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Young Boys champions suisses : quand le dauphin croque le requin

Nous sommes le 28 avril 2017. Sur la pelouse du FC Lucerne, le FC Bâle s’impose 2-1 lors de la 30e journée de Raiffeisen Super League et s’adjuge son 20e titre de champion suisse. Le 11e en 14 ans. Le 8e de suite. A ce moment là, les Bâlois ont 24 points d’avance sur les Young Boys Berne, marquant ainsi un écart abyssal entre le club rhénan, son dauphin bernois et le reste des clubs suisses.


A relire: Premier point sur le championnat en début de saison, puis à la reprise du championnat.


Ce fossé, de plus en plus profond chaque année, semble impossible à combler. Le budget du FC Bâle, renforcé chaque année par les revenus de la Ligue des Champions, par des ventes de joueurs à des montants énormes pour le championnat de Suisse et par les généreux sponsors du club, permet au club rotblau de renforcer intelligemment son effectif et d’en faire, bien sûr, profiter le centre de formation, un des plus performants de Suisse et réputé bien au-delà des Alpes, du Jura, et du Rhin. Le FC Bâle assoit ainsi sa domination sur le football suisse depuis de nombreuses années.

Derrière le FC Bâle se trouve un club qui commence à avoir une étiquette de perdant attachée aux crampons. Le Berner Sport Club Young Boys, club de la capitale, pensionnaire du célèbre Wankdorf, est en effet en grand manque de titre. Le dernier ? Une Coupe de Suisse glanée en 1987. Le dernier titre en championnat remonte une année plus loin, en 1986.

Un club de perdants, vraiment ? Ne pas être premier ne veut pas dire perdre. YB s’est tout de même imposé comme une machine en Suisse. Pas une machine à titres certes, mais une machine à terminer à la deuxième place. Deuxièmes places en championnat (7 fois depuis 2004, dont 3 fois ces 3 dernières années), deuxièmes places en Coupe (à comprendre des défaites en finale, dont deux défaites terrifiantes face au FC Sion en 1991 et 2009. Les Valaisans se sont en effet à ces deux occasions imposés 3-2 alors qu’YB menait 2-0), YB semble capable d’escalader des montagnes sans en atteindre le sommet. Et pourtant..

Nous sommes le 28 avril 2018. Sur sa pelouse, face au FC Lucerne, les Young Boys s’imposent 2-1 lors de la 32e journée de Raiffeisen Super League et s’adjugent leur 12e titre de champions suisses, le premier depuis 32 ans. A ce moment là, YB compte 16 points d’avance sur le FC Bâle et ne peut donc pas être rattrapé. YB, éternel dauphin, croque enfin le requin bâlois.

Une saison exceptionnelle

Il faut dire que cette saison 2017-2018 est aboutie à tout point de vue pour le club bernois et est le résultat d’un projet de longue date. Parfait mélange de jeunesse et d’expérience, de fougue et de patience, de collectif et d’individualités, tout a fonctionné pour le club cette saison.

L’attaque, composée de tueurs devant le but (l’imposant Hoarau, le véloce Assalé et le magicien Nsamé) et soutenue par des ailiers capables d’amener un danger permanent (Sulejmani et Fassnacht), a fait trembler les filets 77 fois en 32 matchs. Ni plus ni moins que la meilleure attaque de la Ligue, avec également le meilleur taux de conversion (plus de 16% des tirs ont fini au fond du but). La défense, la deuxième meilleure de Super League, a été irréprochable, menée par la charnière Von Bergen - Nuhu, très complémentaire, et soutenue par des latéraux prometteurs (si Benito et Lotomba se sont illustrés, nul doute que Mbabu a impressionné et sera un grand sujet de discussion lors du mercato estival). Entre les montants, le jeune Von Ballmoos s’est montré très à l’aise et le vétéran Wölfli l’a parfaitement suppléé après sa blessure.

Un mot également concernant leur public. Excellents au stade (les Bernois ont bien suivi, plusieurs matchs à guichets fermés pour les chocs contre Bâle et le match pour le titre face à Lucerne notamment, ainsi que de grosses affluences contre des adversaires moins “sexy” comme le FC Zürich ou le Lausanne-Sport) et exemplaires en dehors (pas de bagarres ni de dégradations, y compris après la nuit de célébrations qui a suivi le titre), les supporters bernois ont su porter leur équipe au titre. L’affluence moyenne au stade a en effet augmenté de près de 23% par rapport à l’année dernière (22’433 contre 17’430, du jamais vu depuis la saison 2010-2011).

