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TLMSF interviewe Cédric Hengbart

Par Nicolas Basse

 

Révélé à Caen dans les années 2000 et taulier de la folle équipe d’Auxerre qualifiée en Ligue des Champions, Cédric Hengbart a tenté l’aventure indienne avant un passage express à Malte… En attendant un retour en France ? Retour sur sa carrière.

 

Vous commencez votre carrière pro au début des années 2000 à Caen. Un bon souvenir ?

 

C’était un peu un rêve, parce que dans ma tête, je ne comptais pas être pro. J’avais fait un trait là-dessus depuis bien longtemps et, pour moi, beaucoup de joueurs étaient plus forts que moi. J’étais déjà super content d’arriver jusqu’en CFA avec Mondeville, dans la région caennaise, et je ne me doutais pas qu’à un moment donné je pouvais passer professionnel. Ce qui est arrivé en 2001 !

 

Comment cela s’est-il passé ?

 

En fait, c’est Sébastien Bannier, aujourd’hui au centre de formation des Girondins de Bordeaux, qui m’avait contacté pour au moins être avec l’équipe réserve et pourquoi pas participer à des entraînements avec les pros. Et puis en fait il manquait du monde lors du stage de préparation et ils m’ont appelé en urgence pour compléter l’effectif. C’est comme ça que j’ai intégré les pros, et un mois et demi après je jouais mon premier match en Ligue 2.

 

À cette époque, vous formez la doublette mythique de latéraux avec Nicolas Seube. Gardez-vous des contacts avec certains joueurs de Caen ?

 

(Rires) Oui, à chaque fois que je vais à Caen, j’essaie de voir tout le monde, même si on ne s’appelle pas tous les jours. On est amis, c’est un vrai plaisir de voir Nico et les gens du club, bien que beaucoup aient bougé, mais avec tout ce groupe on s’entend vraiment bien et on a l’impression qu’hier encore on jouait ensemble !

 

À Caen, vous connaissez plusieurs montées et descentes. Pas trop dur ?

 

Quand je suis arrivé, cela faisait un certain temps que le club évoluait en Ligue 2 et avait la montée comme objectif. On a réussi en 2004 avec quasiment que des joueurs qui n’avaient jamais connu la première division de leur vie. Ce n’est jamais facile de se maintenir la première année, et tout s’est joué lors de la dernière journée… Si on gagnait, on restait en L1. Mais on a perdu à Istres. Aussitôt après, Franck Dumas a repris l’équipe avec un projet cohérent pour une remontée rapide. La première année, on finit à égalité de points avec Lorient, mais ils montent grâce à la différence de but ! Et avec quelques renforts, on monte l’année d’après. Mais la descente fait souvent partie du parcours d’une équipe qui monte, car ce n’est jamais facile. C’est comme ça que l’on apprend aussi !

 

A la fin des années 2000, vous partez à Auxerre. Pour quelles raisons ?

 

Ca faisait 8 ans que j'étais à Caen et moi ce que je voulais, c'était remonter le club en Ligue 1. Je considérais qu'avec le groupe qu'on avait, c'était pas possible de rester en L2. Après être re-montés, on se maintient en finissant 12e dans mon souvenir. J'avais fait mon boulot à Caen, mon club de coeur, que je laissais en L1. Je préférais ça plutôt que de, peut-être, connaître des saisons galères par la suite.

J'étais en bout de cycle et j'en avais parlé avec Franck Dumas à l'époque. Il était d'accord et il comprenait. J'avais tout fait pour Caen et envie de voir autre chose pour m’offrir un nouveau défi !

 

A Auxerre, en 2010, vous marquez un doublé en fin de saison qui envoie le club en LDC. La folie ?

 

Oui ! C'était un peu inattendu ! C’est d’ailleurs mon seul doublé en professionnel. Comme quoi tout peut arriver...On savait que Lille jouait à Lorient, et que si nous gagnions et pas eux, on passait troisièmes et on allait en barrages de LDC. Je marque en première mi-temps sur un coup de pied arrêté. Pendant ce temps, on ne connaissait pas le résultat de l'autre match, mais on savait qu'il fallait tout donner. A la fin, je mets le 2e but, du 2-1, et on apprend que Lille fait match nul. C'était la folie.

 

Ça a dû être dingue à Auxerre

 

Oui et non, car ils avaient déjà pas mal connu de coupes européennes et de succès en France, mais c'est vrai que les gens attendaient ce moment avec impatience, après une longue période de critiques. Ca a été un bonheur, parce que ça rappelait de bons souvenirs ! Ca n'a pas effacé la génération d'avant, bien au contraire, mais ça a montré à tous que l'AJA, même dans le monde du football business, était toujours présent !

