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Malaury Martin : "Mon premier derby d'Edimbourg c’était exceptionnel"

Arrivé en Ecosse il y a un an de cela, Malaury Martin nous a fait l'amitié de nous recevoir à Édimbourg. L'occasion de revenir sur la carrière de l'ancien monégasque de 29 ans qui l'a vu aller en Angleterre et en Norvège. Avant de faire longuement le point sur sa situation actuelle avec son club de Hearts.


En 2010 tu fais un essai en MLS à Chicago et aussi à Blackpool, tout juste promu en Premier League. Qu’est-ce qui fait que t’as préféré Blackpool à Chicago ?

En vrai ce n'était pas un essai. Je connaissais bien quelqu’un qui avait des entreprises à Chicago et donc il connaissait le directeur sportif des Chicago Fire. Il m’avait dit que si je voulais me maintenir en forme, je pouvais. Je me suis entraîné avec le club et il y a eu un intérêt de Chicago qui est venu. Mais c’était vraiment des vacances où j’ai pu mêler plaisir et travail. Au bout de deux jours, le DS s’est renseigné auprès de Monaco pour un prêt, mais ce n’était pas dans mon ambition de signer là-bas. Et puis je savais déjà que Blackpool me voulait. Du coup Chicago c’était pour que je reste en forme pour Blackpool, où là j’ai vraiment fait un essai.

Blackpool monte en PL la saison où tu arrives. Malheureusement, tu joues plutôt en équipe réserve. Comment expliques-tu cette saison ? Le coach qui a été clair dès le début de saison ? Une blessure ?

En réalité, ça a été une histoire folle mon départ à Blackpool. J’étais encore sous contrat avec Monaco. L’entraineur de l’époque, Ian Holloway, me voulait absolument. Faut savoir que Blackpool me voulait mais n’avait pas les moyens de payer un transfert tandis que Monaco ne voulait pas me prêter mais me transférer. Donc on a dû trouver un arrangement avec Monaco pour casser mon contrat. Mon contrat à la base était de 3 ans, mais je ne l’ai jamais signé. Le matin où mon ancien agent finalisait les détails, Ian Holloway m’a demandé si je voulais m’entraîner parce que ça faisait une semaine que j’étais à Monaco et que la PL allait recommencer. Je m’entraîne et je me fais les croisés avant de signer. A cause de ça, je n’ai signé qu’un an.

Le président de Blackpool a dit que comme j’étais blessé je ne pouvais pas signer le contrat qui était prévu. Donc je n’ai signé qu’un an. Je n’ai pas joué beaucoup parce que j’ai eu 6 mois de rééducation. Et quand je suis revenu, je n’étais pas dans la liste pour la PL. Donc oui j’ai pas mal joué avec la réserve et grâce à ça j’ai pu signer à Middlesbrough. Je n’ai pas voulu rester avec Blackpool parce que l’attitude du président m’a déplu. Mais j’ai adoré l’ambiance du club et surtout Ian Holloway, je l’ai adoré. Son charisme, sa façon de travailler, ce qu’il a réussi avec Blackpool, c’est un grand coach.

Du coup, question un peu facile avec le recul, mais est-ce que tu ne regrettes pas de n’avoir pas tenté l’expérience en MLS avec Chicago ?

Honnêtement non. L’Angleterre c’était mon rêve et ça l’est toujours maintenant. Si je suis venu en Ecosse c’est parce que c’est la Grande-Bretagne et que c’est ici que le football est si populaire et si aimé. C’est quelque chose qui m’a toujours fait rêver. Pour la MLS, mon passage à Chicago était il y a plus de 10 ans. C’était le début de la reconstruction. Aujourd’hui c’est autre chose, t’as pas mal de stars qui vont y jouer, le niveau est différent. J’ai regardé la finale (Portland – Toronto, NDLR) il y a quelques jours et c’était plaisant à voir.

