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Le Celtic peut-il perdre le championnat ?

Quarante-huit titres de D1 écossaise dont six lors des six dernières saisons. L’année dernière, le Celtic s’est même offert le championnat dès le 2 avril, soit avec encore huit matches à jouer, et avec trente points d’avance au final. Les Bhoys ont aussi été invaincus toute la saison. Mais, en 2017-2018, ils sont bien moins souverains et n’ont que huit points d’avance sur Aberdeen, contre vingt-sept à la même période il y a un an. Alors, un échec du Celtic est-il sérieusement envisageable ?

 

Commençons par regarder les résultats. Le Celtic a disputé vingt-six rencontres. Ils en ont perdu deux. Faisons un petit focus sur ces deux matches.

Le 17 décembre 2017, Heart of Midlothian met fin à l’impressionnante série de soixante-neuf matches sans défaite. Et de quelle manière ! Le Celtic arrive à Tynecastle avec son équipe-type. En face, Craig Levein aligne Harry Cochrane, 16 ans et sept matches avec les pros, au milieu. Les cadres Arnaud Djoum et Jamie Walker sont absents, tout comme le défenseur central John Souttar. La défense des Jambos est quasiment faite de bric et de broc avec l’arrière-droit de 20 ans Jamie Brandon placé à gauche, Michael Smith (latéral droit) associé au capitaine Christophe Berra, et Connor Randall choisi comme latéral droit alors qu’il avait principalement joué au milieu jusque-là.

Or, dès le début du match, le Celtic est submergé par les Jam Tarts. Les Bhoys n’arrivent pas à produire leur jeu. Pire, ils encaissent un but de Harry Cochrane, tout seul à l’entrée de la surface, à la 26e minute. Premier but du natif de… Glasgow chez les pros. Les joueurs du Celtic perdent trop souvent le ballon, à l’image de Callum McGregor sur le deuxième but. Pour le troisième but, c’est Jozo Simunovic qui est à la faute en loupant son dégagement. Enfin, Craig Gordon fauche Ross Callachan pour offrir un penalty à Hearts en fin de rencontre. Une après-midi catastrophique pour le Celtic, dépassé dans tous les compartiments du jeu, incapable de répondre au défi physique. Même Scott Brown, le capitaine, le cœur et le poumon de cette équipe, s’est fait dominer par Cochrane.

 

Si même Scott Brown a du mal…

 

La deuxième défaite a lieu le 3 février. Kilmarnock, alors septième, reçoit les Hoops. Si Chris Burke et Alan Power sont absents pour Killie, le onze aligné est quasiment le onze type. Le Celtic a un certain nombre de blessé, notamment Gordon, Griffiths ou Stuart Armstrong. Du coup, dans les cages, c’est Dorus de Vries qui est titularisé. Jack Hendry, arrivé de Dundee le dernier jour du mercato d’hiver, revêt le maillot vert et blanc pour la première fois tandis que Charly Musonda, prêté par Chelsea, connaît sa première titularisation. Moussa Dembélé est sur la pelouse alors que Sinclair et McGregor sont sur le banc.

 


Pour revivre cette 2e défaite : rendez-vous ici


Comme lors du match contre Hearts, le Celtic n’est pas du tout dominateur. Les pertes de balle sont récurrentes et les joueurs offensifs sont invisibles. Certes, Dedryck Boyata et Kristoffer Ajer, deux défenseurs centraux, sont sortis sur blessure, mais l’entrée de Scott Sinclair n’a aucunement amélioré la performance générale. De plus, de Vries n’est absolument pas rassurant dans ces cages. En seconde mi-temps, rien ne s’arrange. Youssouf Mulumbu fait le spectacle et marque à la 70e, récompensant son excellent match. Sur le but, Bitton est le principal fautif, marquant l’homme invisible et laissant Mulumbu seul au second poteau. Il n’empêche que Bitton a été l’un des rares Bhoys à ne pas totalement sombrer, avec Tierney et Musonda. Le bilan est le même que celui du match de Hearts : attaque muselée, milieu dominé, défense dépassée. Même techniquement, le Celtic n’a pas été à la hauteur.

