mer. Juin 19th, 2019

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

On était à Marseille pour Angleterre-Russie (Euro 2016), compte rendu

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J’ai souhaité prendre un jour de carence à mon compte-rendu pour avoir un peu de recul sur tous ces événements et afin d’éviter un débordement de sentiment. Je ne suis pas un hooligan, ni un ultra (même si cette culture m’est familière et plutôt appréciée), juste un amateur de football populaire, c’est donc tout naturellement qu’un sourire béat s’est dessiné sur mes lèvres le jour où le tirage des poules m’a offert cet Angleterre-Russie !

Le ton était déjà donné avec des débordements les jours précédents, qui contrairement à ce qui a été dit ça et là incluaient bien évidemment des marseillais. Certains cherchaient la revanche d’un Tunisie-Angleterre de 1998 (des affrontements avaient eu lieu à cette époque entre supporters tunisiens de Marseille et les anglais) d’autres souhaitaient simplement se frotter aux icônes du hooliganisme. Imaginer pouvoir prendre quelques photos avec des trophées arrachés aux britanniques c’est un peu le saint Graal, surtout pour certains marseillais, souvent décriés par le mouvement Ultra comme étant des Ovni. Bon après bizarrement, ils étaient moins présents au vieux-port lorsque les russes ont débarqué. Étrange…

Etrange, car selon les autorités et la DNLH (Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme) les russes présents à Marseille ne faisaient pas partie des groupes réputés comme hooligans ou apparentés comme tels… Pire encore, les spécialistes de la question au niveau étatique, Monsieur Boutonnet en tête, affirmaient que le hooliganisme en Russie était peu répandu et peu connu… Ces propos auraient pu me faire rire, si les événements avaient été moins tragiques. Comment une personne non spécialiste du hooliganisme comme moi pouvait être au courant que des membres de la Gladiator Firm 96 (Spartak Moscou) seraient présents et ce plusieurs jours avant le match et que des professionnels, payés pour cette mission spécifique, ne le soient pas ? Car il faut l’avouer, les mecs du groupe que je viens de citer, ne sont pas des tendres, ce sont des spécialistes de la « fight », les mecs s’entraînent toute l’année pour se foutre sur la gueule dans les bois, un sport de combat par équipe et dont vous pouvez très facilement trouver des vidéos sur le net. Pour les avoir vu avancer dans les rues marseillaises, ces mecs n’étaient pas des alcooliques qui cherchaient la bagarre, ils étaient organisés, savaient où se positionner et qui frapper, une organisation paramilitaire. Bien évidemment en face, ce ne sont pas des enfants de chœurs hein, mais c’était rudement moins bien organisé, plus à l’ancienne. C’est en quelque sorte l’affrontement entre deux « écoles » du hooliganisme dont on a pu faire les frais et une chose est sure, les russes ont fait preuve d’une effrayante efficacité. Leur faible nombre a été compensé par leur organisation. D’ailleurs aucun russe ne figure parmi les personnes interpellées à Marseille et ce n’est pas un hasard…

Hools - Marseille
Le lancer de chaise – Sport devenu officiel pendant l’Euro 2016

Interlude terminée, passons au déroulement de cette rencontre. Après quelques bières en fan zone et dans ces environs (et un superbe «  Don’t Look Back In Anger »), une petite marche digestive accompagné de quelques anglais s’impose. Nous sympathisons d’ailleurs rapidement, un habitant de Nottingham qui parle un peu le français, c’est fort, il me souligne ensuite que j’ai un meilleur niveau d’anglais que l’ensemble des flics qu’il a pu rencontrer depuis lors, je ne sais pas comment prendre la vanne alors on finit la bière. Il me demande mon avis sur l’affaire Benzema, je lui demande s’il préfère Giroud ou Sterling, bref une bonne ambiance, gros contraste avec les faits violents environnants. Arrivé rond-point du Prado, petite douche par le camion de CRS et quelques lacrymo, histoire de mettre tout le monde dans de bonnes dispositions. Etat d’urgence et match à haut risques oblige, on se retrouve à faire tout le tour du stade, deux barrages filtrants, qui n’ont de barrage que le nom d’ailleurs, fouilles légères, même dans le métro tu as déjà eu plus proche comme contact, pas étonnant que les russes aient réussi à faire rentrer un pistolet de détresse. Quand je vous disais plus haut que nos méthodes sont extraordinaires !