A l’époque, c’était risqué d’aller en MLS parce que le retour en Europe n’était pas sûr. Maintenant, le football n’a plus de frontières, c’est mondial tu vois. Si on me pose la question aujourd’hui d’aller en MLS, je ne saurai pas te répondre. Mais il y a 10 ans, je n’ai pas eu de regrets. Chicago Fire avait déjà des infrastructures ultra modernes, mais le championnat n’était pas ce qu’il était actuellement.

Tu n'as fait qu’un an à Middlesbrough. Pourquoi ce départ rapide ? Tu voulais voir autre chose ? Le club ne te plaisait pas ?

Je vais te répondre franchement : c’est une erreur de jeunesse. J’aimais le club et je m’entendais bien avec Tony Mowbray, le manager de l’époque. Sauf que mon entourage, notamment mon agent de l’époque, m’a fait miroiter une offre d’un club plus important, qui n’est jamais venue. Du coup, la proposition de prolongation de Boro ne s’est jamais faite. L’offre qu’on m’a fait miroiter venait soi-disant d’un club de Premier League. Au final, rien ne s’est fait et ça a tout chamboulé.

Tu pars de Middlesbrough donc et tu restes 6 mois sans club. Quand on est footballeur pro, comment on vit ce genre de situation ? C’est angoissant, déprimant ou au contraire ça t’a motivé à en faire plus pour prouver que t’avais le niveau ?

On passe par un peu toutes les phases que tu as cité. C’est une expérience où on apprend beaucoup au niveau du mental. Et puis on comprend que d’être sur un terrain et avoir un club c’est pas si facile. J’ai eu la chance de connaître que des grands clubs dans le début de ma carrière. Il faut aussi remettre les choses dans leur contexte et ça m’a permis d’évoluer dans ma carrière.

Aujourd’hui, on peut voir que beaucoup plus de joueurs se retrouvent dans cette situation. Les marchés sont bien plus compliqués. A l’époque, j’étais pas du tout conscient de cette réalité. Aujourd’hui elle est plus importante parce que t’as beaucoup plus de joueurs. La demande est plus forte. T’as beaucoup plus de joueurs avec de très beaux CV qui se retrouvent sans clubs pour plein de raisons : sportif, financier… Plein de choses rentrent en compte. Mais de mon point de vue, ça m’a endurci. Avec mon épouse, on a souffert. Mais ça m’a permis de rebondir et de relativiser quand j’ai des petites blessures comme maintenant. Je me dis que je vais revenir plus fort.

A la sortie de cette période tu signes 6 mois en Suisse, à Lausanne. Et après tu pars en Norvège. D’abord à Sandnes puis à Lillestrøm. On sait qu’il y a pas mal de changements entre ces championnats. Dans le football, le rythme de jeu, le climat. Comment on s’adapte en tant que footballeur ?

C’était une belle expérience. On a vécu de beaux moments notamment à Lillestrøm et plus particulièrement vivre à Oslo. Sur le football, j’ai été surpris du niveau de la Tippeligaen (D1 Norvégienne, NDLR). Il y a pas mal de similitudes avec le football anglais. C’est pour ça que je m’y suis plu. Il n’y a pas eu de grosses adaptations à avoir sur le plan footballistique. Après au niveau de la vie, on a connu des températures extraordinaires (rires). Mais j’ai aussi connu de très belles personnes. Si c’était à refaire, je le referai.

En janvier 2017, tu fais partie de la vague d’arrivées à Hearts. Comment as-tu eu vent de l’offre du club et est-ce que tu connaissais le club avant que l’on t’en parle ?

Je connaissais avant que j’arrive parce qu’à l’époque de Middlesbrough, je vivais à Newcastle qui n’est pas loin de la frontière avec l’Ecosse. Donc j’avais entendu parler du derby entre Hearts & Hibs. Sur l’intérêt du club, c’est mon agent qui m’a contacté et parlé de cette offre. Je n’ai pas eu d’hésitation. J’ai dit que je voulais rencontrer le coach et voir les installations. Tout s’est fait très rapidement. En plus j’étais un joueur libre donc ça a facilité les choses. Le centre d’entraînement est merveilleux, le stade est formidable. Le fait de revenir en Grande-Bretagne était un objectif.

