Nîmes - OM : on a vécu la noyade de l’OM depuis le marécage des Costières

Au cours de cet été, la France a subi un épisode caniculaire très aigu. Si la canicule semble n’être qu’un lointain souvenir pour une grande partie du pays – comme à Paris où le temps est redevenu automnal – une petite région résiste encore et toujours. Le sud-est du pays continue effectivement à voir le thermomètre culminer à des points très hauts et la mer être à une température anormalement élevée. Par-delà ces considérations météorologiques, l’été a été chaud à Marseille en termes footballistiques. En dépit – ou en peut-être raison – de la belle saison passée, le feuilleton Balotelli et une préparation inquiétante ont largement contribué à faire monter le mercure, l’inquiétude et la tension sur les bords de la Méditerranée. Si cette année Jacques-Henri Eyraud ne s’est pas risqué à proposer une tisane aux supporters, sans doute en raison de la chaleur extrême, son petit message à propos d’Apple posté sur Twitter n’est visiblement pas passé.

 


A ce propos, ne faudrait-il pas fermer le mercato ?


 

C’est donc avec un sentiment ambivalent, entre excitation et fébrilité, que les supporters phocéens attendaient le lancement de la saison face à Toulouse au Vélodrome. La large victoire obtenue par les Ciel et Blanc face à de bien faibles Haut-Garonnais a eu l’effet de ces orages d’été, qui n’ont pas manqué de frapper la région ces dernières semaines, lorsque la foudre et les éléments se déchainent un temps avant de se retirer pour laisser une atmosphère plus respirable et des températures moins hautes. Pourtant, comme souvent à Marseille, le répit a été de courte durée et, de la même manière que la chaleur étouffante a rapidement chassé la fraîcheur éphémère, la victoire face à Toulouse a prestement été remplacée par une excitation teintée d’inquiétude à l’orée d’un déplacement aux Costières qui fleurait bon le piège.

 

Casser le thermomètre

 

Ces quelques doutes et ces considérations sombres sont rapidement balayées dès lors que les bus s’élancent depuis le boulevard Rabatau aux alentours de 16h. C’est dans la joie, la bonne humeur et une nécessité absolue de boire des breuvages de toutes sortes que le voyage s’effectue, entre chants à la gloire de l’Olympique et quolibets à l’égard des Nîmois. Bien que seulement un peu plus d’une heure sépare Marseille de Nîmes, les gentilles attentions du préfet du Gard vont faire que le voyage sera rallongé d’un parcage en bordure d’autoroute sous un cagnard propice aux batailles d’eau et à la recherche d’endroits ombragés pour éviter d’arriver au stade complètement asséché, ce qui n’empêche pas certains d’improviser un foot sur un terrain vague.

Avant de partir, certains jugent opportun de balancer des fumigènes dans les herbes sèches, une manière sans doute d’annoncer leur intention de mettre le feu dans le stade quelques heures plus tard. Du parcage au stade, le cortège s’ébranlent sous bonne escorte policière et les multiples arrêts sur l’autoroute permettent à la sauce de monter gentiment entre supporters nîmois au volant de leur voiture et nous dans les bus. Ce gentil jeu de la provocation entre supporters des deux camps se poursuit durant tout le trajet, la concentration de Nîmois augmentant au fur et à mesure que le stade se rapproche. A notre descente des bus, les CRS, sans doute soucieux de nous rafraichir au vu de la très forte température nous vaporise de leur brumisateur, seul petit problème ceux-ci font pleurer et piquent le nez. Une fois installés dans le parcage, les chants à la gloire de l’OM et les insultes adressées aux Nîmois repartent de plus belle dans un stade à la fois sympathique et atypique dans le monde professionnel – il fait effectivement plus penser à un stade de rugby qu’à un stade de foot. A l’entrée des joueurs, le parcage s’embrase tandis que les Winners brandissent une bâche des Gladiators, le principal groupe ultras de Nîmes. La fête peut commencer se dit-on alors.

 

 

La honte puis la révolte

 

Si nos joueurs sont honteux tout au long du match et finissent par s’incliner de manière tout à fait logique face à une équipe de Nîmes survoltée, dans le parcage la première mi-temps laisse clairement à désirer. Heureusement, la mi-temps permet à chacun de se recentrer sur l’objectif de soutenir l’équipe en même temps que de représenter Marseille dans un stade quelque peu schizophrène puisque beaucoup des supporters nîmois présents hier portent sans doute aussi l’OM dans leur cœur. Rendons toutefois aux Crocodiles ce qui leur appartient et reconnaissons que les Costières savent faire du bruit, ce n’est en effet pas tous les jours qu’un stade parvient à recouvrir par moments le parcage marseillais. Taquins, les supporters de Nîmes entonnent un chant désuet mais de facto sympathique pour nous chambrer, le fameux « et ils sont où les Marseillais ? », ce à quoi le parcage répond d’une seule et même voix qu’ils sont en train de s’occuper de leur maternelle.

 


En 2013, nous avions interviewé Renaud Ripart, héros de ce match, alors tout juste professionnel.


 

C’est néanmoins avec la tête basse et le moral à zéro que nous accueillons les trois coups de sifflet finaux de Benoit Bastien, forcés de regarder les joueurs nîmois communier avec leur public et Renaud Ripart venir chambrer le parcage bien longtemps après la fin du match en faisant le tour du stade pieds nus. Alors que les toilettes – et donc l’eau – nous sont interdites par les stadiers, ce sont les Schtroumpfs de la DNLH (division nationale de lutte contre le hooliganisme), véritables bras armés de l’Etat policier et sécuritaire, qui subissent notre courroux alors qu’ils nous filment comme si nous étions des animaux en cages, ce qui leur vaudra des appels à tester de nouvelles pratiques sexuelles avec des caméras.

Quelques minutes plus tard, c’est le délégué qui fera l’objet de quolibets après être venu se planter en bas du parcage d’un air de défi. C’est après ces multiples péripéties que nous sommes enfin autorisés à aller boire puis quitter le stade. Sur le chemin du retour, le silence et le dépit se sont substitués aux chants et à la bonne humeur. En arrivant à Marseille et en récupérant la voiture, on passe devant le Vel encore illuminé et l’on se dit que dans un peu moins d’une semaine, les joueurs auront intérêt à montrer radicalement autre chose s’ils ne veulent pas se faire croquer par leurs supporters après s’être faits dévorer par les Crocos.

 

Crédits photos: Yelpa_Tribune_Marseille 

Laisser un commentaire