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Et si on fermait le mercato...

A l’instar de l’affaire Benalla qui secoue la Macronie depuis plusieurs jours, le « feuilleton Balotelli » monopolise les débats et gangrène les esprits. Informations quotidiennes, débats creux, et autres avis bidons font bien évidemment partie intégrante de ce médiocre feuilleton estival. Cependant, ce qui entoure le cas de l’Italien en dit long sur de nombreux sujets liés de près ou de loin au mercato et à ses dérives connues de longues dates.

Tour d’horizon des différents points négatifs qui font de la période du mercato un véritable calvaire.

L’information discount

Sacrifiée sur l’autel diabolique de la surenchère, l’information footballistique n’est que rarement pertinente quand elle n’est pas tout bonnement fausse ou dévoyée. Apparus récemment, les comptes Twitter d’hypothétiques informateurs ne sont que la dernière mise à jour du visage hideux du sensationnalisme et du besoin insatiable d’aura virtuel de certains.

Auparavant, ce journalisme discount était l’apanage des journaux imitant les tabloïds de caniveaux en titrant chaque semaine une info plus grotesque que la semaine précédente. Entre temps, des sites de même niveau se sont développés, attirant les clics avec une série de mots clés se limitant souvent à « Messi », « Real », « PSG » ou « CR7 ».

Au-delà de la perte de temps que ces trois « sources d’informations » provoquent, elles substituent l’émotion de ballon rond par les sensations du titre/tweet accrocheur. Si les mieux informés et expérimentés d’entre nous connaissent désormais les sources à éviter, c’est donc que les victimes de ces feuilles de choux sont souvent les néophytes, que ce soit de jeunes enfants ou de simples curieux qu’une victoire en  Coupe du Monde aurait pu appâter. Dès lors, les fausses informations, souvent plus alléchantes, font de l’ombre au travail méticuleux de journalistes sérieux et participent à une frénésie du gros titre qui chasse la vérité et vampirise l’attention des moins vigilants.

La place de la négociation dans le football

Polysémique, le terme « négociation » renvoie au commerce et aux échanges qu’il induit. Par métonymie, le terme désigne également les discussions et tractations que ces échanges engendrent. Si certaines sont assez rapides, la plupart nécessitent un flegme à toute épreuve et une patience démesurée. Dans le monde très particulier du football, les négociations autour du contrat des acteurs (joueurs, entraineurs, staff…) se négocient et se renégocient avec des temporalités différentes. Les contrats que l’on pourrait qualifier d’endogènes (renouvellement et prolongation de contrat, signature pro…) sont en effet à distinguer des contrats exogènes (recrutement d’un joueur libre, achat d’un joueur sous contrat avec un autre club, achat anticipé d’un joueur actuellement sous contrat mais potentiellement libre dans six mois…).

La principale différence réside donc dans le temps laissé au club pour mener à bien la négociation. Les contrats endogènes pourront être négociés durant la saison avec une marge de plusieurs mois pour trouver le compromis entre les deux co-contractants, tandis que les contrats exogènes seront très souvent soumis à un cadre strict se limitant à la centaine de jours composant le mercato d’été ou bien à la trentaine du mercato d’hiver. De plus, la concurrence sera une circonstance quasi-systématique qui poussera les clubs à ne pas trop traîner de peur de voir leur perle filer entre leurs doigts. Ainsi, la négociation au sens footballistique trouve sa particularité dans une multi-temporalité que l’on peut grossièrement séparer en trois temps : le court terme des mercatos, le moyen terme des négociations endogènes et le long terme de l’évolution sportive du club et de sa construction. Péniblement mêlés, ces trois tempos peinent à s’harmoniser et provoquent les dégâts que l’on connait, allant du désormais fameux panic buy (achat précipité en fin de mercato) à l’empilement de joueurs des clubs profitant de leur opulence pour maximiser leurs chances d’intérioriser les négociations de contrats (Juve, Chelsea…).

Raccourcir ou fermer le mercato ?

Depuis peu, certains championnats comme la Premier League anglaise ont décidé de fermer leur marché des transferts au moment de la reprise du championnat national. Partielle, cette solution permet de commencer le championnat avec une base de joueurs beaucoup moins fictive et de mieux construire à moyen terme. Toutefois, deux objections peuvent être faites à cette solution. Premièrement, certains joueurs -comme ceux ayant joué la Coupe du Monde cette année- ne rentrent de vacances que début août et ne seront peut-être pas enjoués par la potentialité de devoir négocier pendant leurs vacances et encore moins au moment où ils disputent une compétition internationale de grande importance pour leur carrière.

