mar. Août 4th, 2020

TLM Sen Foot

Mais on le dit quand même

Football apolitique, par-delà le mythe (0) : Prologue

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« La politique ne doit pas s’occuper du football », « le football doit rester en dehors de la politique », combien de fois avons-nous entendu ce genre de phrases ? La liste n’est évidemment pas exhaustive et l’on pourrait retourner les mots de ces deux phrases dans tous les sens pour en construire de nouvelles à l’infini mais s’il est bien un sujet qui cristallise les tensions, c’est bien celui du lien entre football et politique. Pour paraphraser Engels et Marx, l’on pourrait dire qu’un spectre hante le traitement du football, celui de la politique. Agissant tout à la fois comme un tabou et un totem, le concept de politique, dès lors qu’il est lié au football, semble devenir explosif. Très prestes sont effectivement les personnes à se lever contre toute instrumentalisation du football par la politique si bien que, très souvent, l’on finit par s’y perdre entre les concepts et les notions, ce qui ne permet pas d’appréhender globalement un fait social qui, s’il n’est pas total au sens où Marcel Mauss l’entendait, touche pourtant une très grande part de la population mondiale.

C’est donc à partir de ce rapport ambivalent, entre attraction et répulsion, qui surgit dès que l’on aborde la question du football et de la politique (ou de la politique et du football) que débute cette série visant précisément à aller au-delà de la pétition de principe postulant l’apolitisme du football dans son essence alors même que rien de sérieux ne permet d’affirmer cela, bien au contraire. Il ne s’agira bien évidemment pas de graver dans le marbre les faits énoncés tout au fil des différents épisodes tant les choses peuvent évoluer (nous verrons d’ailleurs qu’il n’y a pas forcément de continuité dans les exemples qui seront évoqués), en somme il y a du provisoire dans ce que j’essaye de construire ici. Il arrive souvent que lorsque l’on démarre une série, l’on sache précisément jusqu’où on souhaite aller, ce n’est pas le cas ici. Si j’ai un nombre déjà important d’exemples (et donc d’épisodes) en tête, ceux-ci ne sont évidemment pas exhaustifs et ne demandent qu’à être complétés, toutes les idées sont donc les bienvenues.

Avant toute chose, il convient d’expliquer le titre de la série. « Football apolitique, par-delà le mythe », celui-ci peut sembler quelque peu abscons, il n’a pas été facile d’en trouver un. Ceux qui ont l’habitude de me lire connaissent mon amour pour la mythologie et la culture grecques antiques et c’est pour cela que le mot de mythe me paraissait convenir parfaitement à l’entreprise qui est la mienne dans cette série. Dans la Grèce Antique, en effet, le mythe – qui dérive de muthos – définissait le domaine de l’opinion fausse, de la rumeur, du discours de circonstance. En somme, le mythe est le discours non-raisonné, qui se veut être une forme de fable. Par opposition, le logos était, lui, le discours raisonné. C’est précisément le passage du muthos au logos qui a posé la pierre fondatrice des philosophes de la Grèce Antique. De la même manière, il me semble que répéter à longueur de temps que le foot doit être apolitique nous empêche d’avoir un discours raisonné sur ce qu’est le football, à la fois en tant qu’objet social et de structurant tant identitaire que culturel.

Si l’on accepte de prendre la définition originelle de la politique, à savoir la vie de la Cité et son organisation, il me parait effectivement compliqué, pour ne pas dire absurde, de nier son caractère politique au football. Pour être plus précis, je pense que si l’on nie au football, sport planétaire pratiqué par des centaines de millions de personnes et suivi par des milliards de personnes au fil de l’histoire, son caractère politique alors rien ou presque ne peut l’être. Il y a, malheureusement, souvent une grande confusion entre la politique au sens noble du terme et la politique partisane, c’est principalement cet état de fait qui pousse beaucoup à vouloir à tout prix faire du foot un objet apolitique. Quand bien même, par abus de langage, on accepterait de dire que la politique coïncide avec la politique partisane et politicienne, le football n’en demeurerait pas moins politique tant tout au fil de sa longue histoire il a pu épouser ce genre d’objectif.

L’objectif de cette série, le pourquoi, est donc de remettre le football à sa juste place. Il ne s’agit évidemment pas d’en faire l’alpha et l’oméga de la politique, de la vie de la Cité, chose qu’il n’est assurément pas mais il importe me semble-t-il de ne pas le rejeter dans les limbes pour affirmer qu’il n’a aucun rôle politique. Il est d’ailleurs heureux de voir que ces dernières années ont vu émerger beaucoup plus d’études sociologiques, anthropologiques, économiques, etc. du football, preuve qu’il est un objet d’étude à part entière. Aux quatre coins de la planète en effet nous voyons tout ce que le football peut receler de politique, parfois même partisane. Dans la poursuite de cet objectif, cette série s’articulera comme une fresque agrémentée de, je l’espère, nombreux exemples concrets démontrant ci et là à quel point le football est profondément et puissamment politique. Le choix de la fresque répond à une volonté de ne pas rester à un niveau global et théorique mais de montrer les choses concrètement, parfois crument quand bien même cela pourrait aller à l’encontre de mes positionnements politiques. Parce qu’effectivement si le football est politique il l’est totalement et la question du racisme de certains groupes de supporters prend, comme d’autres sujets qui fâchent, sa pleine place dans cette fresque. Il serait bien trop facile, en effet, de se contenter de faire une fresque du football politique de gauche mais cela serait à la fois partiel et partial. Voilà donc quel est l’objet de cette série qui, je l’espère, sera longue et intéressante.

Crédits photo: Commando Ultra

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