Les Football Leaks, le PSG et la tentation du bouc émissaire

Vendredi soir, peu avant que le PSG et le LOSC n’ouvrent la 12ème journée de Ligue 1 dans ce qui a constitué le choc du week-end entre le leader et son dauphin, Mediapart a lancé un autre match. Réunis dans un consortium européen (l’European Investigative Collaboration), plusieurs médias du Vieux-Continent se sont associés pour faire de nouvelles révélations dans le cadre des Football Leaks. Après Cristiano Ronaldo, Doyen Sport ou encore Jorge Mendes en 2016, le consortium affirme que les révélations de cette saison 2 des Football Leaks vont être encore plus explosives.

Au vu des premières informations publiées, il me parait clair que cette promesse n’est pas de la publicité mensongère mais bel et bien un simple état de fait. Déjà épinglés par le consortium après seulement quelques jours de révélations, Manchester City, Monaco, Gianni Infantino, Michel Platini ou encore le projet de Super League défendu par quelques mastodontes du football européen confirment effectivement que cette deuxième saison des Football Leaks vise à s’attaquer au système et non plus à des individus ou club. Evidemment – principalement dans les discussions aux machines à cafés ou sur les réseaux sociaux tant les médias sportifs traitent le sujet d’une manière critiquable (nous y reviendrons dans un prochain papier) – ce sont les révélations autour du PSG et de ce que Mediapart a appelé le « dopage financier ». Par-delà la guéguerre entre supporters marseillais et parisiens, c’est tout le monde ou presque qui semble phagocyté par les révélations concernant le club de la capitale, ce que je considère être une menace particulièrement importante en cela que lesdites révélations semblent nous faire passer à côté du cœur du problème.

 

Rien de nouveau, vraiment ?

 

Clarifions d’emblée ce qui pourrait être un point de flou, dans cette partie seules les révélations sur le PSG seront évoquées. Toutes celles liées à Manchester City, Monaco, la Super League et autres seront abordées partiellement dans la partie suivante mais surtout au fil d’autres papiers. Si l’on se centre sur le PSG, quelle est la ligne de défense de nombreux suiveurs ou supporters du club de la capitale depuis vendredi, coup d’envoi des révélations liées aux Football Leaks ? Assurément l’argument selon lequel lesdites révélations ne nous apprennent rien que l’on ne savait déjà et qu’elles n’ont donc aucune valeur. Je suis personnellement enclin à qualifier cette défense de fumeuse pour au moins deux raisons : la première concerne le détail et la précision desdites révélations. Oui nous avions eu vent de contrats surévalués (Mediapart parle de près de 1,8 Milliard d’€) et des enquêtes de l’ICFC mais nous n’étions pas au courant des différents montages. Surtout, il y a une différence entre des rumeurs et des preuves apportées. Quiconque est de bonne foi le reconnaîtra aisément.

Les principales informations que nous apportent les Football Leaks ne concernent finalement pas tant le fait que des contrats qataris aient été surévalués mais bien plus assurément la manière dont le PSG a réussi à échapper à des sanctions plus lourdes. L’on apprend effectivement dans l’article de Mediapart que l’ICFC (Instance de Contrôle financier des clubs, le gendarme financier mis en place dans le cadre du Fair-Play Financier) a retoqué lesdits contrats mais ce que nous apprennent les Football Leaks c’est plus précisément que ce gendarme financier a été court-circuité par les dirigeants de l’instance européenne – ce que nous aborderons très prochainement – et qu’en dernier recours après les divers arrangements établis, ce sont pour des « raisons politiques » selon Mediapart que le PSG a échappé aux sanctions. L’ICFC ne l’a d’ailleurs pas entendu de cette oreille et continue à enquêter et à militer pour des sanctions plus importantes comme l’explique très bien Mediapart.