Deuxièmement, une autre option, radicale, pourrait toutefois être étudiée à l’avenir. Si les bases de cette suggestion demeurent floues et ses contours amplement malléables, une fermeture du mercato pourrait être plus qu’une utopie, a fortiori si les carences détaillées plus haut se perpétuent au fur et à mesure que les mercatos s’égrènent. La fin du mercato pourrait donc prendre la forme d’une extinction totale du marché ou alors d’une régulation ultra stricte de celui-ci.

Hypothèse de l'extinction totale du marché

On pourrait imaginer que les joueurs ne puissent changer de club qu’en cas de fin de contrat ou de rupture de ce contrat. Cette solution permettrait donc de résoudre également le cas des clubs qui multiplient les contrats, mais aussi cela permettrait aux joueurs de ne pas s’engager sur des durées démesurées afin d’éviter de cirer le banc pendant plusieurs saisons. Pour ne pas rendre le système trop rigide, des contrats à clause.s (nombre de matchs joués, titularisations) permettraient d’assouplir la règlementation et de contenter tous les acteurs, y compris les entraineurs.

 

Hypothèse d'une règlementation ultra stricte du marché

Ce second système, plus proche de l’actuel, pourrait être imaginé autour de clauses libératoires encadrées par les instances. Un montant maximum de 100M permettrait de freiner la bulle spéculative du marché des transferts qui ne cesse de grimper. Incomplet, ce système l’est évidemment. Il faudra l’agrémenter d’une meilleure réorientation des recettes (droits TV en tête) dans la pérennisation des clubs, la sécurité des installations et dans la redistribution aux clubs amateurs, ce joueur de l’ombre que le football professionnel et même la ministre des Sports Laura Flessel, regardent d’un œil méprisant.

Précisions

Concrètement, ces deux options ne pourraient advenir qu’en cas de subversion totale de ce que sont les principes cardinaux des instances du football à l’heure actuelle. Rompue au libre-échange et à la mondialisation capitaliste, la FIFA représente ce qui fait du football le miroir grossissant d’une société envahie par le Marché. Rompre avec ce paradigme implique donc des changements radicaux à plusieurs niveaux, dépassant le cadre -pourtant large- du football. Une fois opérés, ces changements permettraient de mettre en place un autre système. Il va sans dire qu’il n’existe pas d’espace pour une telle alternative dans le système actuel, symbolisé par les valeurs mercantilistes de la FIFA. Si les changements d’ordre politique s’opéraient dans le sens des solutions proposées, plusieurs points cruciaux poseraient les bases de ce système.

En premier lieu, le football devra se réconcilier avec la régulation que nécessite ce type de projet. Pour ne pas renouer avec les démons actuels(bulle spéculative, envolée des prix, mépris de la démocratie…), un cadre devra impérativement être posé, délimitant les montants maximums des clauses, salaires, primes et autres sources de revenus/dépenses. L’idéal étant que ces montants soient discutés et votés avec le plus de transparence possible afin d’éviter que les chiffres ne tombent du ciel à l’instar des fameux 3% qui imposent l’austérité budgétaire au sein de l’Union Européenne.

Ces limites encadreraient aussi bien les transactions individuelles et les contrats qu’elles induisent que la masse salariale des clubs (salary cap). Encadrée, la masse salariale ne pourrait pas dépasser un certain montant et éviterait ainsi un des écueils de ce système : la transplantation des dérives liées aux montants des transferts (soit les sommes qui permettent de casser les contrats) sur les salaires. Il serait donc préférable d’éviter le changement « doux » dans lequel les clauses libératoires se maintiendraient et se généraliseraient.

Par la suite, certains assouplissements pourraient être trouvés pour ne pas reproduire le défaut que cette solution prétend corriger, celui de la confiscation du football par une coterie insensible aux aspirations des acteurs du football, à commencer par les supporters (ou consommateurs dans leur langage). Parmi ces assouplissements, la question des joueurs prêtés pourrait être au centre de beaucoup de controverses. Comment permettre aux jeunes footballeurs de faire leur trou s’ils plombent la masse salariale des clubs ? Une masse salariale parallèle réservée aux joueurs prêtés pourraient satisfaire certains…

Quoiqu’il en soit, il serait regrettable de prétendre détenir la panacée qui soignerait le football de tous ses maux en gravant d’autres règles dans le marbre, aussi bonnes sont-elles. C’est par la discussion et la délibération populaire que les règles du football devraient et devront être amendées pour ne pas sombrer dans une solution qui ne serait que partielle autrement. Ce débat sur le mercato et la dérive mercantile qui gangrène le football en amène donc un second : est-il sain que les supporters, organe vital du corps football, n’aient pas leur mot à dire sur les dirigeants des clubs et des instances qui les dirigent et donc sur les décisions prises, a fortiori quand elles les concernent directement ?

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