TLMSF interviewe Bastien Héry (Waterford FC, Irlande)

“Mon objectif est de jouer l'Europa League avec Waterford FC”

 

TLMSF s'est posé à la table de Bastien Héry, talentueux milieu de terrain originaire de la région parisienne qui a posé ses crampons en Irlande en 2017.

Ancien du centre de formation du Paris Saint-Germain, il est une valeur sûre du championnat irlandais en course pour une place en Europa League avec son club, Waterford FC.

Entretien fraîcheur avec un personnage attachant.

 

Salut Bastien, merci d'accorder un moment aux lecteurs de TLMSF. Est ce que tu peux te presenter en quelques mots ?

J'ai 26 ans, je viens de Torcy en région parisienne, je joue milieu de terrain, et j'évolue depuis janvier 2018 à Waterford FC en première division irlandaise.

Comment décris-tu ton style de jeu ?

Je suis un petit gabarit qui aime jouer au ballon, joueur technique au coeur du jeu. Cette saison je suis positionné relayeur, entre le milieu défensif et l'offensif.

Lorsque je jouais en Angleterre, je suis passé par des périodes avec un temps de jeu réduit, donc lorsque je suis titulaire tous les matchs comme cette saison à Waterford, je donne toujours le meilleur de moi-même, peu importe ma position.

 

Tu arrives en Irlande en janvier 2017, mais ton rêve de devenir footballeur a commencé au centre de formation du PSG. Quels souvenirs gardes tu de cette période ?

Les souvenirs sont inoubliables. On devient champion de France U19 deux saisons consécutives en 2010 et 2011. Que des bons moments, c'est réellement là où j'ai commencé à apprécier le foot à sa juste valeur, sans aucun souci dans la vie, penser uniquement à jouer, jouer, et encore jouer. Dans le foot les choses deviennent vraiment sérieuses lorsque tu t'approches de ton premier contrat pro, mais avant tu ne penses qu'à jouer au ballon.


Présentation de l'Airtricity, le championnat irlandais en plein renouveau.


Comment se passe ton arrivée au centre de formation du PSG ?

J'étais licencié à l'US Torcy, le club de ma ville depuis l'âge de 6 ans, puis en U13 DH j'ai eu des sollicitations de plusieurs clubs en France dont le PSG qui se situait proche de chez moi donc j'ai pris naturellement la décision de signer là-bas.

Tu es de la génération 92, avec plusieurs joueurs qui ont devenus pro comme Neeskens Kebano à Fulham, Loïck Landre à Nîmes, Mohammed Diarra en Finlande et d'autres. Est-ce que tu as gardé des potes ?

On est toujours en contact avec les gars de cette génération, on discute souvent de foot et d'autres sujets. Les joueurs évoluent aux quatre coins de l'Europe mais on le savait depuis le centre de formation, c'est le jeu. On est tous heureux de vivre de notre passion.

 

À la fin de ta formation tu t'envoles en Angleterre à Sheffield Wednesday, comment est-ce qu'on passe de Paris à Sheffield ?

J'étais prêt à signer pro en France ou à l'étranger, malheureusement lors de ma dernière saison au PSG j'enchaine les blessures, j'ai joué peut-être cinq ou six matchs. Forcement je me retrouve avec très peu d'offres en France, à part des touches en CFA ou CFA2. Je voulais passer pro, c'était mon objectif unique. Un agent me contacte pour me proposer un essai en Angleterre, avec un contrat à la clé si je suis convaincant. J'y vais les yeux fermés, mais c'était un essai ouvert à tous. J'hallucine le jour J, je me retrouve au milieu d'une vingtaine de joueurs cherchant un contrat. Heureusement ça se passe super bien et je signe dans la foulée mon premier contrat professionnel.


On était à Wigan - Sheffield Wednesday, un samedi.


 

Comment tu vis ta saison à Sheffield ?

