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TLMSF interviewe Guillaume Keke : "Représenter l'Irlande du Nord au Brésil, c'était incroyable”

Nous sommes allés à la rencontre de Guillaume Keke, attaquant français de Ards FC en première division d'Irlande du Nord. L'occasion de nous raconter son histoire, de la région parisienne à Belfast, en passant par le foot à cinq au Brésil.

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Salut Guillaume, merci de nous faire partager ton expérience. Peux-tu te présenter aux lecteurs de TLMSF
J'ai 26 ans, je suis né à Paris, et j'ai grandi en région parisienne. Aujourd'hui j'habite à Belfast avec ma copine Nord-Irlandaise Kerrieann que j'ai rencontré ici, et ma petite fille de trois mois Aïla. Je suis arrivé il y a trois ans en provenance de Noisy Le Sec en Nationale 3 (anciennement CFA2). Mon club Ards FC actuel neuvième de première division est situé à 30 minutes en voiture de la capitale mais ici on est dans un tout petit pays. Je mets autant de temps pour faire Paris-Versailles que pour traverser l'Irlande du Nord (rires) !

 

Comment passe-t-on de National 3 en D1 Nord-Irlandaise ?
J'ai fait toutes mes gammes de footballeur en région parisienne, à l'ACBB, Evry, puis Noisy. En 2014, alors que je viens d'être élu Etoile FootMercato, le coach me met au placard sans aucune raison, il ne veut plus me parler. Je pensais quand même terminer la saison en France mais j'ai eu l'opportunité au mercato hivernale de faire le grand saut à l'étranger.

Tu atterris à Belfast, original !
J'ai eu dans le passé des rapports compliqués avec des agents, qui m'ont fait miroiter des choses. J'ai passé quelques mois à Malte plus tôt dans ma carrière, mais j'étais entouré de mauvais agents. Et puis mon oncle entraîne en l'Irlande Du Nord en U18 dans un club local. Il a frappé à la porte de clubs pour me faire venir en essai.


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Un essai concluant puisque tu signes dans la foulée.
Je passe deux semaines à Cliftonville, champion en titre. L'essai se passe super bien, et je m'engage avec eux. J'arrive de Paris, je ne connais pas le niveau, et rapidement, je découvre un bon championnat avec pas mal de joueurs ayant joué en Angleterre ou en Écosse.

Guillaume-quelques-semaines-après-son-arrivée-à-Belfast-avec-Cliftonville-FC

Tu n'as pas beaucoup de temps de jeu les trois premiers mois, ton coach décide de te prêter en 2e division.
Je ne l'ai pas mal pris. Il y avait beaucoup d'attaquants au club déjà en place. Le buteur était Joe Gromley, la superstar du championnat qui plante 40 buts dans l'année (ndlr : toutes compétitions confondues), il est indéboulonnable. Le coach croyait en moi, alors il me prête pour me voir jouer, il veut connaître mon vrai niveau en match.

 

Il ne va pas être déçu, lors de ton prêt à Larne FC tu exploses les compteurs.
En D2, on descend complètement de niveau. En 29 matchs, je marque 25 buts et je fais 10 passes décisives et je suis considéré meilleur joueur du championnat. Malheureusement dès mon retour à Cliftonville, le coach s'en va et je n'ai aucune assurance pour la saison suivante. Mes grosses performances avec Larne FC a mis en avant mes qualités de buteur, à l'intersaison j'ai plusieurs sollicitations.
En France, l'ACBB avec qui j'ai joué plus jeune me propose de les rejoindre, mais je cherchais un nouveau challenge en Irlande du Nord pour au moins une saison supplémentaire, je m'étais installé avec ma copine, et pourquoi pas découvrir un plus gros championnat l'année suivante. Les Cruzaders, club mythique du pays, me contactent. Forcement je suis intéressé alors ils me proposent un contrat, mais la durée trop longue et les conditions financières m'ont refroidis.

Tu trouves finalement un accord avec Ards FC, promu en première division. Comment t'ont ils convaincu ?
Tout part d'une anecdote assez marrante. Pendant ma saison avec Larne FC, lors du match face à Ards, je me chambre avec leur coach, je lui annonce que je vais marquer et venir le voir après mon but. Comme tu t'en doutes, je claque un but quelques minutes après et je viens le célébrer vers lui. Je crois que cette détermination lui a plu, il s'en est souvenu au moment de construire une équipe compétitive pour la nouvelle saison, il m'a contacté directement.

