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Fichage ethnique, le système nauséabond

Parmi l’ensemble des révélations effectuées dans le cadre des Football Leaks, celle sur le fichage ethnique opéré par le PSG est sans doute la plus nauséabonde et dramatique. Evidemment, la question du « dopage financier », celle de l’immixtion des intérêts géopolitiques dans le football ou encore le projet de Super League ne sont pas anecdotiques mais il ne me parait ni absurde ni exagéré de voir dans le fichage ethnique révélé par Mediapart, L’Equipe et d’autres médias, la branche la plus pourrie de ces Football Leaks premièrement parce que ce sujet représente le seul acte pénalement répréhensible mais surtout parce qu’il est porteur de toute une vision de la société qui est rance.

De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer un acharnement à l’encontre du PSG ou pour nous expliquer que nombreux étaient les clubs à adopter cette pratique, un peu comme si la force du nombre rendait une pratique honteuse plus légitime, nous reviendrons sur ce point. Je crois que ce qui est assurément le plus révoltant dans cette histoire de fichage ethnique réside dans deux points principaux : le premier est évidemment le fait que ledit fichage ethnique arrive quelques années après l’affaire des quotas à la FFF et reprend exactement les mêmes stéréotypes, la preuve que rien n’a progressé depuis. Le second, peut-être le plus grave, réside dans le fait que la mise en place de tel quota met drastiquement à mal le caractère universel du football.

 

Le racisme à visage découvert

 

Avant tout il me faut, je crois, énoncer clairement les choses. Mal nommer un objet c’est ajouter au malheur du monde disait Albert Camus et dans le cas présent il me parait nécessaire d’expliciter crûment à quel point le fichage ethnique est une pratique qui puise ses fondements dans un imaginaire raciste. Il ne devrait pas être nécessaire de rappeler ces quelques points mais relativement nombreuses sont les personnes à nous expliquer que le fichage ethnique n’est pas quelque chose de raciste et qu’il ne faut pas tout mélanger. Les mêmes nous disent qu’il s’agit là d’un simple critère de sélection tout comme l’on sélectionnerait les joueurs selon leur taille ou leur style de jeu. Ce que les défenseurs de la fange ne semblent pas comprendre, c’est précisément que sélectionner selon un critère ethnique n’est pas exactement la même chose que sélectionner selon un critère technique.

Le fichage ethnique repose sur deux présupposés tout aussi racistes l’un que l’autre en cela qu’ils essentialisent des groupes ethniques. Le premier, le plus évident aussi, réside dans la croyance d’un communautarisme nécessaire – au sens philosophique du terme, à savoir ce qui ne peut pas ne pas être ou être autrement – en cas d’une proportion importante de tel ou tel groupe ethnique. Imagine-t-on le tollé que provoquerait un tel positionnement s’il était appliqué aux Blancs et qu’on expliquait qu’on ne recrute plus de Blancs parce qu’il y en a déjà trop. Il est d’ailleurs très significatif de voir que les catégories différencient le Français, du Noir ou de l’Arabe, un peu comme si ne pas être Blanc faisait de vous un non-Français, ce qui n’est pas éloigné d’une logique bien puante et raciste. Le deuxième présupposé est plus fin mais sans doute plus scandaleux. Il consiste à croire que le Noir ne peut être que grand, costaud mais bourrin alors que le Blanc sera plus frêle mais plus technique et intelligent.

 

La mise à mal de l’universalisme du football

 

Par-delà la question du racisme, ce fichage ethnique met à mal ce qui est sans doute la plus belle idée du football, son universalisme, sa propension à ne pas juger la personne selon qu’elle soit riche ou pauvre, blanche ou noire mais simplement sur ce qu’elle est capable de faire sur le terrain. En mettant en place ce genre de fichage ethnique – qui s’apparente plus ou moins à des quotas – le PSG et d’autres clubs ont mis à mal ce si beau principe. Il me parait salutaire de pointer les dérives de ce racisme à visage découvert dans la mesure où le football est souvent vu, parfois à tort, comme un monde où le racisme n’aurait pas court. Il n’y a d’ailleurs qu’à voir les réactions de journalistes ou de supporters face aux révélations. En expliquant que leur club ne pouvait pas être raciste eu égard à la présence de Noirs en équipe première, ces personnes ne font que nous ressortir la thèse de l’ami noir pour montrer que l’on n’est pas raciste.

Finalement cette affaire de fichage ethnique ne fait que révéler que le football n’est pas un monde hors de la société mais est bien un domaine qui y est pleinement inséré. Nous vivons dans un pays où la discrimination ethnique est largement répandue, où un Noir ou un Arabe a immensément plus de chances de subir un contrôle au faciès qu’un Blanc et le football avec ses fiches rances s’inscrit dans cette logique. Il faut dire que les racistes ont reçu un blanc-seing de la part des autorités footballistiques lorsque l’affaire des quotas a été prestement enterrée et que c’est le lanceur d’alerte qui a subit les conséquences de ses révélations. En décidant de fermer les yeux sur cet immense scandale, Noël Le Graet a en partie permis que de tels fichages se mettent en place puisqu’il ne semblait pas si grave de faire des quotas après tout. Cette discrimination ethnique appliquée au football se retrouve d’ailleurs dans les instances et aux postes de directions. Combien d’Arabes ou de Noirs dans les postes stratégiques au sein des instances nationales du football ? Combien de présidents de club voire même d’entraineur au taux de mélanine élevé ? Pas beaucoup pour ne pas dire personne dans certains cas. Parce que finalement qu’est-ce qui est le plus grave entre un cri de singe dans une tribune et l’industrialisation du fichage ethnique en même temps que l’accès barré aux postes de direction ?

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