Je joue avec les U23, j'ai énormément appris et je n'ai aucun regret d'avoir signé chez eux. Mon objectif était d'être footballeur professionnel, et même si je ne jouais pas avec l'équipe première, c'est un rêve de signer mon premier contrat de footballeur en Angleterre.

 

Tu débarques à Sheffield à 20 ans, club historique, ça fait quoi si jeune de tout quitter pour l'étranger ?

Je m'étais conditionné depuis plusieurs années à partir n'importe où pour vivre du foot. J'en ai parlé plusieurs fois avec mon père, je n'ai jamais eu d'appréhension à évoluer à l'étranger.

Les premiers mois sont forcément difficiles, il faut s'adapter à une nouvelle langue, une culture, mais j'avais tellement envie d'apprendre... Je me donnais pour objectif de me focaliser sur le foot et découvrir mon nouvel environnement de vie.

 

Entre 2013 et 2017 tu passes quatre saisons solides en League One et League Two (Rochedale, Carlisle, et Accrington), ta carrière est lancée.

Après ma saison à Sheffield, j'effectue un essai de deux semaines à Rochedale en League Two, je signe dans la foulée pour une saison. Le début est timide mais je termine en boulet de canon et on est promu en League One. Je prolonge mon contrat de deux années, mais je ne reste qu'une saison supplémentaire. Je ne rentrais plus dans les plans du coach, même si cette unique saison de League One était plutôt bonne pour moi avec environ 20 matchs. Néanmoins cette expérience avec Rochedale est inoubliable. Premier club en tant que “vrai” joueur professionnel, le club monte en League One et ensuite on arrive à se maintenir.


Accrington Stanley, le club qui ne voulait pas mourir.

Guide TLMSF du Groundhopper : Accrington Stanley


Être joueur de foot pro en Angleterre, c'est comme tu l'avais imaginé ?

Quand tu es adolescent dans ta chambre tu rêves en regardant la Premier League. Même si la League One et League Two sont professionnelles, c'est loin de ce que tu imagines. Il faut aller au charbon, dans des conditions qui ne sont pas toujours idéales. Il faut l'accepter et je savais pourquoi je bossais dur tous les jours. Aujourd'hui je ne changerai jamais ma situation de joueur de foot pour un autre métier.

 

On te voit très à l'aise avec les médias en Angleterre avec une bonne maitrise de l'anglais, tu plaisantes avec les journalistes.

(rires) Quand je suis arrivé je ne parlais pas du tout anglais. À Sheffield, avec les joueurs francophones de l'équipe première, on discutait de temps en temps. Mais lorsque les joueurs britanniques, malgré la barrière de la langue, me proposaient de sortir au resto ou ailleurs, j'acceptais toujours. C'était la meilleure façon de m'intégrer et de progresser en anglais.

 

Lors d'un match en League Cup avec Carlisle tu joues face à Liverpool et tu délivres une superbe passe décisive...

(il coupe) Ça c'est le plus beau match de ma vie, sans aucune hésitation. Pour la petite anecdote, je ne pensais pas jouer car je suis remplaçant les deux matchs précédents, et on savait déjà qu'on jouerait Liverpool, je m'étais fait une raison. Mais le matin du match après l'entrainement j'apprends que je suis titulaire, quel soulagement !

 

En 2017 tu deviens le premier français à jouer pour le club de Limerick, destination méconnue pour le football !

Ah oui, le premier français de tous les temps ? Wow !

sincèrement je ne connaissais pas du tout Limerick avant de signer. Dans mon dernier club en  Angleterre, Accrington Stanley, ça ne se passait pas comme prévu. Physiquement je ne me sentais pas au top, et je n'avais pas une excellente relation avec l'entraîneur. Je m'entrainais beaucoup mais je n'ai jamais pu m'exprimer sur le terrain.