C’était Ian Cathro, entraîneur de l’époque, ou c’était Craig Levein, directeur du football aujourd’hui coach de Hearts, qui te voulait ?

(Rires) C’est une bonne question. Je pense que c’est Ian Cathro qui a fait le nécessaire pour que je vienne. A l’époque, Craig Levein était directeur sportif donc il ne s’est pas opposé à ma venue non plus. Mais le premier à me vouloir dans ses plans, c’est Ian.

La fin de saison tu joues 13 matchs, mais tu sembles manquer de rythme. Est-ce qu’il t’a fallu un temps pour reprendre tes marques dans un championnat différent de la Norvège ?

Non je ne pense pas. Ce qui m’a fait mal c’est la coupure. Le championnat norvégien s’est arrêté, si je ne dis pas de bêtises, le 8 novembre. Ça faisait donc 2 mois sans entraînement et sans matchs donc j’ai eu des difficultés à enchaîner. Puis dès que je suis arrivé, j’ai dû jouer beaucoup de matchs dans un temps très court. Du coup ça m’a mis dans le rouge assez rapidement. Ensuite, les résultats n’étaient pas forcément bons. On m’a pointé du doigt un peu facilement à mon goût comme je faisais partie des nouveaux joueurs. Et puis, avec Isma (Gonçalves), je faisais partie de ceux qui ont signé un contrat longue durée. Avec beaucoup d’attentes. Donc c’était facile de me jeter la pierre.

Après ça fait partie du métier, on le sait. Dès que les résultats ne sont pas au niveau, on trouve toujours des joueurs fautifs. Mais ça ne me dérange pas. J’assume le fait de ne pas avoir été à mon meilleur niveau mais je ne pense pas avoir été catastrophique tu vois. J’étais normal, mais pas au niveau des attentes des supporters. On attendait des choses exceptionnelles, elles ne sont pas venues de ma part mais aussi de la part de l’équipe entière.

Est-ce que la période sans club t’a permis de te forger un mental qui te permet de laisser glisser les critiques et de te focaliser sur tes proches et sur ton jeu ?

Je vais te répondre facilement. Les critiques elles font partie du jeu donc on fait avec. Après, cette période sans club m’a permis de savoir quoi faire pour retrouver le niveau. Ça passe par le travail. C’est aussi simple que ça. Le travail va faire que les choses vont s’améliorer. Du coup je continue à travailler comme je sais faire et je sais que les bonnes choses viendront si je fais mon boulot. Je ne suis pas inquiet. Même là, alors que je suis blessé, je reste confiant et je suis sûr que je retrouverai un très bon niveau.

Pour cette saison, tu fais la pré-saison avec Cathro, de nouvelles recrues viennent, les supporters semblent enclins à laisser du temps au coach. Malheureusement, Hearts se fait sortir de sa poule de Betfred Cup, pourtant à sa portée. Les matchs sont peu plaisants à voir. Comment tu expliques ces résultats ? Les joueurs n’adhéraient pas au discours de Cathro ? Il y a eu une erreur de recrutement aussi bien l’hiver dernier que cet été ?

Je vais retourner la question. Faut que les gens se posent la question suivante : est-ce que c’est facile de construire une équipe performante quand on a autant de changements ? Ce n’est pas pour prendre la défense de Ian Cathro. Quand j’étais sous le feu des critiques on ne peut pas dire qu’il était là pour me défendre. Mais très peu d’entraîneurs peuvent en aussi peu de temps créer une équipe performante avec autant de changements au sein de son effectif. A part Guardiola, je ne vois pas. Même si ça parait être une excuse, ça ne l’est pas. C’est juste la réalité du football. Les équipes, elles se construisent avec des noyaux de joueurs qui restent pendant un certain de temps. Et autour tu additionnes quelques joueurs. Quand t’as autant de joueurs qui arrivent et qui partent sur une période si courte, c’est très compliqué d’avoir une alchimie. Ça peut paraître bidon et bateau mais c’est la réalité du football aujourd’hui.