Le club a encore parfait cette saison avec un parcours en Coupe d’Europe honorable. Si les poules de la Ligue Europa ont été prises à la légère (le club préférait se concentrer alors sur le championnat, stratégie compréhensible), les tours de qualifications pour la Champions League ont vu YB retourner la situation face au Dynamo Kiev (battus 3-1 à l’aller, ils s’imposeront 2-0 au retour et se qualifieront grâce au but à l’extérieur) et auteur d’une bonne double confrontation face au CSKA Moscou (finalement perdue 3-0 au score cumulé mais les Bernois ont montré de très belles choses à l’aller). La finale de Coupe de Suisse (face au FC Zürich) pour laquelle ils se sont brillamment qualifié (victoire 2-0 face à Bâle en demi-finale) sera la cerise sur le gâteau en cas de victoire.

Finalement, le match pour le titre face à Lucerne résume à lui seul la saison de Young Boys. Stade plein, ambiance de folie, match solide sur le plan collectif, Wölfli arrête un penalty, coaching parfait (Nsamé, buteur du 2-1, entré en cours de jeu), but en fin de match (arrivé suite à un superbe enchaînement “percée de Sulejmani, centre, remise de la tête d’Hoarau, finition par Nsamé”) symbolisant la détermination de l’équipe.

Pourquoi ce n’est pas dû à un déclin de Bâle

Les mauvaises langues diront que ce titre est dû à la mauvaise saison de Bâle. Nous leur répondons simplement : quelle mauvaise saison ? Bâle a largement assuré sa deuxième place et bénéficie d’un banc composé de joueurs qui seraient titulaires dans tout autre club suisse. Certes, la philosophie du club a changé à l’été 2017, se recentrant sur les “produits locaux” et sur la jeunesse, mais Bâle reste une équipe de très haut niveau (les prestations en Champions League parlent d’elles-même) et ce ne sont pas des faux-pas des Rhénans face aux “petits” du championnat suisse (défaites face à Lugano, Lausanne, Saint-Gall) qui ont donné le titre aux Young Boys.

Young Boys a gagné le titre, Bâle ne l’a pas perdu.

Ce qui a donné ce titre, c’est la constance dont les Bernois ont fait preuve cette saison (pas de “Youngboyseries” avec des défaites évitables face à des adversaires inférieurs) et les hommes de talents du club, à tous les niveaux (pour ne citer qu’eux : Hoarau, buteur exceptionnel, état d’esprit exemplaire. Assalé, rapide, technique, duo avec Hoarau complémentaire. Wölfli, leader de vestiaire, légende du club, là quand on en a eu besoin. Von Bergen, apporte du caractère sur le terrain, a tenu avec brio son rôle de capitaine. Adi Hütter, entraîneur qui use d’un système 4-4-2 basique mais efficace, adapté à ses joueurs. Christophe Spycher, directeur sportif au bon flair, a su intelligemment compenser les départs du début de saison. Andy Rihs, mécène du club, a énormément injecté d’argent dans le club, malheureusement décédé 2 semaines avant le sacre de son club de cœur). Young Boys a gagné le titre, Bâle ne l’a pas perdu.

Un œil sur l’avenir

Cette course au titre étant pliée, il est maintenant temps pour YB de se tourner vers le futur. Ce mercato sera sûrement agité, certains joueurs étant courtisés (on parle d’Assalé du côté de Leicester ou Southampton, Mbabu intéresserait Stuttgart et Nuhu serait dans le viseur de clubs russes). Néanmoins, même avec des départs de joueurs clés, cela fait nul doute que les Bernois pourront s’en sortir. Cela avait déjà été le cas en début de saison avec les départs de Ravet, Zakaria et Mvogo, bien compensés grâce au travail intelligent du directeur sportif Christophe Spycher et du chef du recrutement Stéphane Chapuisat.


A lire également, l'interview d'Yvon Mvogo, alors encore joueur des Young Boys.


Certains joueurs auront peut-être envie de rester chez les jaune et noirs (Lotomba, Sow et Bertone, très en vue mais au temps de jeu moindre, pourraient bénéficier d’une plus grande visibilité en restant encore un peu au bercail). Les expérimentés voudront sûrement passer une éventuelle dernière année avec le club (Von Bergen et Wölfli voudront vivre la Champions League, Hoarau la revivre).

L’avenir du club semble donc serein. Arriveront-ils à asseoir une domination sur le championnat comme Bâle l’a fait ces dernières années ? Cela ne dépend que d’eux. Le suspens est au moins relancé pour les prochaines saisons et au coup d’envoi de la saison 2018-2019, on pourra sans ironie se demander “qui sera champion ?”. Et rien que pour ça, bravo YB.

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