TLMSF interviewe Johnny Leoni, gardien suisse de Tochigi SC (J.League 2) | TLM S'En Foot
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TLMSF interviewe Johnny Leoni, gardien suisse de Tochigi SC (J.League 2)

La J.League japonaise compte trois joueurs francophones dans ses rangs. Tulio de Melo à l'Avispa Fukuoka, le dernier venu Olivier Boumal à Yokohama F-Marinos et le gardien de but suisse Johnny Leoni qui évolue en J2 à Tochigi SC !

Notre ami Lionel Piguet, travaillant également pour JSoccer Magazine, a eu la chance de pouvoir rencontrer le troisième gardien de la Suisse à la Coupe du Monde 2010 et de recueillir ses impressions plus de deux ans ans après son arrivée au Japon !

Johnny Leoni


Allons droit au but ! Qu'est ce qu'un gardien de but suisse fait au Japon ?

Et bien ça va faire ma troisième saison ici maintenant ! J'ai été sans club pendant quelques temps car j'ai du quitter le Maritimo Funchal (Portugal) précipitamment en 2014 à cause de la grave maladie de mon père. J'ai du trouver une solution très court terme en Suisse et j'ai donc signé avec le FC Le Mont-Lausanne en D2. Après qu'il soit décédé quelques mois plus tard je me suis retrouvé sans rien pendant 6 à 7 mois, m’entraînant seul pour garder la forme.

C'est alors qu'un agent japonais m'a contacté début 2016 et m'a demandé si je voulais venir au Japon pour passer un essai en J.League 3 à l'AC Nagano Parceiro qui cherchait un gardien de but. Ma femme était d'accord pour ça donc j'ai signé un contrat d'un an en m'installant seul sur place. Ma famille est venue quatre fois me rendre visite mais ne pouvait pas déménager et s'installer pour des raisons de visas.

Il y a un peu plus d'un an que j'ai signé avec Tochigi SC (ndlr: encore en J.League 3 alors). Je leur avais demandé un contrat de deux ans pour me garantir un peu de stabilité et que ma femme et mes enfants puissent rester avec moi. Ce qui n'aurait sans doute pas été possible avec un autre contrat d'un an.

Comment t'es tu adapté à la vie au Japon ?

Je crois qu'être suisse m'a beaucoup aidé car je sens qu'il y a beaucoup de points communs entre ces deux pays. Les gens sont très agréables et polis, tout est très propre et nous avons des systèmes d'éducation assez similaires. Donc ce ne fut pas trop dur de m'y faire.

En revanche c'est vrai qu'il y a beaucoup de personnes qui ne parlent pas anglais, ce qui est parfois très problématique. Je ne sais pas trop comment c'est dans les grosses villes comme Tokyo ou Osaka mais il y a très peu de gens sachant parler anglais par ici.

Mon traducteur parle portugais et comme ma femme parle aussi portugais c'est une langue que je connais depuis un bon moment. Ce qui m'a bien aidé ! A part les problèmes linguistiques tout se passe bien.

Quelles sont les principales différences entre l'Europe et le Japon au niveau de la préparation et des entraînements ?

C'est beaucoup plus complexe ici... Il y a beaucoup de travail foncier, et il est vraiment dur. Quand j'étais à Nagano on avait des entraînements qui duraient parfois trois heures, avec 30 minutes en plus pour les gardiens. J'ai déjà perdu trois ou quatre kilos après des séances de ce genre. Mais celles-ci font partie de la culture japonaise.

A part ça c'est tout bon. J'avais besoin d'un nouveau challenge et je ne me voyais pas continuer en Suisse. Tout est nouveau ici pour moi : la culture, les gens, la langue... C'est ce genre de challenges vraiment intéressants qui font me sentir bien.

Johnny Leoni

De retour à Nagano sous les couleurs de Tochigi, Johnny Leoni a pu constater que ses anciens supporters pensent toujours bien à lui. (crédits photo : Lionel Piguet / JSoccer Magazine)

Et en parlant de challenges, qu'est ce qui a été le plus dur à faire face en venant au Japon ?

Le plus dur a été de venir ici en laissant ma femme et mes deux enfants derrière moi. Ce fut vraiment difficile, le plus jeune a trois ans et l'autre six. On s’appelait tous les jours avec FaceTime mais ce n'est pas pareil évidemment. Pour le reste ce fut plutôt facile. Les japonais sont des gens faciles à vivre, très calmes donc je me suis senti bien.

La politesse des gens, une bonne éducation, la façon dont on se sent accueilli, etc. Ils disent tout le temps merci ! En Europe c'set parfois très difficile pour un jeune joueur de garder les pieds sur terre. Pas mal perdent le sens des réalités et oublient comment et grâce à quoi et qui ils sont arrivés jusque là. Je sens qu'ici ça ne doit pas se produire souvent...

Quelle est ton opinion de la J.League en général ?

Je ne regarde pas beaucoup de matchs à la télé pour être honnête. Mais de ce que j'ai vécu, l'ambiance en général est superbe. Pas de hooliganisme ou de coups tordus. C'est vraiment bien.