Je joue un seul match en 6 mois donc je décide en accord avec les dirigeants de partir. Je reste deux semaines sans club, puis je reçois un appel d'un agent que j'avais rencontré en Angleterre qui connaît le président du Limerick FC, et me propose de discuter. sincèrement, après mon expérience avec Accrington, je voulais tout changer, quitter l'Angleterre. Je souhaitais une onde de choc, recommencer tout à zéro pour repartir sur de bonnes bases, un renouveau.

Lorsqu'on me propose Limerick en D1 irlandaise, le champion joue la Champion's League, et finir en haut du classement permet d'accéder à l'Europa League, forcement c'est séduisant. Je pars donc m'entraîner trois jours, et pendant ce temps aucune autre proposition s'offre à moi. Je venais aussi juste d'être papa donc je ne pouvais pas louper ce contrat, pour moi et ma famille. J'ai signé directement, sans hésiter.

 

Être Français dans une équipe en Irlande c'est comment ?

L'intégration ici est tellement facile. Dans le foot, et plus généralement dans la vie quotidienne, les Irlandais sont super chaleureux. Pas besoin de faire d'effort, ils viennent parler naturellement, dire bonjour et entreprendre une conversation avec des inconnus, cette chaleur irlandaise est unique. Ils ouvrent toujours une porte à la discussion.

Pour revenir au foot, dans le vestiaire, il n'y a pas de “petits groupes” contrairement à ce que j'ai vécu en Angleterre. À Limerick et Waterford, entre joueurs et avec le staff tout le monde est soudé.

 

Tu t'adaptes rapidement à ta nouvelle vie irlandaise.

Je n'avais pas d'appréhension sur la culture ni le mode de vie. Par contre en termes de football je partais dans le flou total, aucune idée du niveau de jeu. Les premières semaines je prends mes marques, je joue peu mais rapidement je reprends goût au foot. À la fin de mon aventure en Angleterre, j'étais dégoûté du football. La saison 2017 à Limerick m'a permis de rejouer, de reprendre confiance en moi, je me suis senti de nouveau important dans un collectif, soutenu par mes coéquipiers.

 

Début 2018 tu signes à Waterford FC ou tu exploses, tu deviens l'un des meilleurs joueurs du championnat, tu es dans la forme de ta vie ?

On me dit parfois que mon “prime time” n'est pas encore arrivé. Pour moi, cette saison je prends tellement je plaisir à jouer, je veux juste continuer dans cette direction, sans penser à autre chose.

 

Le Waterford FC est promu cette saison (la saison en Irlande s'étale de mars à octobre). Le club a effectué un mercato XXL avec une attaque de folie. Qu'est-ce qui t'a le plus motivé à signer là-bas ?

En fin de saison dernière, les joueurs de Limerick me confiaient que Waterford allait réaliser un gros mercato, mais je ne m'attendais pas du tout à atterrir dans ce club. À la fin de la saison 2017 Limerick me propose un nouveau contrat qui ne me satisfaisait pas. Les dirigeants de Waterford m'ont contacté et j'ai eu une discussion franche avec le coach, j'ai visité les installations... tout est allé très vite.

C'était une bonne opportunité pour continuer à jouer. Ma saison avec Limerick m'apportait une sécurité dans le championnat irlandais car j'avais fait mes preuves, je n'avais aucun intérêt à  changer de pays, me battre une nouvelle fois pour prouver mes qualités.

 

Et ça a marché car vous êtes troisième à mi-championnat, ton but est de jouer l'Europa League la saison prochaine ?

Oui 100%, jouer la coupe d'Europe est la principale raison de ma venue en Irlande. On va s'accrocher jusqu'à la fin de la saison pour attraper une place en Europa League.

(ndlr : La troisième place est qualificative pour l'Europa League)

 

Ton style de jeu débridé, tes buts spectaculaires, tes celebrations originales, tes coiffures, ton french accent... les fans du championnat irlandais t'adorent. Tu penses quoi de tout ça, on te reconnaît dans la rue ?

