne sont pas bien payés, presque tous sont à mi-temps. Si nous pouvons leur offrir quelque chose de bien et leur donner accès à de bonnes installations, nous pouvons alors signer des gars qui apprécient davantage les équipements que l’argent… Et jouer à Hampden Park à chaque match à domicile est une grosse motivation.»

Stuart Monteith renchérit : «Je doute qu’il y ait une équipe amateur dans le monde avec de meilleures installations. Le terrain est toujours en bon état comparé aux autres clubs du même niveau et cela donne aux jeunes joueurs l’opportunité de faire le «passing game.»

Queen's Park joue à domicile avec son premier maillot pour commémorer son 150ème anniversaire. (Ian Cairns)

Un débat agite le monde du football écossais néanmoins. Certains s’offusquent du fait que Queen’s Park joue à Hampden une semaine sur deux, ce qui aurait une incidence sur l’état de la pelouse lors de certains matches internationaux. Pour Keith McAllister, «Hampden appartient à Queen’s Park. Ils le louent à la fédération mais, en contrepartie, Queen’s Park joue là. Il n’y a aucune raison qui ferait que Queen’s Park ne pourrait pas jouer là. Il y a parfois un problème avec la pelouse mais cela pourrait être arrangé s’il y avait des investissements de fait. Ce n’est pas la responsabilité de Queen’s Park. Cela incombe à la Scottish Football Association.» Andy Mitchell est d’accord : «Ce n’est pas vraiment un débat puisque le stade a été créé par Queen’s Park et qu’ils ont le droit légalement de jouer là, même s’ils ne possèdent plus le stade. C’est une excellente tradition.»

Laissons Hampden Park à Queen’s Park. Car sans Queen’s Park, pas de Hampden Park ni de passing game. Ou en tout cas, pas aussi tôt. Queen’s Park a eu une influence considérable sur la manière de jouer au football, en Écosse et dans le monde. Le tiki-taka de Barcelone trouve ses racines dans le passing game de Queen’s Park par exemple.

Queen’s Park est bien «un club très spécial, comme nous l’affirme Keith McAllister. Spécial pour tant de raisons. C’est le club le plus vieux d’Écosse et avec la plus grande influence dans le monde par la façon dont il a promu le football. Le Barça a gagné plus de trophées mais Queen’s Park a aidé à l’établissement de ce sport et a fait beaucoup pour les règles et la manière de jouer au foot.»

150 ans, c’est beau pour une équipe de football. Surtout pour quelques amateurs face à l’argent des autres. Mais à Queen’s Park plus qu’ailleurs, c’est l’histoire, ce sont les traditions qui priment. Et le fait de jouer pour l’amour du jeu.

 


 

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à aller sur http://www.qpfc.com/index.htm, site avec de nombreuses informations sur l’histoire de Queen’s Park, et à lire cet excellent article de Craig Telfer sur la saison 2006-2007 des Spiders, paru dans le magazine Nutmeg et disponible ici :  http://www.tellhimhespele.com/once-in-a-lifetime/. Et un merci tout particulier à Andy Mitchell, dont le site est une mine d’or sur les premiers temps du football écossais : http://www.scottishsporthistory.com/.

 

Article écrit par Elise, à retrouver sur @scottishFR et @elise_caley

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