En terme de niveau de jeu, la J1 est vraiment à un haut niveau. Tandis que la J2 et la J3 ne sont pas si différentes. Ça joue beaucoup sur les coups de pied arrêtés, c'est assez physique et il y a du contact !

Tu attaques ta troisième saison au Japon, mais ta première en J2. Quels sont tes objectifs et ceux du club pour cette saison 2018 ?

Les objectifs du club sont plutôt ambitieux. On veut faire une vraie bonne saison et finir dans la première moitié du classement. Personnellement ça va être une très longue saison avec 42 journées de championnats à disputer. En Suisse c'était plutôt 36 pour comparer mais avec les coupes on pouvait arriver à des chiffres similaires sur certaines saisons. Il va falloir bien faire attention à la récupération entre les matchs.

Je veux aider l'équipe le plus possible pour que le club ne revive pas la déconvenue de 2015 quand il est tombé en J.League 3.

Quel est le match que tu attends le plus à cet échelon là ?

Il n'y a pas vraiment de matchs que j'attends en particulier. Mais je sais qu'on va jouer cette saison dans des stades de parfois plus de 30 000 places ou avec de très bons publics et ça donne une motivation supplémentaire ! Niigata, Omiya, Fukuoka, Chiba, Matsumoto... Ça fait envie. J'ai déjà entendu parler de l'ambiance de Matsumoto et ça doit être magnifique.

Johnny Leoni

(crédits photo : Lionel Piguet / JSoccer Magazine)

Tochigi SC a fait venir Masashi Oguro qui a joué en Europe par le passé, avec même un passage en France à Grenoble. Avec toi ça fait deux joueurs avec ce type d'expérience. Qu'est ce que vous pouvez apporter à l'équipe ?

En arrivant à Tochigi début 2017, le coach m'a demandé d'être un leader. Souvent les joueurs japonais sont trop introvertis, parfois un peu comme des robots même. Si tu leur demande quelque chose, ils feront exactement cela mais rien d'autre. Ils tendent à manquer de cette créativité individuelle. L’entraîneur m'a demandé de balancer un peu cela. On a quelques briscards qui ont de l'expérience. Moi j'en ai un peu plus en ayant joué quelques matchs de Champion's League donc j'ai plus de responsabilités.

Cette année on est vraiment l'outsider, personne n'attend grand chose de notre part. Oguro est vraiment un buteur né, même à 37 ans. Il m'impressionne déjà. Avec notre grande expérience on peut vraiment apporter de la sérénité à l'équipe mais on ne pourra pas tout faire ! Il va falloir être une équipe très soudée et tout le monde va devoir élever son niveau de jeu.

Est ce qu'il y a un joueur particulier au club qui va à ton avis faire une grosse carrière ? 

Je vais te dire le même nom que je dis d'habitude, Kazuki Nishiya, le numéro 14. Il est assez impressionnant. De ce qu'on m'a dit il a vraiment explosé sur la saison 2017 et est devenu alors un joueur d'un tout autre niveau qu'auparavant. Il est très rapide et dispose d'une très belle technique, avec une capacité à accélérer très soudainement. Et une bonne frappe de balle à mi-distance.

J'ai remarqué que tu ne demandes jamais à tes joueurs de se mettre aux poteaux pour les corners. C'est quelque chose de réfléchi ?

Oui en effet. C'est une tactique collective et elle porte ses fruits puisqu'on a jamais encaissé de buts sur corner. Laisser un joueur au second poteau devient de plus en plus inutile je trouve alors qu'au premier poteau on est très souvent couvert par un ou deux joueurs. Donc il n'y a pas de réel besoin à cela.

Tu comptes une sélection avec l'équipe nationale suisse et tu étais des 23 qui ont fait la Coupe du Monde 2010. Tu suis toujours leurs résultats je suppose ?

Bien sûr mais c'est plus difficile d'ici ! J'ai encore quelques amis qui jouent en Suisse mais il fallait que j'aille voir autre chose. Dans le championnat suisse on jouait les mêmes équipes quatre fois dans l'année, c'est toujours pareil. Et puis c'est toujours le FC Bâle qui dominait, même si on a réussi à créer un peu de changement avec le FC Zurich en gagnant trois titres d'affilée. C'est ma plus grande fierté en terme de football. Mais ça fait presque 20 ans de "FC Basel only". C'en est un peu triste.

Tu as sans doute vu qu'au mois de Juin il y a aura un match de préparation entre la Suisse et le Japon. Particulier pour toi forcement ! Un petit pronostic ?

Pour ne pas trop me mouiller je vais dire 1-1 ! Pour ce qui est de la Coupe du Monde de la Suisse, le groupe n'est pas facile et le Brésil est le grand favori. La Nati aura un match crucial à disputer contre la Serbie. Pour moi c'est le vainqueur de ce match qui ira plus loin avec le Brésil. Le Japon est un peu dans une situation similaire d'ailleurs. Je les vois bien terminer 2e du groupe derrière la Colombie... Mais attention à ne pas retomber dans certains travers vus lors des éliminatoires, là ils seront fatals.

 

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