mar. Fév 25th, 2020

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Mais on le dit quand même

Football apolitique, par-delà le mythe (1) : Et Marseille fit face à l’amer

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Dans la longue histoire de Marseille, le 5 novembre 2018 restera assurément et à jamais une date marquée d’une pierre noire. Ce funeste jour de novembre demeurera effectivement pour toujours celui où des bâtiments se sont effondrés dans le centre de la deuxième ville de France, causant la mort de huit personnes. Au désarroi a très rapidement succédé la colère et la rage face à une municipalité qui n’a jamais rien fait pour éviter ce genre de drame, bien au contraire. L’on a souvent coutume de dire que dans le paysage footballistique français, Marseille est une ville à part tant l’identification de la ville à son club est forte. Il y a indéniablement une part de vérité dans cette assertion bien qu’elle soit par moment exagérée et le drame tragique de la rue d’Aubagne a permis de se rendre compte de cela.

S’il est vrai que l’OM en lui-même n’a pas réagi comme on aurait pu l’attendre – mettant un très long temps à communiquer, ne fournissant qu’un soutien financier minime, etc. – ce qui, au passage, fait écho à la manière dont les élites de la ville ont abandonné les quartiers populaires, les groupes de supporters marseillais (certains plus que d’autres, nous le verrons) ont, eux, fait honneur à l’histoire solidaire et fraternelle de la ville, à la fois dans les jours qui ont suivi le drame pour dénoncer et soutenir la révolte mais aussi sur le plus long terme pour aider les milliers de délogés du centre-ville de Marseille.

Le temps des hommages et de la colère

Six jours après le drame, alors que la descendante de Phocée demeurait hébétée et pansait encore ses plaies, l’OM disputait un match au Vélodrome face à Dijon. Pour la première fois depuis bien longtemps, le foot a été secondaire dans ce temple qu’est le Vel pour Marseille. Malgré le huis-clos partiel et l’absence du Commando Ultra pour ce match – à qui l’on a permis de déployer une grande banderole de soutien qui sera présente tout le match – c’est à un hommage unanime et magnifique que les tribunes du stade se livrent. A la poignante et puissante minute de silence – respectée à la perfection, ce qui n’est pas habituel à Marseille – ont répondu des tifos d’hommages eux aussi très puissants.

Le soutien ne se limite toutefois pas au stade, bien heureusement, et il faut souligner l’action des MTP dans le soutien au mouvement de révolte qui s’est fomenté à la suite de ce drame. Particulièrement touchés par celui-ci dans la mesure où le local du groupe est situé en plein centre-ville à quelques encablures de la rue d’Aubagne, les MTP ont pris part à un grand nombre de marche pour des logements dignes, un soutien important lors de manifestations dans la mesure où les ultras sont rompus aux techniques policières autoritaires puisqu’ils sont les cobayes de ces mesures sécuritaires depuis des années. Il y a quelques semaines, lors du match contre Lille, marquant le premier anniversaire du drame certains groupes, en particulier le CU et les MTP ont déployé des tifos et messages pour honorer les victimes et soutenir le collectif du 5 novembre.

Le soutien aux délogés

Je le disais plus haut, le soutien aux victimes de cet effondrement – et des expulsions en chaîne que connait le centre-ville de Marseille depuis – ne se limite évidemment pas aux tifos et à la participation aux manifestations mais dépasse allègrement ce cadre. Dans la situation de grand dénuement à laquelle sont désormais confrontés un nombre conséquent de Marseillais, la problématique financière est importante. Aussi certains groupes ont-ils commercialisé, à l’instar du CU, des T-shirts en hommage aux victimes. Par-delà la symbolique d’un tel vêtement, les bénéfices récoltés ont été reversés aux associations de soutien aux délogés.

Si cette aide est une goutte d’eau dans l’océan des besoins de ces personnes, en agissant de la sorte, les groupes marseillais, MTP et CU en tête, ont démontré par les actes le rôle et le poids social des groupes de supporters, d’autant plus dans une ville où les services publics sont en complète déliquescence et où la municipalité se fout ouvertement des classes populaires en essayant de les dégager du centre-ville. Il est donc plus que jamais primordial, à quelques semaines d’élections municipales où Martine Vassal, l’héritière de Gaudin, essaye de se blanchir de la politique menée depuis des années, d’être unis et solidaires pour montrer l’état de la deuxième ville de France, où demeure des poches de pauvreté extrêmement grandes. Contre Lille, le CU a invité un certain nombre de délogés pour assister au match dans le virage, une manière à la fois de leur permettre de s’évader un temps de leur quotidien et de sensibiliser plus largement encore sur la problématique du mal logement et de la gentrification du centre-ville. Massilia fai avans !

Crédits photo: Commando Ultra 84

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