Moussa Dembele ne suffit pas - Crédits : http://cdn3-i.hitc-s.com

Des problèmes récurrents

 

Ces problèmes, particulièrement mis en lumière à l’occasion de ces deux défaites, étaient déjà présents depuis le début de la saison notamment lors des matches nuls. Ainsi, contre St Johnstone (1-1, 26 août), le manque d’efficacité a été criant avec 30 tirs dont 21 cadrés pour un seul but marqué au final. Face à Hibernian (2-2, 30 septembre), c’est le milieu qui s’est fait marcher dessus en seconde période tandis que Moussa Dembélé et Odsonne Edouard ont très peu apporté offensivement. Un penalty litigieux a sauvé les Bhoys à la 88e. Lors de la réception des Rangers (0-0, 30 décembre), encore une fois, les nombreux tirs n’ont pas fait mouche. On peut aussi évoquer cet aspect pour le succès contre Ross County (1-0, 18 novembre) où il a fallu un coup de génie de Leigh Griffiths pour ramener les trois points à Glasgow. Egalement, combien d’erreurs individuelles de la part de Mikael Lustig ou Dedrick Boyata, pour ne citer qu’eux ? Trop, beaucoup trop, quand on joue pour le champion d’Ecosse.


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Il faut aussi parler d’un mental parfois friable, qu’on n’avait pas eu l’occasion de voir depuis bien longtemps en championnat. Par exemple, le nul contre Kilmarnock (1-1, 28 octobre) où le Celtic s’est fait rejoindre et a ensuite été incapable de reprendre l’avantage face à une équipe pourtant bien moins rodée que celle qui les a battu récemment. On peut aussi citer le match à Easter Road (2-2, 10 décembre) : le Celtic a mené 2-0 jusqu’au dernier quart d’heure puis Hibernian a égalisé en trois minutes. La dernière fois qu’un club avait réussi à prendre un point contre les Bhoys après avoir eu deux buts d’écart, c’était St Johnstone en mai 2014 (3-3, score final, alors qu’il y avait 3-1 à la 77e).

 

Des individualités pas au niveau

 

Si le collectif a parfois eu du mal, ce n’est pas que de la faute des blessures.

Oui, la vitesse, la percussion et la technique de Patrick Roberts ont manqué. Oui, son remplaçant désigné Jonny Hayes s’est aussi blessé. Oui, enfin, trois (Boyata, Simunovic et Erik Sviatchenko) des quatre défenseurs centraux présents depuis le début de la saison sont passés par l’infirmerie. A cette hécatombe dans la défense, on peut d’ailleurs ajouter la blessure de Craig Gordon, le gardien n°1.

Cependant, les multiples offrandes de Lustig, Boyata et Simunovic aux attaquants adverses ou les sorties hasardeuses de Gordon n’ont rien à voir avec les blessures. Il en va de même pour les quelques non-matches d’Armstrong, bien loin de son niveau de la saison passée. Ces derniers temps, c’est James Forrest qui est très discret sur son aile droite : ses courses effrénées, sa technique et ses centres font défaut aux Bhoys. Et que dire de Scott Sinclair ? Un vrai paradoxe : s’il a de bonnes statistiques (9 buts et 8 passes décisives, contre 14 buts et 5 passes décisives à la même période en 2016-2017), il est méconnaissable dans son apport au jeu. Lui qui, la saison passée, était le dynamiteur de l’attaque et remarqué pour sa redoutable efficacité devant le but n’est plus que l’ombre de lui-même, ralentissant le jeu et loupant un grand nombre d’occasions. Son individualisme n’était pas vraiment dérangeant lorsqu’il réussissait à se défaire de ses adversaires mais, désormais, il coûte beaucoup au Celtic.

 

Une attaque en difficulté

Crédits : Daily Record

18 buts. C’est le nombre de buts inscrits par Leigh Griffiths (8), Moussa Dembélé (5) et Odsonne Edouard (5) en championnat. Au même moment lors de la saison 2016-2017 (statistiques arrêtées au 5 février), Griffiths avait mis 8 buts et Dembélé 12 buts. Le calcul est donc vite fait : l’attaque des Bhoys était plus performante l’an dernier avec un joueur en moins.

Dembélé a loupé le premier mois de compétition à cause d’une blessure et n’a jamais semblé vraiment se remettre dans le rythme depuis. Il a souvent été invisible lors de ses titularisations, notamment lorsque le Celtic peinait à dominer son adversaire. Pire encore, il n’a marqué qu’un but entre la 14e et la 26e journée. Griffiths a lui été à la hauteur dans l’ensemble, apportant beaucoup plus dans le jeu que le Français en décrochant et en percutant, ce qui permet à Sinclair de repiquer sans que l’axe soit bouché. Toutefois, «The Thumb» a aussi fait preuve de pas mal de maladresse devant les cages. Le troisième larron est finalement la bonne surprise. Plus efficace que Dembélé, avec un style similaire, Odsonne Edouard a profité de la méforme et de la fatigue des deux autres attaquants pour se faire une place. Cependant, il paraît encore plutôt juste pour être le n°1.

