Critique du livre "Docteur Socrates : Footballeur, philosophe, légende" par Andrew Downie

Titre : Docteur Socrates : Footballeur, philosophe, légende
Auteur : Andrew Downie
Prix : 18.90€
Edition : Solar

Introduction

Nous aimons bien dépeindre nos héros de sorte à forger un mythe autour de leur personne. Nous usons donc souvent de grosses ficelles, comme des notions de bien et de mal, le petit contre le grand, l’oppresseur et l’opprimé. Socrates ne faisait pas exception. Aujourd’hui encore son mythe est entretenu religieusement, mais il ne pouvait pas en être autrement : un footballeur, diplômé en médecine, portant le prénom d’un des plus grands philosophes que l’histoire ait connu ; c’est une histoire qui s’écrit toute seule. Ici c’est Andrew Downie qui nous la raconte dans cette biographie qu’il a appelée Docteur Socrates. Ce choix de titre se révélera judicieux car on le comprendra à la lecture, tout commence par là pour Socrates, sa genèse débute avec cette décision de devenir médecin. La première partie du livre s’attarde beaucoup là-dessus, alors que le passage sur son enfance est aussi bref qu’anecdotique, ses années étudiantes sont elles mises en lumière. On y rencontre un jeune Socrates issu de la classe moyenne, avec un père autodidacte obsédé par la lecture et l’éducation, poussant ses enfants à mener des études.

 

 

Downie ne déconstruit pas un mythe, mais presque, il dresse un portrait plus proche de la réalité que les histoires qui ont été rapportées sur Socrates, qui sur toute la première partie de la biographie apparait comme un jeune homme nonchalant, extrêmement doué mais très naïf sur ce qui l’entourait. Sa vie se partageait entre le football et la médecine. On assiste au choix cornélien entre les deux, alors que pour Socrates le premier apparait comme un loisir, plus qu’une vocation.
Des engagements politiques ? Pas pour tout de suite. L’auteur dépeint le caractère de Socrates et donne tous les éléments qui permettent de comprendre la trajectoire de sa carrière de footballeur, mais également son style de jeu et tout ce qui faisait de lui un joueur et une personnalité pas comme les autres.  Le récit est ponctué de dates clés, de témoignages de personnes qui l’on connut, de son illustre frère Rai à ses anciens coéquipiers.

 


Chapitres

A découvrir


Avis de la rédaction

Downie ne romance pas ou très peu et s’en tient aux faits, sa passion pour le football transparait cependant car il ne lésine pas sur les détails des matchs dont il fait le récit de manière saisissante. Il dresse en parallèle le portrait du football brésilien, son évolution et par ce biais également le portrait de la société brésilienne dans un pays à l’équilibre économique et politique instable. Il se garde cependant bien de porter un regard de jugement et ne se laisse pas aller à l’analyse et la critique tous azimuts. Pourtant le monsieur le pourrait légitimement: parlant le portugais couramment et vivant au Brésil depuis des années, Downie connait son sujet. Il en reste qu’il s’en abstient et c’est d’autant bienvenu que cela laisse le loisir au lecteur de se faire sa propre opinion. Dans un style d’écriture dépouillé – on suspecte que la traduction de l’Anglais au Français y est pour quelque chose – il laisse toute la place au protagoniste de l’histoire.

La deuxième partie de la biographie s’intéresse elle à l’évolution de Socrates en tant que footballeur professionnel : son transfert au Corinthians et un peu plus tard la naissance de la fameuse démocratie corinthiane. Se révèlent les chapitres les plus passionnants de la vie du Docteur Socrates, ceux qui ont contribué à faire sa légende. Sa rencontre déterminante avec Adilson Monteiro, son initiation intellectuelle et idéologique puis, sa révélation enfin en tant que leader charismatique en dehors du terrain. Loin de la glorification et des raccourcis simplistes, l’auteur nous raconte un homme avec ses convictions et ses contradictions, sans tomber dans le manichéisme. L’image est plus réaliste, plus humaine, mais pas moins fascinante. Andrew Downie réussit à nous transmettre l’essence de qui était Socrates, un homme mu avant tout par un désir viscéral de liberté, bien plus que par des convictions politiques. Un homme d’excès mais d’un dévouement sans faille à ses convictions intimes jusqu’à la fin ou du moins jusqu’aussi loin qu’il pouvait aller.

La politique brésilienne fait à nouveau l’actualité et cette biographie en prend une valeur supplémentaire pour le non initié qui pourra y trouver des éléments de réflexion, notamment sur les récentes prises de position d’un nombre de footballeurs brésiliens vis-à-vis de la politique de leur pays.

Socrates, docteur, footballeur, philosophe, légende, n’est plus. La biographie ci présente le raconte, mais nous avons malgré tout et malgré ces quelques trois cents pages documentées, toujours le sentiment de n’en connaitre que peu sur lui ; comme si l’histoire se cachait derrière l’histoire, comme si nous n’avions pas le droit de tout connaitre. Ce n’est pas tout à fait surprenant, de son vivant déjà il était discret, timide, il tentait de cacher sa longue silhouette étrange, sa tignasse folle, derrière la bouteille. Comme un filtre éthylique entre lui et nous, entre lui et le monde qui le réclamait. Socrates aimait par-dessus tout sa liberté et s’il n’appartenait à personne de son vivant, il ne s’appartient qu’à lui-même après sa mort.

 

Avis de la rédaction7.7/10

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Intérêt football8
Style6
Accessibilité9
7.7
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