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[CDM 2018] Y'a-t-il un effet Coupe du Monde sur le pays hôte ?

Nous y sommes. Après avoir observé, souvent avec plaisir, parfois avec ennui les éliminatoires, après s’être délecté du tirage au sort de l’équipe de France en phase de poules, après avoir vu les effectifs rallier la Russie en provenance des quatre coins du monde, le coup de sifflet vient enfin d’être donné. Nous verrons alors les milliers de supporters chanceux affluer dans les stades, les millions d’autres restés au bercail se ruer vers les bars et les restaurants. Nous serons postés devant nos télévisions, visionnant la kyrielle de publicités vantant les mérites de leurs produits grâce à Mbappé sachant passer chez Sosh ou à Griezmann et ses (anciens) cheveux soyeux. Mais parmi tout cela, TLMSF a souhaité se poser une question large et pourtant précise : y’a-t-il réellement un effet Coupe du monde sur l’économie d’un pays ?

Personne n’a pu passer à côté. Ces derniers jours,  les chaines de télévision nous ont rappelé, peut-être trop, que les héros sont éternels. Vingt ans après le sacre des Bleus sur leur terre, les Trezeguet, Petit, Blanc et consorts ont oublié un temps leurs occupations quotidiennes respectives pour nous replacer subrepticement de petites étoiles dans les yeux. Deux décennies plus tard, la magie opère encore. Retour en 98, donc. La France est championne du monde, nous pouvons mourir tranquille. Le président de la République Jacques Chirac, qui a surfé sur la vague de l’équipe de France à la manière d’un Kelly Slater, se réjouit d’accueillir le groupe au palais de l’Elysée. Ce 14 juillet 1998, M. Chirac sait tout ce que cela implique. En à peine un mois, sa popularité a grimpé de sept points pour atteindre 67% d’opinions favorables (sondage BVA/Paris Match). Un retour au premier plan inespéré pour un président qui, un an plus tôt, était dans une situation plus que délicate après une dissolution de l’Assemblée Nationale manquée, marquée par la cohabitation et l’arrivée de Lionel Jospin à Matignon.

Courbe de popularité de Jacques Chirac - source : Le Figaro

Au-delà du président et de sa popularité, en cette fin de XXe siècle,  tous les voyants sont au vert. Preuve en est avec l’évolution du moral des Français qui augmentera de près de 3% entre juin et juillet 1998. Il en faut peu pour être heureux. A l’inverse, celui-ci baissera d’environ 2% après le fiasco de la Coupe du monde 2002. Même chose avec la croissance, même s’il est bien plus difficile de juger l’évolution d’un PIB à travers les époques (+3.4% en 98 contre +0.9% en 02 en France). Il est revanche plus aisé de comparer l’évolution de la consommation des biens d’équipement des Français : +7.1% en 98, +4.6% en 2002.

Des chiffres qui viennent mettre en exergue le fait qu’un effet Coupe du monde existe et est indéniable. Certes, mais pour Nathalie Hénaff, économiste au Centre de Droit et d’Economie du Sport, il n’est pas à surévaluer : « Pour un pays organisateur, malgré toute l’activité économique que génère une telle compétition, l’impact ne dépasse généralement pas 1% de ce PIB, ce qui n’est pas énorme ».

L’impact n’est peut-être pas répercuté sur tout un pays, mais il y a des secteurs qui font plus que tirer leur épingle du jeu. A commencer bien entendu par l’audiovisuel. En 1998, les cinq meilleures audiences de l’année furent ainsi réalisées grâce à la Coupe du monde. Pour l’année 2006, la plus grande compétition internationale trustait les neuf premières places des meilleures audiences de l’année. Au rayon des gagnants, il y a aussi le domaine de l’évènementiel, la presse (web et papier), les voyagistes et les paris en ligne. Un petit monde qui se frotte les mains à l’approche du tournoi créé à la fin des années 1920 par Jules Rimet.

Un petit monde qui engrange de gros profits et qui peut, à terme, influer durablement sur l’économie de tout un pays. Vous avez dit théorie du ruissellement ? Non mais le vice-premier ministre russe Arkady Dvorkovich s’enthousiasme et bénit le comité qui a donné à son pays l’organisation de la Coupe du monde 2018 : « Les préparatifs ont rapporté 867 milliards de roubles (soit 11 milliards d’euros) sur les cinq dernières années. C’est vraiment très sérieux. Sans le Mondial, il n’y aurait actuellement pas de croissance économique en Russie ». Une Russie ayant retrouvé des couleurs avec une croissance de 1.5% l’an dernier, une gageure quand on connait la conjoncture économique du pays (sanctions occidentales, effondrement des cours du pétrole, etc). Toute la question est ensuite de savoir si la croissance permise grâce à la Coupe du monde bénéficiera au plus grand monde et à toutes les classes sociales… Difficile d’en dire autant pour le cas de l’Afrique du sud, pays hôte en 2010. L’OSEO (Œuvre Suisse d’Entraide Ouvrière) a ainsi publié une étude soulignant le fait que « sur le plan de l’emploi, le Mondial n’a permis la création d’aucune place de travail durable ». Le nombre d’emplois, à la fin juillet 2010, a même diminué de 5% par rapport à l’année précédente.

Tout n’est pas toujours rose dans la vie d’un pays hôte d’un Mondial, et les populations locales peuvent en payer les pots cassés. Au sein de nations émergentes, le souffle de l’inflation galopante et la flambée des investissements publics n’est jamais très loin. La FIFA et l’UEFA ont un cahier des charges impliquant des exigences fortes  sur l’hébergement, les enceintes sportives, les transports. A tel point que l’on note souvent une accélération des investissements dans les infrastructures. Les estimations sont souvent biaisées car l’on réduit les coûts à prévoir et cela entraîne des conséquences bien entendu négatives, comme le concède Marcus Svedberg, chéf économiste d’une société de gestion : « Le pays en question se retrouve le plus souvent avec davantage de coûts que de bénéfices. Le vrai bénéfice est à considérer à long terme, notamment sur l’image que le pays renvoie à la fois à l’international et dans son propre pays. »

Une déclaration prolongée par une étude de Soccernomics datant de 2006 et davantage teintée d’optimisme : « Sans être à ce point puissants qu’ils puissent transformer une récession en boom économique, les effets macroéconomiques et boursiers d’une victoire ne doivent pas être sous-estimés. » Deux derniers éléments afin d’imager ces propos. Entre 1970 et 2002, le pays vainqueur du Mondial a, en moyenne, connu un regain de croissance de l’ordre de 0.7% sur l’année. A contrario, selon une étude du MIT, une défaite au premier tour ferait plonger le cours de la bourse du pays en question de 0.38% en moyenne et de -0.5% pour une élimination en phase finale. MM. Lloris, Kanté, Giroud, vous savez ce qui vous reste à faire, le CAC 40 vous regarde.

 

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