Zakaria Bakkali : l’anti-crack par excellence ?

"Le plaisir le plus important est de voir un jeune joueur avec des bonnes qualités, imaginer comment il peut devenir bon. Ils écoutent ce qu'on dit. C'est un grand plaisir. C'est comme un professeur. À l'école, en mathématiques, en histoire, enseigner quelque chose et voir ce qu'un élève aime à propos de l'histoire. Ce professeur sera plus impliqué avec cette personne. C'est la même chose avec le football. On a besoin de quelqu'un derrière nous ou en face pour nous dire 'va dans ce sens-là' et peut-être qu'après, ce ne sera pas suffisant car le football est très compétitif. Ou peut-être que tu vas te tromper. Mais c'est la plus belle des choses. » Il est fort ce Pep Guardiola quand même, on dirait presque qu’il a le football dans la peau. Cette phrase représente parfaitement la société footballistique actuelle. Ce besoin perpétuel de lancer des jeunes dans la sphère professionnelle sans réellement savoir si ils sont prêts à s’adapter, à grandir. Mais comme le souligne si bien l’entraîneur espagnol si nous n’essayons pas, nous ne pourrons jamais savoir. C’est de là que surgit le phénomène d’anti-crack. Ce jeune si brillant qui ne s’adaptera jamais à cet univers impitoyable qu’est le professionnalisme. Malgré son jeune âge mais à cause de sa grande expérience, on pourrait voir en Zakaria Bakkali l’exemple parfait de l’espoir déchu.

 

Ses débuts hollandais : la tempête avant le calme

Après avoir éclaboussé de son talent les matches chez les jeunes du RFC puis du Standard de Liège, Zakaria Bakkali s’engage le 30 juillet 2013 du côté d’un des plus grands clubs hollandais : le PSV Eindhoven. Il débute alors à l’âge de 17 ans.

Son premier match professionnel en dit long sur ce qui est attendu de lui. Il est titulaire lors du troisième tour de qualification de la Ligue des champions 2013-2014 face au SV Zulte Waregem. La semaine suivante, il inscrit son premier but à l’occasion du match retour. Puis vient le moment où il montre à l’Europe entière qui il est, en se positionnant comme l’un des plus grands cracks du continent. Le 10 août 2013, il s’offre son premier hat-trick en championnat face au NEC Nimègue. Il devient alors le plus jeune joueur en Eredivisie à réaliser une telle performance.

On croyait assister à la naissance d’un petit génie du ballon rond, mais les mois qui vont suivre vont le reléguer rapidement au rang de petit diable indésirable. En effet, à la suite de performances plus que mitigées, Zakaria souhaite à tout prix prolonger chez les résidents du Philips Stadion. Et ce, jusqu’à faire entrer en jeu son coach chez les Espoirs belges qui va convaincre le club d’étendre son bail jusqu’en 2017. Une prolongation de contrat idéale qui inclut une prime à la performance, au mieux il jouera au plus il sera payé. Monsieur Bakkali trouve alors le moyen de se plaindre, un salaire dépendant des performances et puis quoi encore ? Il traîne. Il ne donne pas de réponse à temps. Le club en a marre. Bref, il est prié de faire ses valises et de s’envoler vers de nouveaux horizons.

 

Vamos a España, a mi me gusta jugar ?

Je vous vois déjà en train de vous déhancher au rythme de ce son endiablé mais vous allez vite déchanter. Après son expérience hollandaise, le diable rouge va s’expatrier pendant trois saisons en Espagne. Une nouvelle aventure qui devait le relancer sur le devant de la scène. Une nouvelle aventure qui va une fois de plus fragiliser le petit ailier gauche. Il enchaîne deux saisons à Valence, rythmées par une blessure importante à l’aine puis un retour difficile sur les pelouses avec des performances en demi-teinte. Résultat : trois buts et trois passes décisives en 41 matches. Insuffisant pour son entraîneur Marcelino qui le prête alors une saison au Deportivo La Corogne. On s’imagine que le belgo-marocain va gagner du temps de jeu, qu’il va enfin s’affirmer au niveau professionnel en devenant le leader technique de l’équipe de Galice. Mais c’est peine perdue. Une cheville fragile l’écarte des terrains pendant plusieurs semaines. En une saison, il dispute 23 matches de championnat pour aucune réalisation. Le Deportivo finit 18ème à quatorze points du premier non-relégable. Son dernier match de Liga se soldera par une défaite face à… Valence (2-1). Ironie du sort quand tu nous tiens…

 

Retour au bercail gagnant ?

Comme toute grande trilogie, il y a toujours un épisode réservé aux origines. C’est chose faite. A tout juste 22 ans, tout ne semble pas perdu pour le dribbleur liégeois. Il fait cet été, son retour en Belgique du côté d’Anderlecht. Alors qu’il avait l’occasion de rejoindre son club formateur, il justifie son choix : « Le Standard avait également un bon projet mais j’ai regardé les joueurs qu’Anderlecht avait et voulait encore et je trouvais plus avantageux de venir ici. » Un choix plutôt judicieux car les mauves sont actuellement à la quatrième place du championnat. Le petit technicien en est lui, à trois buts en douze matches toute compétition confondue. Cela représente le tiers de ses buts en compétitions officielles professionnelles. Espérons que ça ne soit que le début.

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