Même des petites équipes contre des équipes supposées meilleures arrivent à faire bloc parce que maintenant les informations, les entraînements, tout le monde y a accès. L’été a été très court, on a dû rentrer dans la compétition assez rapidement avec une équipe complètement nouvelle à nouveau. Donc c’était pas évident. Et puis l’étiquette de favori, parfois, elle n'est pas évidente à porter. Il y a eu tellement de changements que tout le monde nous voyait performer. Quand les victoires n’arrivent pas, c’est toujours compliqué. On a enchaîné 7 matchs sans victoire, c’est pas évident à vivre. Même contre des équipes supposées inférieures sur le papier. Sauf que le papier ça veut rien dire. La vérité c’est sur le terrain.

C’est sûr que ce que tu dis, on le voit à plus grande échelle avec Bielsa et Lille. Pour revenir à Cathro, tu as eu le temps de le côtoyer. Est-ce que tu penses que ses méthodes auraient pu marcher en Ecosse s’il avait mieux géré son effectif et si on lui avait laissé un peu plus de temps ?

Oui je pense. Déjà, il est écossais donc il connaît le championnat. Puis il y a beaucoup d’idées reçues, notamment celle qui dit qu’on ne peut pas jouer au football en Ecosse. Je vois des matchs du Celtic et des Rangers et elles développent du très beau football ces équipes. Après ce sont les meilleurs mais faut s’inspirer des meilleurs. Les idées de Cathro étaient de jouer au sol comme eux tu vois. Il avait besoin de temps mais aussi d’expérience parce qu’il ne faut pas oublier que c’était sa première expérience de coach. Mais il aurait pu avoir de très bons résultats. C’est comme l’entraîneur des Rangers qui n’a pas eu beaucoup de temps. Mais ça fait partie du métier.

Ici, les demandes sont très élevées. On n’a pas forcément beaucoup de temps, que ça soit nous, les joueurs, ou bien les coachs. C’est dommage parce que l’instabilité c’est ce qui est dangereux pour les clubs et les joueurs. Regarde Monaco. Ils ont perdu beaucoup de joueurs dans leur effectif. Même s’ils ont beaucoup de joueurs de très grande qualité, ils sont en difficulté. Et on parle de Monaco. A une autre échelle, faut bien comprendre que si Hearts fait la même, ils seront en difficulté. Lille aussi comme tu disais, Nice aussi. L’an passé c’était exceptionnel, le jeu était magnifique à voir. Cet été il y a eu beaucoup de changements et c’est jamais évident d’être performant d’une année sur l’autre quand y’a autant de changements. Mais ça il faut pouvoir le comprendre.

Cathro est viré mi-août. Juste après, Cole Stockton, attaquant de Hearts et Jon Daly, entraîneur des U20 de Hearts qui a géré l’intérim, se sont lâchés dans la presse vis-à-vis des entraînements de Cathro qui manquaient d’intensité physique. Confirmes-tu ces propos ? Trouves-tu normal qu’ils en parlent dans la presse ou aurais-tu préféré que le club soit dans une union sacrée et qu’on passe à autre chose ?

J’aime pas trop qu’on déballe les choses dans la presse. Jeter la pierre c’est facile. Chacun à ses méthodes et pense que sa méthode est meilleure que celle d’un autre. Après, que ça soit physiquement, tactiquement, il y avait des choses qui n’allaient pas. Je n’ai pas envie de m’éterniser là-dessus. Cathro a perdu son emploi du coup, il n'y avait pas besoin qu’une personne du club rajoute de l’huile sur le feu. On a déjà eu pas mal de critiques avec les médias, les supporters, c’était inutile d’en rajouter.

Tu es blessé à la cuisse depuis près de 2 mois. Est-ce que tu es proche d’un retour ? Et est-ce que ça serait fin d’année ou 2018 ?