(rires) Pour les célébrations, j'aime beaucoup danser donc je m'amuse avec les supporters. C'est vrai à Waterford on me reconnaît, ça fait chaud au coeur, les fans ont toujours un mot gentil. À Dublin ça m'est arrivé une fois, j'ai été choqué. Je n'aurai pas imaginé être reconnu en dehors de Waterford. Je joue au foot pour donner du plaisir et le fait que les supporters me remercient c'est très touchant.

 

Quel est le gros match de l'année pour Waterford, vous avez un derby ?

Sans hésiter, le match contre Cork. C'est le derby de la province du Munster. Cette saison ça a été électrique sur le terrain, en plus les deux équipes sont en haut du classement.

 

Tu es capitaine en ce moment, sacrée marque de confiance. Tu es quel genre de leader ?

J'ai reçu le brassard après la blessure du capitaine Paul Keegan. Le coach me fait confiance, il sait que je donne tout en retour sur le terrain. Je suis un capitaine qui parle beaucoup pendant le match. Par contre, en dehors je ne vais jamais gueuler. Je préfère apporter la bonne ambiance, blaguer, rigoler, chanter et danser bien sur !

 

À 26 ans tu arrives à maturité et tu as encore des belles années devant toi, rêverais-tu de retourner en Angleterre ?

Pour le moment je ne souhaite pas repartir en League One ou League Two en Angleterre. Si on me propose un beau projet à l'étranger dans les prochaines années, forcement je réfléchirais car j'aime voyager mais chaque chose en son temps. Je me sens super bien à Waterford et je n'ai pas l'intention de bouger pour le moment.

 

Waterford est une jolie ville portuaire de 53.000 habitants à 150 km au sud de Dublin. Tu t'occupes comment en dehors des entraînements ?

La récupération s'est importante, donc je fais la sieste après les entraînements. Cet été on a un temps magnifique, soleil tous les jours depuis plusieurs semaines, donc avec les autres joueurs on aime aller à la plage. Le reste de la saison, on s'occupe comme on peut, on va au ciné, on sort. On a tellement un bon groupe à Waterford qu'on se voit souvent en dehors des entraînements. En Irlande mes amis se sont les joueurs, un vrai groupe de potes, ça contribue forcément à notre bonne saison.

 

Waterford a signé début juillet Charles Wilson, international Angolais qui a grandi au Portugal. Que penses-tu de l'ouverture récente de l'Irlande à un football plus diversifié ?

Les équipes du championnat font encore confiance principalement aux joueurs irlandais. À Waterford on fait figure d'exception avec un bon mixte de nationalités, avec moi (un Français), un Belge, un Angolais... mais globalement à part Waterford, Dundalk et une ou deux autres équipes, le championnat reste très irlandais.

Selon moi, la diversité dans le football est primordiale pour ramener d'autres cultures, d'autres tempéraments, que ça soit sur le terrain ou dans les vestiaires.

Avec Carlisle face à Liverpool en League Cup

 

Peux-tu répondre en un mot :

 

Quel est le plus beau stade dans lequel tu as joué ? Anfield

Quel est le meilleur joueur que tu as affronté ? Philippe Coutinho

On termine sur un France vs Irlande :

Croissants ou Irish Breakfast ? Croissants

- Expresso ou breakfast tea ? Breakfast Tea

- Paris ou Dublin ? Paris... ahh finalement je vais dire Pa-Du, un mélange entre Paris et Dublin. J'adore Dublin, une sorte de Paris mais en plus accessible, à taille humaine

- Vacances dans le Kerry (ndlr : région touristique irlandaise) ou dans le Sud de la France ? (rire) Sud de la France sans hésiter.

- Adepte des sports gaéliques ? Je connais depuis mon arrivée en Irlande mais je ne m'y intéresse pas. Ici les Irlandais baignent dedans depuis tout petit, ils jouent à l'école etc.

 

Merci pour ta disponibilité et ta gentillesse, bonne fin de saison avec Waterford en espérant te retrouver en Europe League en 2019.

Avec grand plaisir, le rendez-vous est pris.

 

 

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