 

Quercia, Birsa, Ntep, Le Tallec, Pedretti, Chafni, Sanogo... Vous aviez une grosse équipe !

 

Oui c'est un bon effectif. En même temps, avec la Ligue des Champions, ça faisait beaucoup d'échéances ! Après, si on regarde au niveau internationaux, on n'en avait pas beaucoup. Birsa avec la Slovénie, quelques polonais et Pedretti, mais pour le reste on découvrait le haut niveau. Je dirais qu'on avait un bon effectif de L1 car on a su se mettre en valeur et jouer avec nos qualités, ce qui nous a permis de faire une saison honorable. 9èmes de L1 et le parcours européen. On ne s'en rend pas forcément compte, mais la LDC use beaucoup d'énergie, et surtout mentale ! Donc ça a été une bonne saison.

Avec le brassard - image : actu-aja.fr

 

En barrages, vous marquez contre le Zénith St Petersbourg qui acte votre qualification. Quel buteur !

 

Déjà, l'année précédente, je marque 5 buts, ce qui n'est pas mal pour un défenseur, avec 4 passes décisives. Grosse saison ! Et je ré-attaque avec ce but contre le Zénith qui consolide la qualification... C'est de la réussite. Parfois, on est là au bon moment et au bon endroit ! Il faut en profiter quand ça arrive.

 

Au tirage de LDC, vous héritez du Real Madrid, de l'AC Milan et de l'Ajax d'Amsterdam. Comment avez-vous réagi ?

 

On était tous contents. On sait que les petites équipes, c'est dur, et on n'avait jamais joué des gros matchs de LDC dans notre vie. On s'est dit "pourquoi pas ! Quitte à jouer une LDC, autant affronter les plus grosses équipes plutôt que de tirer un groupe sans intérêt et de sortir dans l'anonymat". On voulait se confronter aux gros. Et on n'a pas été ridicules, parce que jusqu'à l'avant dernier match, on avait la qualification encore envisageable ! On devait gagner un match à domicile contre Milan. On a malheureusement perdu.

 

Vous faites 1 victoire et 5 défaites, mais que des matchs serrés. C'est honorable

 

C'était de super souvenirs. De grands matchs. On n'a pas à rougir de nos défaites. L'efficacité a fait la différence sur tous les matchs. Il n'y a pas eu de matchs où on s'est sentis vraiment en-dessous, à part le dernier à Madrid, mais on était déjà éliminés. Et encore, le 4-0 était sévère, on aurait mérité un 6-4. Avec un peu de réussite, on aurait peut-être pu faire un meilleur parcours, mais aucun regret. Je reste impressionné par le stade et l'ambiance de l'Ajax et San Siro.

 

Après une année à Ajaccio, vous partez en Indian Super League au Kerala Blasters. Pourquoi l'Inde ?

 

En fait, j'ai toujours voulu partir à l'étranger mais je n'ai jamais eu réellement de contacts. Après la saison en LDC, je voulais partir. Cela ne s'est pas fait, donc j'ai eu 2/3 années un peu galères, notamment avec la descente de l'AJA et la signature à Ajaccio. J'ai eu des problèmes avec le coach Ravanelli, on descend... Il me restait un an de contrat et le club voulait un peu alléger la masse salariale et j'ai donc eu cette possibilité. Tenter quelque chose dans un championnat qui se créait. Découvrir une nouvelle aventure, de nouvelles personnes... Et c'était l'occasion d'être parmi les premiers à faire cette première saison d'ISL. Je suis super content d'avoir fait ce choix.

 

Comment s'est passée l'arrivée en Inde ?

 

Dépaysement total par rapport à la vie en France. Mais on était à l'hôtel 24h/24. C'était compliqué car il s'agissait d'un championnat en pleine création, tout juste montée, personne ne savait dans quelle direction irait cette League. Au niveau de l'organisation, c'était une catastrophe au début, on était par deux dans de toutes petites chambres d'hôtel.. Au niveau de la nourriture, on demandait des plats pas trop épicés et sans sauce qui ne sont jamais arrivés (rires). Ça a été dur à mettre en place, mais ils ont vite appris. Aujourd'hui, ça va être la quatrième année et ça s'est bien développé. Ils ont compris ce qu'était le monde professionnel.

Hengbart en Inde - image : lequipe.fr

 

Au niveau des infrastructures, c'était comment ?

 

Déjà, il y avait pas mal de synthétiques. Sinon, ce sont des terrains à droite à gauche, avec de l'herbe plutôt que de la vraie pelouse. Parfois, c'était limite des champs. C'est tellement grand comme pays et ce n'est pas comme nous où, dans chaque village, tu as un terrain. Eux, c'est des fois tous les 100 ou 200km donc c'est compliqué. Et puis dans les grandes villes comme Mumbay et New Dehli, il n'y a quasiment pas de place pour mettre de terrain en herbes. Petit à petit, des clubs font construire leurs terrains d'entraînements. La progression est là, doucement mais sûrement.