Fin de l’année j’espère. Cette semaine (Ndlr : interview réalisée le 12/12) j’ai fait des tests de puissance pour ma jambe. On est très bien par rapport au temps voulu. Je passe une échographie la semaine prochaine pour confirmer la date de mon retour. Je croise les doigts pour que ça soit avant la fin de l’année.

Il y a eu une série de 7 matchs sans victoires, le début de saison a été laborieux avec les changements d’entraîneurs mais aussi les nombreuses blessures avec la tienne, celles d’Arnaud Djoum, Jamie Walker, Don Cowie, Prince Buaben etc. Malgré tout ça, penses-tu que Hearts peut accrocher une place européenne en fin de saison ?

Je pense que oui. Le championnat est encore très long. Cette équipe a les qualités pour accrocher une place européenne. Maintenant, je ne dis pas que ça va être facile. Loin de là. Mais je pense que c’est fort possible si on commence à enchaîner les victoires. J’espère que ce soir (Ndlr : contre Dundee FC, victoire 2-0) on va gagner. Ça apporterait de la confiance. C’est le déclic qui nous manque, pouvoir enchaîner les victoires. Ça nous relancerait complètement dans le championnat.

Le début de saison a été marqué par la reconstruction de la Main Stand à Tynecastle ce qui a poussé le club à jouer quelques matchs à Murrayfield et surtout à enchaîner les matchs à l’extérieur. En ce moment, Hearts enchaîne les matchs à Tynecastle, est-ce que c’est un facteur positif ? Est-ce que de pouvoir faire une grosse série de matchs à domicile dans son stade devant ses supporters ça joue mentalement ?

Le fait d’avoir joué beaucoup de matchs loin de nos bases au début du championnat a eu un impact. On sait très bien que venir à Tynecastle et prendre 3 points c’est pas facile pour les autres équipes. Donc ça a bien sûr eu un impact sur notre début de championnat. Ça a mis des bâtons dans les roues. Maintenant, on a la possibilité de jouer pas mal de matchs à domicile. J’espère qu’on va saisir cette opportunité pour marquer de gros points et enchaîner.

On le sait depuis quelques semaines, Jamie Walker, meneur de jeu des Jambos, devrait partir en fin de saison, sauf retournement de situation exceptionnel. Il ne veut pas prolonger. Est-ce qu’en tant que coéquipier, vous en parlez pour essayer de le convaincre de prolonger ou bien vous évitez le sujet et vous faîtes avec ?

Ça fait partie du métier. Tout le monde adore Jamie dans le vestiaire. Ce qu’il a fait pour Hearts c’est extraordinaire. Maintenant c’est son choix. Qu’il ait de l’ambition, et qu’il ait envie d’aller voir ailleurs, personne ne va le blâmer. Ça fait partie du football. Vu les récentes prestations qu’il a fait, qui sont très bonnes, ça ne l’affecte pas cette situation. Il a marqué un très beau coup franc contre Hamilton il y a quelques semaines. Donc je comprends qu’un jeune joueur de ce niveau ait des ambitions supérieures. Maintenant, tant qu’il est là, il ne triche pas et c’est ce qu’on ressent dans le vestiaire. Il se donne à fond et c’est l’essentiel.

L’an passé, Hearts a perdu Sam Nicholson et Callum Paterson sur le même modèle que Jamie Walker. Est-ce que tu peux comprendre que les fans se sentent un peu trahis, beaucoup déçus par ces choix ? Dans le sens où on aurait pu attendre une prolongation des joueurs mais avec l’assurance de les voir partir pour que le club touche une compensation financière plutôt conséquente.

C’est une question un peu délicate en tant que joueur. Si ça se reproduit plusieurs fois, on peut se demander si le club fait le nécessaire pour les joueurs. Ces joueurs ont tous l’amour du club, ils ont été formés à Hearts. Ils ont fait de très belles choses pour ce club, marqué de très beaux buts, beaucoup joué de matchs avec ce club. Ils ont aussi connu la montée en 2015. Ils ont fait un beau bout de chemin avec le club. En vouloir à ces joueurs parce qu’ils ont de l’ambition, je trouve ça anormal.