 

Comment se passe ta saison 2017/2018 ?
Pour l'instant le début a été timide. J'ai marqué 3 buts puis j'ai été blessé fin novembre, un sale tacle par derrière en pleine cheville. J'ai repris doucement le championnat avec quelques entrées en jeu, je suis aujourd'hui à 90% de mes capacités, je ressens encore une petite douleur quand je frappe le ballon.

Être attaquant en Irlande du Nord, c'est comment ?
Pour eux, le bon attaquant, c'est le grand qui prend tout de la tête pour dévier les ballons, le joueur qui fatigue la défense. Moi je ne suis pas ce genre de joueur, je ne fais pas 1.90m, donc j'ai dû adapter mon jeu. Quand tu affrontes tous les weekends des défenseurs super costauds qui te rentrent devant tout le match, il faut savoir faire évoluer son football.

À 26 ans tu as encore une grande partie de ta carrière devant toi, comment envisages-tu ton avenir de footballeur ?
Je suis très heureux d'avoir récemment signé avec jeune agent. David Alegria Pinto, un franco-portugais qui a ouvert la société LexSportia au Portugal. Il est super motivé, et juge un joueur sur le ressenti, et non sur le CV. Dans ma carrière, je le répète, j'ai rencontré de très mauvais agents. Grace à David, j'ai retrouvé la confiance de collaborer avec quelqu'un qui bosse pour le bien des joueurs. Pour revenir à ta question, l'agence LexSportia travaille beaucoup sur les championnats latins comme la France, le Portugal, l'Espagne et l'Italie. La saison est encore longue, mais mon avenir se dessinera peut-être dans un de ces pays.


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Coté personnel, comment s'est passé ton intégration en Irlande Du Nord ?
J'ai vite été mis dans le bain. Mon premier entraînement s'est effectué sous la neige, je n'avais jamais vécu cela avant. Je me suis adapté aux conditions climatiques, on s'y fait.
Dans ce pays, tout le monde est tellement chaleureux, ça n'est pas juste un cliché. J'ai été tout de suite accepté, sans se préoccuper d'où je viens. Les gens viennent vers toi, ils discutent, il n'y a pas de méfiance ni d'a priori. Et le plus important, c'est qu'on prend le temps. Les relations humaines sont au coeur de leur culture.

Pour communiquer, tu es arrivé avec un anglais correct ?
Au début, je ne parlais pas anglais. J'ai vite progressé, c'est important pour l'integration dans un groupe.
Et depuis, moi qui suis arrivé sans un diplôme, j'ai passé avec succès le Personal Trainer Level 3, et la plus belle des choses est d'avoir fondé une famille. Ces réussites sont mes grandes fiertés. Dans la vie, ça peut aller très vite. Mon quotidien ici, je ne l'aurai jamais imaginé en restant en région parisienne.

Aussi, je crois beaucoup en Dieu, pratiquer la religion m'a beaucoup aidé dans les moments difficiles de ma carrière.

La religion est une partie essentielle pour son equilibre. Ici avec Ards FC

Quels sont les plus grosses différences entre la cinquième division en France à la top division d'un pays.
Premièrement l'intensité aux entraînements. Les joueurs donnent tout, les contacts sont réels, il faut se battre pour gagner sa place, car la concurrence est saine, il n'y a pas de privilège.
Ensuite médiatiquement le National 3 (CFA2) existe peu. Surtout en région parisienne, il y a tellement de clubs. Ici, en Irlande Du Nord, la BBC, Sky Sports et les journaux nationaux couvrent les matchs. Les premiers mois forcement il y a un peu d'excitation, c'est assez grisant. Avec le temps, être filmé et jouer devant du monde, je n'y fais plus attention, ça ne me fait ni chaud ni froid. Je me concentre sur mes performances sur le terrain. Parfois, lors d'une remise en jeu ou d'un coup franc, j'entends sur le bord de la pelouse les fans crier “Kéké, Kéké”, ça donne enviz de se dépasser.

 

Le championnat nord-irlandais est semi-pro. Comment s'organise ta semaine ?
Lorsque je jouais en France, on s'entraînait 5 soirs par semaine, en amateur.
Ici c'est vrai le championnat est semi-professionnel, nous avons trois entraînements par semaine. J'ai décidé de travailler à coté, même si je pourrais vivre avec mon salaire de footballeur. Je bosse en intérim à Manpower, je livre des colis. C'est flexible, je travaille quand je veux, j'adapte mon calendrier en fonction du foot.

Comment est l'ambiance dans les vestiaires ?
J'ai toujours vécu dans des vestiaires avec une bonne ambiance. Les joueurs sont tous sympas, ils me proposent souvent d'aller au pub après les matchs. Ça n'est pas mon truc, ils le savent maintenant. Je préfère rentrer tranquillement chez moi.
Par contre, niveau musique, on est très différent. Ils écoutent tout ce qui passe à la radio, ils me disent que si ça ne passe pas à la radio c'est pas de la bonne musique. Moi, je suis branché rap donc ça n'est pas trop dans leur culture (rires).

