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Le FPF est-il vraiment la panacée ?

Lancé par l’UEFA en 2010 et entré en vigueur en 2011, le Fair-Play Financier – ou FPF en abrégé – est au cœur de bien des polémiques depuis sa mise en place. Déjà critiqué soit pour sa passivité soit, au contraire, pour son caractère inégalitaire, le FPF est aujourd’hui en plein cœur de l’actualité footballistique avec les multiples révélations des Football Leaks. Bien que lesdites révélations ne concernent pas uniquement le FPF, nombreuses sont celles qui traitent d’un contournement de celui-ci par de multiples acteurs. Que ce soit le PSG, l’AS Monaco, le Zénith, Manchester City ou bien d’autres, toutes ces révélations convergent vers un même point de fuite : l’UEFA et son instrument censé instaurer une plus grande équité financière et empêcher le fameux « dopage financier ».

Les révélations du consortium européen dont fait partie Mediapart viennent pourtant mettre à mal la posture de l’UEFA qui se présentait comme un garant de l’équité financière via l’intermédiaire de son instrument et de son gendarme l’ICFC – dont nous traiterons dans un prochain papier. Le fiasco mis en évidence par les Football Leaks est assurément celui de ce FPF qui n’a rien empêché du tout puisque l’UEFA a presque tout le temps négocié, parfois dans le dos de l’ICFC, pour trouver des accords amiables et éviter des sanctions trop lourdes pour certains des clubs les plus riches du Vieux-Continent. Il faut dire qu’exclure ces clubs des compétitions européennes comme le prévoit le règlement du FPF revenait, pour l’UEFA, à se tirer une balle dans le pied tant Manchester City ou le PSG pour ne citer qu’eux génèrent des revenus télévisuels importants. Critiqué de toutes parts, le FPF semble loin d’être le remède miracle aux maux qui frappent le football, qu’en est-il réellement ?

 

Le FPF et le fair-play

 

Présenté comme l’instrument miracle contre le dopage financier, le FPF est souvent critiqué par des clubs comme Manchester City ou le PSG. Bien que leur argumentaire puisse parfois paraître démagogique, il ne me parait pas absurde de s’arrêter sur les arguments mis en avant et notamment l’usage qui a été fait du FPF qui ressemble à s’y méprendre à une forte barrière à l’entrée du club des super grands européens. Avant de s’attarder sur cette question il me parait important d’examiner l’un des arguments utilisés par le PSG dans son attaque du FPF : l’iniquité face à l’imposition. Evidemment, personne ne force le club de la capitale à surpayer les joueurs qu’ils recrutent et une bonne partie de ses dépenses est liée à cet état de fait. Toutefois, en faisant fi de la différence de cotisations sociales à verser selon les pays, le FPF fait preuve d’un manque de fair-play flagrant.

Revenons à l’argument utilisé tant par le PSG que par Manchester City et qui explique que le FPF est en réalité un cadeau fait aux mastodontes historiques du football européen. Comme je le disais plus haut, celui-ci peut paraitre démagogique. Il n’en demeure pas moins vrai que la mise en place du FPF en 2010 puis son entrée en vigueur en 2011 a coïncidé avec l’arrivée des Emiratis et des Qataris à la tête respectivement des Skyblues et du PSG. En cela, il ne me parait pas absurde de voir dans le FPF une barrière à l’entrée de la cour des très grands dans le sens où les clubs comme le Real, le Barca, le Bayern, etc. ont pu construire leur position dominante à une époque où le FPF n’était pas en vigueur et que lesdits clubs ont pour certains bénéficier de conditions très avantageuses comme des effacements de dette de la part de l’Etat espagnol par exemple.

 

Par-delà le FPF

 

Une fois ce constat dressé que convient-il de faire ? L’on pourrait se dire qu’il faut abandonner toute régulation et laisser libre court aux forces de l’argent puisque l’on ne peut pas grand-chose contre elles – comme le montrent bien les multiples exemples de contournement du FPF. Quiconque me connait quelque peu sait que ce n’est en rien ma position. Il pourrait être confortable de se dire que le FPF, bien qu’imparfait, est une solution somme toute convenable si l’on prenait la peine de le réformer quelque peu et de lui adjoindre un gendarme un peu plus sévère. Je crois pourtant que ce serait faire fausse route. Le problème du FPF n’est pas tant qu’il ne soit pas appliqué mais bien plus l’idée qui le sous-tend à mes yeux.

Effectivement, le FPF n’entend pas réellement mettre à mal la voracité du foot business mais tout simplement l’enjoindre à générer assez de revenus pour continuer à dépenser des sommes ahurissantes. Le FPF n’est finalement au football que ce que la moralisation du capitalisme à la lutte contre les inégalités, une chimère. Il revient finalement à casser le thermomètre pour dire que l’on n’a plus la fièvre. Le fiasco du FPF révélé par les Football Leaks doit nous permettre de militer pour une révolution profonde du football professionnel afin d’arrêter le train des mesurettes qui ne sont que de l’affichage et rien d’autres. Si l’on veut réellement arracher le football professionnel aux griffes de l’argent qui, selon une phrase de Mitterrand restée célèbre, « qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes », il nous faut mettre en place une régulation ambitieuse et qui ne soit pas que de façade. Alors évidemment ceci prendra du temps et dessiner les contours d’une telle régulation ne sera pas chose aisée mais déjà prendre le temps d’y réfléchir (salary cap, limitation du nombre de joueurs dans l’effectif, etc.) représentera une première victoire en cela que la bataille culturelle sera enclenchée. Dans le cas contraire, le FPF ne représentera alors une révolution qu'au sens astronomique du terme, à savoir un tour sur soi-même.

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