 

Et Brendan Rodgers dans tout ça ?

 

Si Rodgers ne peut rien aux blessures, il est responsable pour d’autres aspects.

Sur l’aspect tactique, il a décidé de jouer avec une défense à trois. Cette stratégie était déjà présente depuis un bon moment lors des phases offensives avec Kieran Tierney qui passait en wingback. Désormais, la défense à trois est mise en place lors de toutes les phases. Cela n’a pas réellement d’impact sur le jeu : Tierney est beaucoup plus souvent plus haut sur le terrain mais sa capacité à redescendre très vite lui permet de renforcer la ligne défensive. Scott Brown couvre toujours les montées d’un des trois défenseurs quand il le faut.

Pour la partie attaque, Rodgers continue de jouer avec une seule pointe. Un choix qui a parfois été remis en cause par les supporters qui aimeraient voir Dembélé et Griffiths associés. La présence physique et le jeu dos au but de Dembélé pourraient tout à fait être compatibles avec les déplacements sur toute la largeur du terrain de Griffiths, en y ajoutant les permutations avec Sinclair ou Forrest et les courses dans la profondeur d’un Callum McGregor par exemple. Bref, sur le papier, c’est très alléchant mais ça n’a été mis en pratique qu’à moitié avec l’utilisation d’un seul avant-centre donc. Curieusement, Rodgers a moins hésité à aligner Dembélé et Edouard ensemble, contre Hearts le 30 janvier. Le duo a bien fonctionné, avec Edouard dans le rôle de Griffiths dans notre scénario rêvé. A voir si cela peut être une solution sur le long terme.

Concernant le recrutement, il y a eu du bon et du moins bon. Pour le bon, on en a parlé, Edouard a répondu présent. Citons également Olivier Ntcham, qui n’a cessé de monter en puissance et est désormais quasi incontournable aux côtés de Scott Brown au milieu grâce à ses facilités techniques et son excellent travail de récupération. Seul petit défaut : ses nombreuses frappes de loin, souvent non-cadrées.

Pour le reste, c’est décevant. Il faut dire que la malchance s’est acharnée sur les recrues : Patrick Roberts et Jonny Hayes, ailiers, sont des blessés longue durée. Hayes, l’un des meilleurs joueurs du championnat ces cinq dernières années, a toutefois un peu déçu, en n’arrivant pas à gagner une place de titulaire. Malheureusement pour lui, c’est au moment où il commençait à montrer de quoi il est capable qu’il s’est fracturé le tibia. Marvin Compper, arrivé fin décembre pour environ £1 million, n’a connu que l’infirmerie pour l’instant. A 32 ans, il doit apporter de l’expérience à la défense centrale. Mais son historique de blessures (sept depuis 2014) laisse planer des doutes sur sa capacité à jouer un vrai rôle sur le terrain. De quoi se demander s’il n’y avait pas quelqu’un d’autre à aller chercher. Surtout qu’Erik Sviatchenko a été prêté, semblant indiquer qu’il ne fait plus partie des plans de Rodgers malgré une bonne saison 2016-2017. Autre recrue dans ce secteur : Jack Hendry, 22 ans. Patron de la défense à Dundee, il a connu des débuts mitigés avec le Celtic mais il a droit à un temps d’adaptation.

Toujours en défense, le choix de laisser Kristoffer Ajer sur le banc malgré les blessures et les contre-performances a été critiqué. Ajer était titulaire lors de la défaite 4-3 contre Astana en barrage retour de la Ligue des Champions. Il a ensuite chèrement payé son mauvais match et n’a rejoué que le 14 octobre, comme remplaçant. Finalement, Rodgers lui a refait confiance et Ajer le lui a bien rendu. A 19 ans, il est le plus régulier en charnière centrale. D’ailleurs, il n’a pas participé aux deux nuls 2-2 face à Hibernian, à la défaite 4-1 contre Hearts et il est sorti alors qu’il y avait encore 0-0 lors du match contre Kilmarnock le 3 février.