 

Et les stades ?

 

Les stades sont bien. Ce sont des stades de cricket ! Parfois un peu anciens mais ils sont beaux et peuvent pour certains contenir 50 000 ou 60 000 personnes. La pelouse était dure au début, parce que le cricket utilise un pelouse beaucoup plus rigide. Mais à partir de la deuxième année, il y a eu un règlement entre les clubs qui stipulait que la pelouse devait être tondue à telle hauteur et ne pas être trop dure.

 

Après les Kerala Blasters, passage à Mondeville, votre club formateur et retour en Inde, au North East FC. Vous vouliez retourner en Inde ?

 

Ha oui ! En plus c'était court, quatre mois. Long sans la famille, mais une belle expérience. C'est un peu comme si on partait pour une mini Coupe du Monde entre nous. Pendant quatre mois, on vit 24/24 ensemble. Ca me plaisait. j'ai vécu de superbes expériences et les indiens sont adorables. Là je voulais encore y retourner, mais ça ne s'est pas fait. Si je fais le bilan de mes saisons en Inde, il est très bon et tout le monde a une bonne image de moi. J'ai je ne sais pas combien de millions de fans en Inde... Dans les grandes villes je suis parfois reconnu ! Désormais, le championnat dure sept mois, ce qui est plus compliqué pour vivre sans la famille ou l'emmener.

 

Pensez-vous que l'Indian Super League a permis de développer le foot en Inde ?

 

Ha oui carrément ! Déjà, entre la première et la troisième année où j'y suis allé, au niveau de la qualité des footballeurs, ce n'était plus du tout la même chose. Ils ont mis en place des académies dans les clubs, avec des coachs référencés, diplômés et de toutes nationalités, que ce soit anglais, espagnols...  Et aussi les indiens ont croisé la route de joueurs extraordinaires comme Del Piero, Robert Pirès, Trezeguet, Anelka... Materazzi et Roberto Carlos en tant que coach... Ils ont vu comment s'entraînaient les grands joueurs et les méthodes de travail. Ils s'en inspirent fortement. Au début, ils pensaient que l'entraînement c'était un peu de la rigolade. Mais ils ont compris que les joueurs étrangers étaient à 100% à l'entraînement et ils ont vite évolué et progressé.

 

Et au niveau de la ferveur ? Il y a un amour du foot ?

 

Oui, il y en a ! Déjà, il y a des régions avec un fort amour du foot depuis longtemps, mais les grandes villes sont souvent plus orientées cricket. Comme il n'y a pas énormément de terrains, la pratique est parfois limitée, mais les gens aiment le foot. Avec les Coupes du Monde l'engouement monte toujours, et aussi avec l'organisation de la Coupe du Monde U17 cette année. Je suis sûr que d'ici quelques années, le football va arriver au niveau du cricket, qui reste un sport très ancré. Mais la ferveur, je l'ai vue, avec des matchs à plus de 70 000 spectateurs. Il y a même un derby local, hors Indian Super League, qui a réuni plus de 100 000 personnes !

 

Vous avez fait un tour à Malte au Mosta FC récemment. Pourquoi ?

 

J'avais terminé mon contrat en Inde et j'étais bien physiquement. J'avais envie de jouer et de ne pas couper. Malte n'était pas une proposition super intéressante, mais c'était la découverte d'un pays, quatre mois, à deux heures de la France si ça se passait mal... Ca a été compliqué. A Malte, c'est vraiment le monde amateur. On est sur du niveau DH français pour les infrastructures et professionnalisme. Beaucoup sont amateurs. Des fois, certains ne venaient pas à l'entraînement car leur travail se prolongeait... En plus je me suis blessé au troisième match, ce qui m'a éloigné du terrain pendant 2 mois et demi. Je suis rentré en France et je suis revenu à la fin du championnat parce qu'il fallait sauver le club de la relégation. On a réussi à le faire et j'ai joué les 5 derniers matchs.

 

La France ne vous manque pas ?

 

J'ai fait un peu le tour à l'étranger là. Après, pourquoi pas s'il y a des offres intéressantes, mais j'aimerais bien retrouver un club de National ou de Ligue 2 avec un bon challenge. J'ai 37 ans et je sais que beaucoup de clubs considèrent que 37 ans, c'est trop vieux, ce que je ne pense pas. Mais je respecte les idées des gens. Je n'ai pas eu d'offres cet été, mais au mois de janvier tout peut bouger !

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