 

Les structures, voilà l’ennemi

 

Comme je l’évoquais plus haut, l’ICFC a mené de nombreuses enquêtes et continue d’en mener en réclamant des sanctions appropriées. Il peut d’ailleurs être envisageable, maintenant que les Football Leaks sont sortis, de voir l’UEFA prendre une sanction plus lourde à l’égard du PSG (qui pourrait alors se tourner vers les juridictions françaises et européennes pour contester la légalité du FPF) pour calmer la foule si celle-ci devenait trop menaçante. Je crois pourtant que faire du PSG un bouc-émissaire n’est ni juste, ni pertinent, ni un moyen de lutter contre un problème plus global. Je le disais précédemment, les révélations des Football Leaks tendent à démontrer que le cœur du problème est le système et non pas ceux qui en profitent comme le PSG, Manchester City ou l’AS Monaco. C’est d’ailleurs l’UEFA elle-même qui négocie avec les clubs pour qu’ils échappent aux sanctions ou quand le gendarme explique au voleur où est la clé de sa salle de garde à vue finalement.

Je suis effectivement de ceux qui pensent que ce sont les grandes structures qui régissent tout et que les individus ou sous-structures agissent selon lesdites structures dans lesquelles elles ont été plongées. A partir de là, il devient évident de dire que le PSG, au vu des révélations de ces Football Leaks, n’a fait que profiter d’un système au sein duquel on fermait les yeux sur ses dérives un peu comme le fisc français via le verrou de Bercy ferme les yeux sur l’évasion fiscale des grandes fortunes. Finalement, tomber uniquement à bras raccourci sur le PSG est la meilleure des choses qui puisse arriver à l’UEFA qui pourrait ainsi faire perdurer son système inique en faisant du club de la capitale un bouc émissaire commode.

 

Le risque du pharmakos

 

Dans La Violence et le sacré, René Girard met bien en évidence la dynamique qui pousse à la création de bouc émissaire, ceux qu’il appelle les victimes sacrificielles. Il rapproche cette figure de celle du pharmakos. Qu’est-ce qu’un pharmakos ? Dans la Grèce Antique, il était une personne qui représente à la fois le poison et le remède. Concrètement il s’agissait de faire parader le pharmakos dans la ville afin qu’il draine tous les éléments négatifs avant d’être expulsé de la Cité. Finalement, il agit comme une forme de paratonnerre puisqu’il attire à lui toutes les choses néfastes afin d’éviter à la cité de subir le courroux divin. A ce titre Œdipe fait figure de modèle puisqu’après s’être crevé les yeux il s’enfuit de Thèbes pour lui éviter de subir la malédiction qui lui est promise. Tout porte à croire que le PSG joue aujourd’hui le rôle de paratonnerre pour le système en place.

En montrant du doigt le PSG comme le vilain petit canard du foot mondial, certains visent sans doute à nous faire croire que la pratique du club de la capitale est celle d’une brebis galeuse alors même qu’elle s’inscrit dans une démarche systémique. Il est d’ailleurs assez significatif de remarquer qu’aucun, ou presque, gros club européen ne s’est aventuré à critiquer frontalement le PSG, peut-être pour la simple et bonne raison que nombreux sont ces clubs à agir, d’une manière ou d’une autre, de la sorte. Finalement le PSG doit être, dans le schéma qui semble se mettre en place, une forme de pharmakos pour le système actuellement en place : chargé de drainer toutes les frustrations, toutes les colères puis d’être peut-être sacrifié afin que le système en place demeure. Sa sanction exemplaire, si elle devait arriver, sifflerait donc la fin de la récréation et affirmerait : « circulez il n’y a plus rien à voir ». Il ne s’agit en rien de dédouaner ou minimiser les actes du PSG, ceux-ci sont graves. Il s’agit bien plus assurément de mettre lesdits actes en perspective avec toutes les révélations des Football Leaks. Il est grand temps d’abandonner notre pusillanimité et de nous saisir des grands problèmes qui minent notre football. Peut-être un tel engagement massif est-il une utopie. Mais si nous ne le tentons pas, alors nous serons réellement perdus. Et nous mériterons notre sort.

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