Quel est le stade le plus impressionnant dans lequel tu as joué ?
Sans aucun doute au Winsdor Park, le stade de Linfield FC et de l'équipe nationale. Il a été rénové il y a quelques mois, un vrai bijou.
L'ambiance est super chaude surtout pour les matchs de l'Irlande du Nord. Il y a un patriotisme, une fierté d'être nord-irlandais, quelle que soit son origine, si on demande a quelqu'un d'où il vient, il répond “Irlande du Nord”.

 

Lors de ton passage à Larne, tu fais parti de l'équipe d'Irlande du Nord amateur. Est ce que tu peux nous expliquer ?
La D2 nord-irlandaise est amateure, ils ont constitué une sélection nationale lors d'un match à Dublin face à l'Irlande. Même en tant que français, j'ai été sélectionné, c'était une expérience inoubliable. Cela m'a énormément touché.

Le football ne te quitte jamais, tu joues aussi en D1 au futsal. 
Oui, je suis champion d'Irlande du Nord avec Belfast United. On s'est qualifié pour le tour préliminaire de la Champion's League de futsal, face à des équipes danoises, polonaises et irlandaises. Malhaureusement, je n'ai pas eu la chance d'y aller, car la saison avec Ards avait repris.
Au départ, le coach de l'équipe m'avait contacté à l'intersaison pour que je m'entretienne physiquement et techniquement. Finalement, j'ai continué, je m'éclate.

Vainqueur du championnat national de Futsal avec Belfast United

Tu joues aussi au foot à 5, le fameux “5 a side” très en vogue en ce moment.
Oui, encore une expérience extraordinaire. En gagnant un tournoi national, avec mon équipe nous avons voyagé au Brésil l'année dernière pour representér l'Irlande du Nord à la finale mondiale du “Neymar Jr Five Redbull”. Sorte de coupe du monde non-officielle. Ce que je vis en Irlande du Nord est incroyable.

Représentant l'Irlande du Nord en foot à 5 lors de la finale mondial Neymar Jr Five Redbull

Quel championnat te fait le plus rêver ?
Ici on regarde beaucoup la Premier League, son intensité, l'engouement des fans, c'est grandiose, un spectacle tous les weekends. Forcement, c'est le championnat qui fait rêver.

Est-ce que tu t'es créé un cercle d'amis depuis ton arrivée? 
Avec toutes mes activités liés au foot, je rencontre beaucoup de gens, j'ai des amis étrangers, des espagnols, des nigérians... Comme je ne sors pas dans les pubs de la ville, j'ai juste deux ou trois potes nord-irlandais que j'invite à la maison de temps en temps.
Culturellement, je n'ai pas beaucoup changé depuis mon départ de la France. Je fais les mêmes activités, j'écoute la même musique, je mange les mêmes plats.

En parlant de nourriture, trouves-tu ce que tu aimes ?
J'adore leur breakfast, il est trop cool. Pour le reste, la bouffe pour eux c'est comme la musique, si ça ne passe pas à la TV ou à la radio, ça ne les intéresse pas. Donc on retrouve toujours la même chose dans leur assiette. Moi je préfère me nourrir sainement, cuisiner des plats différents.
J'ai été élevé par ma mère ivoirienne, j'aime bien la nourriture qu'elle me préparait. J'ai réussi à trouver une cuisinière ivoirienne à Belfast, je lui achète les ingrédients et elle me mijote des mets délicieux. Ça montre aussi l'évolution et l'ouverture du pays, il y a quelques années, je n'aurai jamais pu trouver ce genre de services.

Pour terminer, que disent tes potes et ta famille lorsqu'ils viennent te voir à Belfast, sacrée différence avec la vie parisienne.
Ma petite sœur, mes cousins et des amis sont déjà venus me voir.
J'ai toujours des réactions super positives. Ils adorent l'ambiance ici, la chaleur des habitants.
Ici la vie n'est pas très chère comparée à Paris donc beaucoup plus de choses sont accessibles.
Certains de mes amis m'ont demandé des contacts pour s'installer en Irlande du Nord.

Guillaume, un énorme merci pour ta disponibilité, je te souhaite d'aller le plus haut possible. Et bonne fin de saison avec Ards.
Merci à toi. La prochaine fois que tu m'interviewes, je serai peut-être dans un plus grand club, dans un autre championnat. L'avenir nous le dira.

 

 

 

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