Fan Zone
La Fan Zone – très calme pendant la victoire des gallois

Rentré dans l’antre de l’Orange Vélodrome (faut s’y faire, un bien joli nom pour une belle référence au grand banditisme local et à ses visites au parloir avec ce fruit délicieux), le stade est rempli d’anglais, grosse ambiance. On est placé juste au-dessus des buts et je dois préciser que c’est la plus belle ambiance qu’il m’ait été donné de voir pour une équipe nationale. Il n’y a pas à dire, la culture football est là devant moi et ce ne sont pas les « olé » pathétiques des français face aux roumains à la 93ème qui me feront changer d’avis, bien au contraire.

Après un magnifique God Save the Queen, un remix de « Freed From Desire » (Ndlr: WILL GRIGG’S ON FIRE, YOUR DEFENSE IS TERRIFIED) et un « Please don’t take me Home », les hostilités sont lancées (je pense qu’il faut que j’évite d’utiliser ce terme pour ce match en fait…). Gros match des anglais, grosse ambiance, manque cruel de finition et un Sterling qui fait de la merde, tout le stade le voit… Enfin presque. J’ai eu l’occasion de voir des grands joueurs évoluer sous mes yeux, le filtre de la télévision fausse souvent le débat sur les qualités d’un joueur, notamment sur ses replis défensifs, son jeu sans ballon, ses appels etc… Je peux maintenant affirmer que je comprends l’amour qu’ont les anglais pour Wayne Rooney. Il est évident que c’est un très bon joueur, pas besoin de le voir en vrai pour le comprendre, mais durant ce match il m’a frappé (encore un terme que je devrais éviter ici), c’est réellement un des meilleurs joueurs que j’ai pu voir évoluer, son déplacement sans ballon est phénoménal, il est vraiment complet et surtout il a ce qu’aime les anglais, et ce que j’aime aussi particulièrement, la rage, il ne lâche rien, « Un chien de la casse ».

Revenons au match, il y a beaucoup de déchets de part et d’autre pendant cette rencontre, la tension est palpable côté three lions car ils dominent les débats sans faire la différence. Après un superbe coup-franc juste sous nos yeux, le stade explose, on se dit que le verrou russe a sauté.

C’était sans compter sur l’abnégation des orientaux qui au final égalisent à la toute fin. S’en suit ensuite un schisme rapide et impressionnant dans le virage sud. On comprend vite que les russes ont cherché à envahir le côté anglais après l’égalisation… Triste fin de match pour mes collègues d’un soir.

russiafans

Je ponctuerais cette tirade par mon opinion au sujet des événements périphériques à cette rencontre. Cette impression que la France découvre la violence autour des stades me dérange un peu. Sans vouloir minimiser les incidents, ce genre de problèmes étaient courants dans les années 90, il y avait moins de preuves de cette violence, mais si les smartphones, les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu avaient existé à ce moment, le climat de peur aurait été le même et je crois bien que ce climat-là n’est, au final, pas pour déplaire à certains haut placé… Dans cette triste histoire, le football n’est que le vecteur de la violence, supprimer la vente d’alcool ne fera que de déplacer le problème d’un point à un autre et menacer le futur pays organisateur de la Coupe du Monde 2018 et le pays créateur de ce sport de disqualification n’est qu’un écran de fumée. Tout d’abord parce qu’il parait inconcevable qu’un tel choix soit fait par une fédération européenne viciée par la corruption et ensuite par ce qu’il parait évident que les fautifs dans cette affaire ne sont pas que les gros bras spécialistes de MMA soviétique, ou les folkloriques alcooliques d’outre-manche, mais aussi les organisateurs de cette fête ratée, gâchée par leurs incompétences et leurs condescendances.

Les autorités ont été prévenues par l’ensemble des acteurs du mouvement Ultra en France et du monde des tribunes en général, et ce depuis plusieurs mois, que la méthode répressive sans discernement et l’absence totale de discussion et d’organisation avec des personnes dans le milieu allait tourner au drame. Maintenant messieurs, il s’agit de prendre vos responsabilités, au lieu de botter en touche en renvoyant la faute sur la Russie et l’Angleterre, votre réaction auraient dû être de demander à ce que les autorités de ces pays couvrent leurs supporters. Votre seul salut est de démissionner.

Ce n’est pas en semant de la merde qu’on récolte de l’or…

#BoutonnetDemission

4 thoughts on “On était à Marseille pour Angleterre-Russie (Euro 2016), compte rendu

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