Après, je ne connais pas les discussions qu’il y a eu entre eux et le club. Pourquoi est-ce qu’ils ne resignent pas ? Il doit bien y avoir des raisons. Est-ce que le club est capable de dire «Ok, on te prolonge mais si un club important vient on trouvera un accord » ? De ce que j’ai pu voir avec Jamie Walker, le club a été assez ferme sur l’offre des Rangers et son départ a été avorté. Après, que les joueurs hésitent à prolonger en se disant que ça sera compliqué pour eux de partir et avoir une offre d’un club à la hauteur de leur ambition, c’est délicat.

En parlant de recrutement, cet été, Hearts a recruté Kyle Lafferty et a ramené à la maison Christophe Berra, formé au club. Est-ce que son arrivée a insufflé quelque chose d’autre à l’équipe ? Est-ce que son leadership et son expérience du club manquait selon toi avant qu’il arrive ?

C’est sûr qu’un joueur qui a déjà un passé au club, qui connait énormément de monde au club, c’est facile. Des leaders, il y en a dans le vestiaire. Mais quand ce sont des joueurs qui sont au club depuis peu et qui ont pas de passé à Hearts, c’est compliqué. Pour Christophe c’est forcément plus facile. Il connaît énormément de joueurs dans le vestiaire et qui a un passé au club. Son retour est évidemment une très bonne chose. On voit aujourd’hui que l’équipe est plus solide défensivement. Et ça, Christophe y est pour quelque chose.

Il y a aussi le retour de John Souttar qui a souffert d’une blessure importante la saison dernière (rupture du tendon d’Achille, NDLR). L’arrivée de Kyle Lafferty est une très bonne chose pour nous aussi vis-à-vis de son expérience. C’est un joueur qui apporte énormément sur le terrain mais aussi en dehors. Tout ça est positif pour l’équipe et c’est pour ça que je suis confiant en notre capacité de rebondir et remonter au classement.

Hearts est un des meilleurs centres de formation en Ecosse. Ils n’hésitent pas à donner leur chance aux jeunes comme Harry Cochrane, Lewis Moore, Anthony McDonald, etc. Est-ce que de par ton expérience, tu essayes de leur transmettre ton vécu ? Est-ce que tu fais partie des mentors du vestiaire ?

J’adore être au contact des jeunes joueurs et parler de mon expérience. C’est pareil pour Laff & Chris (Kyle Lafferty et Christophe Berra). C’est très bien pour les jeunes joueurs d’échanger avec des joueurs qui ont connu l’Angleterre ou même d’autres championnats. Pour eux c’est une bonne chose. Et puis, ici, les jeunes sont beaucoup plus respectueux que dans d’autres pays. C’est la mentalité anglo-saxonne. C’est toujours important d’avoir un mix entre joueurs d’expérience et jeune joueurs du cru.

En Scottish Cup, Hearts jouera contre Hibernian pour la septième fois en 8 ans. Tu as vécu le derby, es-tu d’accord avec ceux qui disent que c’est un match à part, avec une ambiance exceptionnelle ?

Je suis d’accord. Honnêtement, la première fois que j’ai vécu le derby c’était quelque chose d’exceptionnel. C’était à domicile et l’ambiance était magique. C’est un moment à vivre dans une carrière. Le fait qu’on joue Hibs deux fois en un mois (27 décembre et 20 janvier), c’est quelque chose de génial. C’est un match à jouer mais surtout à gagner (rires) et j’espère qu’on va retrouver le succès contre Hibs parce que ça fait un moment qu’il nous fuit.

La dernière victoire remonte à août 2014. Les deux équipes étaient en Championship et Robbie Neilson était le coach. Depuis, Hearts fait au mieux nul, au pire, perd et parfois avec un gros score. Comment t’expliques que Hearts n’y arrive plus dans les derbies ? Un manque de motivation, d’engagement ? Hibs est meilleur ? Un autre facteur ?