Le poste de gardien de but est aussi un sujet de discussion. En effet, en l’absence de Craig Gordon, Rodgers a fait de Dorus de Vries son n°1. Un peu surprenant quand on a vu les matches du néerlandais de 37 ans avec les Bhoys depuis son arrivée en 2016. S’il parvient à faire quelques arrêts spectaculaires, il n’est pas toujours rassurant lors d’arrêts supposés faciles. Rodgers a aussi recruté Scott Bain, 26 ans, en provenance de Dundee FC. Grand espoir écossais, il n’a plus son niveau d’il y a deux-trois ans. Déjà la saison passée, il avait été décevant, peu aidé il faut le dire par sa défense. Cette saison, il n’a pas fait un seul clean-sheet en 12 rencontres (le seul gardien de Premiership à avoir disputé plus de 3 matches sans aucun clean-sheet) et s’est fâché avec son entraîneur Neil McCann. Prêté à Hibernian le 1er janvier, il n’y a pas joué puis a été prêté au Celtic le 31 janvier. Donc, on résume : le Celtic a deux gardiens mais les deux ne sont plus à leur meilleur niveau depuis quelques temps. Cela fait tache dans l’effectif du champion. Et avec une défense sur laquelle on ne peut pas toujours compter, voilà de quoi faire plaisir aux concurrents.


Le mercato hivernal est évoqué ici, en long, en large et même en travers


Les autres équipes peuvent-elles vraiment embêter le Celtic ?

 

Aberdeen et les Rangers sont les deux équipes les mieux placées. Les Dons sont à 8 points, les Gers à 11 points.

Aberdeen ne cesse de progresser saison après saison. Ils peuvent compter sur une armada offensive de grande qualité : Adam Rooney et Stevie May en pointe, soutenus par Ryan Christie, prêté par le Celtic, Gary Mackay-Steven, Greg Stewart et le revenant Niall McGinn. Si le gardien titulaire Joe Lewis s’est blessé, Aberdeen ne perd pas tellement au change avec Danny Rodgers, très bon lors de ses prêts à Falkirk (D2), et Freddie Woodman, prêté par Newcastle et qui avait été excellent pour Kilmarnock en seconde partie de saison dernière. De plus, le duo défensif Scott McKenna-Anthony O’Connor est légèrement plus fiable que toutes les combinaisons de charnières possibles du Celtic. En fait, le seul point noir d’Aberdeen, c’est l’aspect mental. Dans les gros matches, les Dons craquent à chaque fois : aucun point remporté lors des cinq confrontations avec le Celtic et les Rangers. C’est un problème ancien, que Derek McInnes n’arrive pas à régler. Tant que ce ne sera pas fait, Aberdeen restera derrière les Bhoys.

Les Rangers, eux, sont plus solides dans les chocs : trois victoires contre Aberdeen, un nul et une défaite face au Celtic. Leur principal souci, c’est le manque d’efficacité et de régularité d’Alfredo Morelos. Certes, le Colombien est le meilleur buteur de Premiership avec 11 buts. Néanmoins, il a manqué un nombre incalculable d’occasions en or en tirant à côté, même quand le but est grand ouvert, ou directement sur le gardien par exemple. De plus, il marque par vague : 6 buts entre la 2e et la 6e journée et 4 buts de la 17e à la 21e journée. Entre-temps, il est resté muet deux mois et demi. Heureusement pour les Gers, il apporte beaucoup dans la construction en jouant de son physique et de sa puissance. L’arrivée de Jason Cummings doit lui permettre d’avoir moins de pression sur ses épaules et d’enfin avoir un partenaire d’attaque. En numéro 10, Josh Windass (se) régale et le prêt de Sean Goss est une vraie réussite. La défense, au contraire, est parfois bancale entre les quelques erreurs de Wes Foderingham dans les cages, la lenteur de Russell Martin, les sautes de concentration de David Bates et James Tavernier, l’arrière-droit. Ça tient pourtant dans l’ensemble mais cela leur a déjà coûté des points et leur en coûtera. Enfin, le manque de sérieux face à des équipes plus modestes est un problème que Graeme Murty ne peut ignorer et doit s’appliquer à résoudre.

Quant à Hibernian et Heart of Midlothian, respectivement 4e et 5e, ils pourront viser le podium la saison prochaine s’ils parviennent à construire sur les bases mises en place depuis quelques mois.

 

Le Celtic a donc des adversaires sérieux, avec de beaux atouts. Leurs faiblesses sont toutefois un frein pour le moment. Le Celtic a aussi des points à améliorer mais s’en sort presque toujours dans les affrontements directs. Ses individualités restent impressionnantes, ainsi que la profondeur du banc. Avec huit points d’avance, les Hoops peuvent voir venir. Il faudra tout de même que certains cadres retrouvent un meilleur niveau et que les recrues hivernales soient à la hauteur.

Alors, le Celtic peut-il perdre le titre ? Pas cette saison normalement. Par contre, un bon mercato d’été sera indispensable (quid de Dembélé et Christie par exemple ?) car la prochaine saison sera encore plus compétitive, croyez-nous.

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