L’AS Monaco et les Tartuffe

Dans son long dossier consacré à l’AS Monaco, Mediapart a fortement mis l’accent sur les actes de Dmitri Rybolovlev ou sur les primes touchées par son homme de main au sein du club, Vadim Vasilyev, qui empoche 10% des plus-values réalisées sur les ventes de joueurs – ce qui, au vu des nombreuses ventes effectuées par le club, lui a permis de générer un véritable pactole. Les révélations des Football Leaks abordent pourtant un tout autre sujet qui n’est pas moins important en cela qu’il symbolise à merveille l’hypocrisie et la tartufferie qui peut exister dans le football contemporain.

Ce sujet quelque peu ignoré par les commentateurs est celui concernant l’accord signé par le club du Rocher et la LFP à propos du régime fiscal monégasque. Il y a quelques années, en effet, l’instance du football professionnel en France a tenté de faire payer Monaco pour compenser un régime fiscal très avantageux pour le club. En d’autres termes, la LFP considérait – à raison selon moi – que l’AS Monaco faisait preuve de concurrence déloyale à l’égard des autres clubs français en cela que la fiscalité très basse au sein de la Principauté limitait les charges payées par le club (puisque pour le même salaire net qu’en France, le salaire brut et la part payée par l’employeur est bien moindre). Ce qui partait à mes yeux d’une très bonne intention s’est rapidement transformé en fiasco.

 

Dans l’arrière cuisine

 

Pour être juste, il faut reconnaitre que la LFP est loin d’être la seule fautive dans cette affaire. Alors évidemment, la rémunération versée par l’AS Monaco au cabinet d’avocats de Frédéric Thiriez, alors président de la LFP, comme l’a révélé  Mediapart interroge mais le lobbying monégasque ne s’est pas attaqué au seul président de la LFP. Ayant bien saisi que c’est avec le soutien de certains clubs qu’ils pourraient faire pencher la balance, les dirigeants monégasques se sont appliqués à construire un réseau leur permettant d’avoir des voix qui leur seraient favorables dans les instances du football professionnel. Si le club monégasque n’est pas parvenu à rallier à sa cause l’ensemble des présidents de Ligue 1 (l’OM et le PSG restant les fers de lance de la contestation), il est parvenu à attirer dans son giron un certain nombre de présidents de club y compris le tout-puissant Jean-Michel Aulas.

Alors vice-président de la LFP, le président lyonnais jouit d’une influence très grande. C’est en partie pour cela qu’il me parait faire figure de symbole parfait de cette tartufferie. En partie seulement parce que la principale raison qui souligne sa tartufferie reste assurément ses déclarations passées sur l’AS Monaco et son régime fiscal dérogatoire. Dès 2004 en effet le président lyonnais n’avait pas de mots assez durs contre le club de la Principauté lorsqu’il affirmait que c’était « le football de la défiscalisation qui [était] en demi-finale » de la Ligue des Champions. Plus tard, il a continué sur ce refrain en expliquant qu’il fallait remettre en cause les avantages de l’AS Monaco au sein du championnat de France. Qu’est-ce qui explique alors ce revirement soudain de sa part et son soutien à l’accord amiable entre la LFP et le club ? Officiellement il explique que le club du Rocher a fait des propositions intéressantes. Officieusement l’on constate que sa société, Cegid, est choisie comme prestataire par l’AS Monaco. Intérêts individuels contre intérêts collectifs en somme.

 

Elargir le champ

 

Il serait toutefois plus qu’injuste de ne circonscrire la tartufferie dans le football mondial en général et français en particulier à cette seule affaire. Il pourrait effectivement être commode de faire de Monaco le grand méchant loup et de ceux qui l’ont soutenu les seuls Tartuffe du pays. La réalité est pourtant bien plus complexe. Quand bien même Jean-Michel Aulas garde une place toute particulière dans ce classement peu glorieux – on peut citer ses attaques répétées contre le PSG qui ne visaient en réalité qu’à tenter de sécuriser la deuxième place du championnat – nombreux sont les présidents de club (pour ne pas dire tous) à faire preuve de cette hypocrisie et de cette tartufferie. Dans la pièce de théâtre de Molière, le personnage éponyme est effectivement un faux dévot qui simule sa dévotion pour arriver à ses fins sans jamais sembler avoir honte de ses actes.

A cet égard, un peu plus au sud que Lyon nous trouvons un autre visage de la tartufferie à la française en la personne de Jacques-Henri Eyraud. Là encore, il ne s’agit pas de limiter des actes au seul président marseillais mais bien plus d’y voir un symbole de pratiques bien peu glorieuses. A son arrivée à l’OM, celui-ci avait expliqué qu’il ne travaillerait pas avec les super agents du type Zahavi ou McKay. Cette position, affirma-t-il, était guidée par une volonté de garder les mains propres et de ne pas tremper dans les tambouilles diverses et variées d’agents aussi puissants qu’en manque d’éthique. Si l’intention était louable – et souvent partagée par beaucoup de présidents à leur arrivée – Eyraud a rapidement dû déchanter et, selon plusieurs sources, avoir recours à ces fameux agents lors du dernier mercato estival pour vendre Zambo Anguissa à Fulham. Ce revirement, qui ne s’est pas accompagné de mea culpa public, symbolise à mon sens une certaine tartufferie en cela que le discours policé de l’arrivée reste officiellement en place. A travers les exemples de ces deux présidents – dirigeant deux des clubs les plus puissants du pays – nous constatons que les Tartuffe sont finalement partout et qu’il risque d’être bien difficile de les déloger.

 

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