Question difficile, bien posée (rires). Je n’en ai pas encore assez joué pour te répondre. Mais dans les derbies c’est un peu comme un buteur qui manque de réussite. Il suffit d’un déclic, d’une victoire, même moche, pour changer la donne et remettre de la confiance. C’est qu’une question de confiance, et de réussite aussi. Je me souviens du premier derby que je joue, à Tynecastle. Dans les dix premières minutes, Isma touche deux fois le poteau. Ça aurait pu changer la donne. Ce sont des détails qui font que ça bascule dans un sens ou dans un autre et qui manquent à Hearts en ce moment. Espérons que ça change rapidement.

Dans une interview à l’Edinburgh News datée de septembre, Craig Levein t’a ré-accordé sa confiance en disant que tu aurais ta chance dans la saison. Est-ce que vous discutez beaucoup vis-à-vis de ta blessure ou est-ce que c’est un coach en retrait ?

Il parle aux joueurs. Mais comme je suis blessé, on n’a pas trop échangé. Et c’est normal tu vois, il reste auprès de son groupe. Il est focalisé sur les résultats. Maintenant, j’espère qu’à mon retour j’aurais un peu plus de chance et pouvoir enchaîner. J’ai envie de montrer aux gens ici ce que je peux apporter à cette équipe.

Tu as évolué en Norvège, en English Championship. Comment comparerais-tu ces championnats vis-à-vis de la Scottish Premiership ?

Il faut être honnête, la Championship c’est un très haut niveau. Comme on a la Premier League au-dessus, qui est le top des championnats européens, c’est difficile de la juger. Mais la Championship fait partie des championnats très difficiles et d’un très bon niveau en Europe. Déjà,il y a 24 équipes donc c’est intense. Puis la plupart de ces équipes ont un vécu de la Premier League. C’est un championnat que j’ai vraiment apprécié.
Peut-être que le fait que la Premiership en Ecosse ne comporte que 12 équipes, ça peut pénaliser. Après, il est de très bon niveau quand même, mais un ton en-dessous de la Championship.

Pour la Norvège, c’est similaire à l’Ecosse. Le fait qu’il y ait beaucoup d’équipes performantes en Europe ça joue tu vois. Tu prends Molde, Rosenborg, Strømsgodset. On a vu pas mal d’équipes faire de beaux parcours en Europa League. Et ça montre que ce championnat est de qualité. T’as aussi Vålerenga, Lillestrøm qui, je l’espère, va revenir au niveau européen vu qu’ils ont gagné la coupe cette année et donc qu’ils feront les qualifications en Europa League. Le championnat est plaisant. T’as du spectacle, beaucoup de buts. L’Ecosse est plus physique quand la Norvège est plus joueuse. Mais sinon les deux championnats sont plaisants.

En Norvège le championnat se joue d’avril à novembre. En Ecosse le débat de faire passer le championnat sur ce modèle est revenu après l’élimination des Rangers en Europa League contre le Progrès Niederkorn. Qu’est-ce que t’en penses du «Summer Football» ? Est-ce que ça change vraiment le jeu ?

Je ne pense pas que ça change le niveau des équipes. C’est un autre rythme parce qu’en Norvège tu manques de compétition pendant les mois hivernaux. Les joueurs sont en manque de l’adrénaline de la compétition. Du coup t’as pas mal d’amicaux, t’as des tournées en Espagne avec des tournois organisés. C’est fun mais après, moi qui ai connu les deux formats, je préfère le calendrier «européen» classique. C’est un peu plus compliqué à gérer avec de longues périodes de préparation. Il faut arriver en forme quand le championnat commence. Tu vois des équipes tout cartonner lors de la prépa' mais arriver au début du championnat limite cramées parce que leur prépa' est trop longue. Mais j’ai eu la chance de connaître le mode de calendrier «Summer Football» et ça a été une très bonne expérience.

Tu parlais du nombre d’équipes en English Championship. Est-ce qu’il faudrait réformer le championnat écossais et proposer une première division à 18 équipes, par exemple, au lieu des 12 présentes actuellement ?

Ça sera difficile à changer. C’est ancré dans la culture de ce pays. Mais on pourrait très bien rajouter des équipes de Championship comme Dundee United, Inverness etc. Ce sont des clubs avec une structure de Premiership. De voir ces équipes en deuxième division c’est dommage. Et je pense que ça pourrait permettre d’avoir un championnat plus homogène d’avoir une D1 plus fournie. Après, ça fait trop peu de temps que je suis en Ecosse pour bien juger ça. Quand on joue 3 ou 4 fois dans l’année le Celtic, c’est une bonne chose parce que ça nous donne de l’expérience et que ce sont des matchs formidables à jouer. Est-ce que ça affaiblit le championnat ? Je ne sais pas. Ça ne fait pas assez longtemps que je suis là pour pouvoir avoir une opinion assez ferme.

Tu parlais du Celtic, ils jouent le Zénit en Europa League. Est-ce que tu penses qu’ils ont une chance de passer ?

Ça va être dur. Ce qui manque au Celtic pour être performant sur le plan européen c’est une vraie compétition dans le championnat selon moi. Ils survolent le championnat, ils ont une équipe dominatrice. Le Zénit c’est costaud et contrairement au Celtic, ils ont des adversaires redoutables en Russie. Après, le Celtic a sa chance. Ça sera très dur, notamment le déplacement à Saint-Pétersbourg. Mais j’espère qu’ils créeront un bel exploit.

Quel est le meilleur joueur que tu as côtoyé dans ta carrière ?

Ouh là (sic), c’est compliqué. J’ai eu la chance d’en croiser pas mal… Allez, si je dois en donner cinq, en premier je mets Yaya Touré. Lui, c’est vraiment le plus fort. Et puis comme c’est un milieu de terrain, j’ai eu la chance de le côtoyer à Monaco et c’était une référence. Après j’ai eu la chance de m’entraîner quelques fois avec Bobo Vieri. J’adore le personnage. C’était un rêve de gamin de pouvoir m’asseoir à côté de lui dans le vestiaire et de pouvoir m’entraîner avec lui. Ensuite, le plus talentueux, qui aurait dû faire beaucoup plus et avoir une meilleure carrière, c’est Jérémy Ménez. Au niveau talent c’était quelque chose d’exceptionnel. Après, à Middlesbrough, j’ai apprécié Marvin Emnes qui a eu une saison exceptionnelle avec nous et qui aurait pu faire quelque chose de plus fort en Premier League. En dernier, je vais te citer Charlie Adam. J’ai rarement vu un pied gauche aussi fort. Peut-être Julio Arca qui était pas mal niveau pied gauche. Mais Charlie a eu la chance de jouer dans un des plus gros clubs anglais, Liverpool, donc chapeau.

Si Nice venait te voir et te proposait un contrat intéressant, est-ce que toi le Monégasque tu signerais sans hésiter ou bien tu réfléchirais longtemps ?

(Rires) Il y a quelques années, ça aurait été très compliqué de répondre à cette question parce que mon attachement à Monaco est très très fort. Après, au niveau de la famille, je suis Niçois. Mes amis habitent là-bas. Même à l’époque ça a toujours été un super club. Le fait d’être resté longtemps à l’étranger te fait manquer la France. Je ne pense pas que ça arrivera, mais dans l’hypothèse sympathique, et comme ta question est sympathique, j’y réponds : jouer à Nice, j’y ai joué enfant, ça reste important niveau sentimental.

Dernière question basique, simple, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour cette fin d’année et pour l’année prochaine ?

C’est simple. J’ai déjà tout ce qu’il me faut puisqu’on attend notre premier enfant donc j’ai mon plus gros cadeau de Noël et tout ce qu’il faut pour la nouvelle année. Plus personnellement, que les blessures s’éloignent le plus possible (rires).

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